“A l’heure du dernier biberon, une cour l’entoure pour le voir et l’entendre faire ses “a-re”. Ce sont des “are” à n’en plus finir. On ne s’en lasserait pas, si on ne craignait de le fatiguer. ‘Il va attrapper une méningite’ dit maman. Assistent à cette “cérémonie” : papi, mamie, Michel, Winnie, Alice, Marie-Laure, Arielle, et d’autres certains soirs. Tout ce monde-là s’esclaffe et se tord de rire” et font des commentaires : “il sera prêcheur ou journaliste...”
Je suis le quatrième de six enfants. J’ai un grand frère et quatre soeurs. J’aime ma famille, ce fut un vrai lieu d’éducation. Mes souvenirs d’enfance sont nombreux et dignes d’envie. Noël et Pâques ont été des moments importants d’évocation spirituelle. La pratique dominicale n’a jamais cessé. Le Seigneur a pu travailler allègrement dans le coeur de son enfant.
2. Adolescence Dieu m’a toujours accompagné
Je ne peux pas dire que mon adolescence ait été marquée par de fortes crises ou accompagnée de signes de rébellion. Bien sûr, j’ai connu les difficultés propres à l’adolescence. Je n’ai pas été épargné par l’esprit de contradiction envers l’autorité, l’influence de compagnies pas toujours très honnêtes, en quête d’aventure et d’émotions. Je me souviens d’un de mes copains alors que j’étais en classe de seconde. Depuis la fenêtre de son appartement du quatrième étage dans le 16ème arrondissement, nous avions monté un bataille de poires pourries contre les gens de la rue. C’était à qui arrivait à toucher l’objectif ! Pas méchant, mais déjà plus innocent...
Pendant cette croissance progressive sans accoups, Dieu ne cessait de m’offrir sa protection. Depuis l’âge de 11 ans, malgré plusieurs déménagements, le Seigneur trouvait le moyen de me mettre en contact avec un saint prêtre. Je me souviens bien de ces trois prêtres qui m’ont suivi pendant toute cette période d’adolescence. J’en garde des sentiments de grande gratitude, car ils ont été pour moi une présence vive de Dieu et de sa grâce.
Nantes
Le premier était un vieux père de 80 ans, bon comme le pain. Chaque 15 jours, j’allais le voir pour me confesser. J’étais encore jeune, sans problème, d’une grande innocence. Je me souviens de sa petite chambre de retraite, de sa douceur et de sa protection. A chaque confession, il me donnait quelques sucettes et quelques bonbons. J’étais ravi de le rencontrer régulièrement. Sa bonté m’attirait... les bonbons étaient un encouragement humain. Lorsque je le perdis de vue, après notre déménagement à Paris, je continuais à avoir avec lui des dialogues spirituels par lettre. Un jour, bien triste pour moi, je reçus la lettre d’un autre prêtre m’annonçant sa mort. Cette nouvelle me toucha profondément. Depuis que je l’avais rencontré, sa présence avait été pour moi comme un encouragement et une intercession. Je le suppliais de venir me voir, d’où il se trouvait...
Le second, que j’allais rencontrer presque simultanément au premier, était aumônier de ma troupe scoute, notamment pendant les camps d’été. Il a été aussi mon catéchiste. Il m’a appris à approfondir l’enseignement du Christ et de l’Eglise, et m’a donné le goût de connaître ma foi.
C’est à Paris, en commençant la seconde, que les difficultés propres de l’adolescence commencèrent à surgir avec plus de véhémence : les soirées, les amis, les faux-amis... Là encore, je fis la rencontre providentielle d’un père de saint Vincent de Paul ! J’éprouvais toujours le désir de me confesser régulièrement et je savais pourvoir le retrouver à certaines heures, dans son confessional. Il m’accueillait toujours avec un grand coeur de prêtre. Je me rappelle d’une occasion où il me demanda en confession : “as-tu déjà pensé à être prêtre ?”. C’était une confirmation de l’appel de Dieu que j’avais vécu une année plus tôt. Voilà le moment d’exposer comment se fit pour moi l’appel du Christ à le suivre.
3. L’appel de Dieu en Deux clins d’oeil
Tous les ans, l’aumônier de ma troupe scoute prêchait des exercices spirituels de 4 jours dans une abbaye bénédictine. Régulièrement, je prenais rendez-vous avec lui pour cette rencontre. J’aimais ce temps de silence et de méditation sur les vérités fondamentales de ma vie et de ma foi. En 1986, à l’âge de mes 17 ans, pendant une de ces retraites, le père parla de choix de vie. Il nous proposa pendant un temps libre de prendre une feuille de papier, d’y inscrire sur un côté “vocation au mariage” et de l’autre “vocation sacerdotale ou consacrée”. Sur chaque côté de la feuille, il s’agissait de faire deux colonnes indicant les “pours” et les “contres”. Dans le secret de ma cellule, au fur et à mesure que je remplissais les colonnes, je me rendis compte que toute ma sensibilité me portait à donner une grande valeur à la vocation sacerdotale. Ce fut comme une lumière très forte. Et la question se posa alors... “Moi, prêtre ?” Surpris par cette voix intérieure, et même inquiet de ses possibles conséquences, je courus frapper à la porte du père pour lui annoncer l’occurence. Avec une grande sagesse, il me dit que cela pouvait en effet peut-être être un signe. Je lui disais combien cela me paraissait lointain. C’était effectivement la première fois qu’une idée de vocation sacerdotale me traversait l’esprit. Il me conseilla de vivre désormais dans la prière et la pureté du coeur, de façon à écouter et à discerner la volonté de Dieu.
Ce premier clin d’oeil de Dieu me subjugua. Le Seigneur n’eût pas à répéter deux fois la même chose. Je gardais profondément dans ma mémoire ce “regard” du Christ. Jamais je ne mendierai d’autres signes.
Les années qui suivirent furent clarifiantes. L’idée du sacerdoce se faisait chaque jour plus pressante. Pendant mon année de Maths-spé, je ressentis vivement le désir de me donner, sans plus attendre. Je me rappelle certaines heures d’études plutôt cruelles : d’un côté, ces exercices de maths ou de physique à résoudre, et d’un autre, tant d’âmes à sauver de l’ignorance de la foi. Combien de fois pendant cette dernière année me suis-je mis à songer à la réalité de notre salut !
A la fin de mes deux années d’école préparatoire, seulement trois années après le premier clin d’oeil, je me décidais à dédier mon été à trouver le lieu spécifique de ma vocation sacerdotale. C’est ce que j’annonçais à mes parents - leur générosité m’a toujours été d’un grand appui -, plus ou moins en ces mots : “Papa, maman, le Christ m’appelle à le suivre, mais je ne sais pas où. Je pars à sa rencontre”.
Après d’autres expériences, sur le conseil d’un de mes oncles, je partis pour Salamanque en juillet pour mieux connaître le noviciat des légionnaires du Christ. Je n’avais pas peur de l’inconnu. Je ne savais pas un mot d’espagnol, et je ne savais pas ce que j’allais trouver sur place. Mais me voilà donc embarqué dans une véritable aventure, prêt à frapper à la porte du Seigneur jusqu’à ce qu’Il m’indique sa volonté. Le reste n’avait pas d’importance.
J’ai vécu à Salamanque une expérience profonde de prière, de joie, de jeunesse, de charité, d’enthousiasme apostolique et de fidélité à l’Eglise. C’est dans le recueillement que le bourgeon a mûri, puis éclaté. Le discernement s’est opéré dans la tranquillité et dans la prière. Je ne souviens pas d’un moment précis où le Seigneur m’aurait dit. “Sois légionnaire”. Réflexions et travail de l’Esprit Saint m’ont amené à la conclusion de ce discernement.
Le 15 août 1989, devant Marie, je répondai en pleurant à l’appel de Dieu à devenir prêtre légionnaire du Christ au service de l’Eglise. Cette décision pour moi était définitive. Jamais je ne penserais revenir en arrière.
Cependant, un dernier doute restait à résoudre. Il me fallait encore trois années pour terminer mes études d’ingénieur. Fallait-il donc poursuivre ? Le Seigneur me fit la grâce d’une réponse limpide. Deuxième clin d’oeil. Pendant un de ces après-midi d’été salmantin, je faisais ma lecture spirituelle à l’ombre d’un pin. Je me souviens, c’était un livre de Saint Alphonse de Liguori. A un certain moment, à la lecture d’une citation des Écritures, je sursaute : “tu ne sais pas si demain, je te donnerai de nouveau ma grâce”. Pour moi, curieusement, en cette étincelle de lumière, le message fut clair. Le Seigneur m’invitait à tout laisser, sans attendre, et à faire mon entrée au noviciat.
Avant de retourner à Paris, le détour par Saint Jacques de Compostelle était obligé. A la fin du mois d’août 89 y passait Jean Paul II pour une visite en Espagne. Au milieu de l’enthousiasme des pélerins, avec d’autres amis, le choix vocationnel recevait sa bénédiction ! “N’aie pas peur ! Ouvre les portes au Christ !”. L’arrivée chez moi ne fut pas tout simple. Il était prévu à l’origine que je revienne plus tôt pour aider au déménagement. Maman m’accueillit froidement. La douche fut froide ! La Légion du Christ... ? Seulement 6 jours à la maison avant de repartir pour Salamanque... ? Nous avons longuement parlé. Dans la soirée, voilà qu’elle s’effronde en larmes, et moi avec elle. S’agissait-il d’une grâce ponctuelle. Elle réalisait tout d’un coup, à haute voix, que c’est le Seigneur Jésus qui appelait son fils à une haute vocation. Un fils prêtre : n’est-ce pas un don immense pour la famille ? Finies les plaintes, finis les raisonnements trop humains. Nous entrons dans la sphère mystérieuse de Dieu. Maman avait compris. Il s’agit des voies du Seigneur, elles sont impénétrables. Papa, qui arriva dans la soirée, donnait sans rechigner son aprobation. Je crois qu’il avait déjà l’intuition de ce qui se passait dans le coeur de son garçon. “Je le savais, m’avait-il dit un jour à ma grande surprise”. Quel exemple pour tant de parents qui examinent souvent à la loupe si la vocation de leur enfant correspond à leur désir...
Le 6 septembre, dans le noviciat des légionnaires du Christ à Salamanque, je commençai un chemin de consécration totale... L’aventure à la suite du Christ ne fait que commencer !