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Le jour se lève

Daniel Long, L.C.

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Le Père Daniel Long est né le 13 février 1961 à New London, dans le Connecticut aux Etats-Unis. Il est rentré à la Légion en 1982. Il a suivi ses études ecclésiastiques à la Grégorienne, à Rome. Il a été directeur de l'Académie des langues au Wisconsin. En 1994 il travaillait à Dallas comme directeur spirituel et directeur de jeunes universitaires.


L'appel de Dieu est c
Le Père Daniel Long est né le 13 février 1961 à New London, dans le Connecticut aux Etats-Unis. Il est rentré à la Légion en 1982. Il a suivi ses études ecclésiastiques à la Grégorienne, à Rome. Il a été directeur de l'Académie des langues au Wisconsin. En 1994 il travaillait à Dallas comme directeur spirituel et directeur de jeunes universitaires.


L'appel de Dieu est comme un réveil suave à l'issue d'une nuit agitée. Quelques fois la première réaction est de se retourner et de continuer à dormir. Mais une fois réveillé, bien qu'ayant l'intention de refaire un petit somme, ce n'est plus possible. On est déjà réveillé et on se lève.

Dans la perspective de Dieu, ma vocation débuta au moment même de ma conception. Il m'appela au sein d'une famille adorable, il me plaça dans un pays riche de possibilités multiples et me gratifia d'une excellente santé. Pourtant, de ma propre perspective, pauvre et limitée, son appel ne se fit ressentir que lentement et graduellement, à des degrés d'intensité fluctuants et avec une insistance variable.

Imaginez-vous avoir vécu dix-huit ans chez vous quand, tout à coup, vous découvrez une porte ouverte que vous n'aviez jamais remarquée. Entrez et vous voilà devant un dilemme : ou vous rebroussez chemin, ou vous décidez d'explorer ce nouveau corridor et de voir comment il communique avec le reste de la maison. Pendant presque toutes mes années d'études cette porte est restée fermée. Je n'ai jamais renié Dieu mais je vivais comme s'Il n'existait pas. Il en résulta un cauchemar.

Cette porte fermée, c'était ma foi. Dieu me donna la grâce de me réveiller : c'est ainsi que je pus la découvrir. En m'en pénétrant, ma façon de voir les choses changea complètement. Ma vie se remplit de possibilités nouvelles et inexplorées jusqu'alors de vivre pour Lui et non plus pour moi. Je ne me suis jamais repenti de cette découverte.

En regardant ma trajectoire vers le sacerdoce je me rends compte de la stratégie de Dieu. Je somnolais dans un état d'indifférence et Il me réveilla dans la foi. Cela s’est passé il y a longtemps et continue encore aujourd'hui. Il y a beaucoup de façons d'être réveillés de notre somnolence : la sonnerie d'un réveil, un coup de polochon sur la tête, des bruits désagréables venant du dehors, une lumière à travers la fenêtre ou le souvenir malheureux d'un rendez-vous dans quelques minutes. De la même façon Dieu a mille manières de nous réveiller à la vie de foi. Pour mon compte ces appels au petit jour sont ceux dont je me rappelle le mieux.

Comme d'autres étudiants en année préparatoire, j'avais l'habitude de gaspiller beaucoup de soirées et des fins de semaines entières en compagnie de mes amis. Normalement sortir avec eux consistait principalement à faire la fête. Nous organisions des fêtes en tous lieux et à toute heure : avant d'aller à l'école, en en sortant et nous faisions même des fêtes pour en préparer une autre ! Notre dévergondage en était arrivé à un tel point qu'un jour nous avons fait la fête avant d'assister aux funérailles d'un ami qui était mort quelques jours plus tôt, justement à cause de nos excès. Je me souviens encore que je m'agenouillai devant son cercueil et regardai son visage pâle et froid tout en m'émerveillant : "il l'a fait ; il a dépassé les limites et nous a laissés derrière comme des lâches en face de la mort". Voilà ce que fut ma prière, puis nous sommes retournés aux fêtes.

Les souvenirs de ces réunions avec mes amis, en cette dernière année d'école me reviennent à l'esprit en rafales. L'une de ces réunions devint ma dernière fête lorsque, au milieu de ce vide intérieur, le réveil commença à sonner, la lumière traversa mes rideaux et quelqu'un me tira par les pieds, me tirant de mes rêves et de mon sommeil.

Une musique assourdissante et stridente faisait partie intégrante de notre bringue. Son rythme martelant et énergique pénétrait notre ouïe et s'infiltrait jusqu’aux tréfonds de notre cervelle, engourdissant nos pensées et nos actions. De terribles cris et éclats de rire retentissaient entre les morceaux de musique. J'allai d'un groupe à l'autre. Tous souriaient de façon niaise à tout et à rien en particulier ; ils acceptaient tout ce qu'on disait bien que l'on n'ait rien dit. Je remarquai les yeux immobiles des présents, qui tous avaient la même expression d'approbation. C'est alors que je commençai à me rendre compte que j'étais en train d'écouter ma propre voix.

Pourtant, j'étais encore enchanté d'être avec mes amis et à me perdre avec eux en jeux et diversions. Jusque là personne n'avait pu me convaincre qu'il pouvait exister une meilleure manière de passer les heures du jour qui nous amenaient à tomber exténués le soir. Mais un réveil sonnait au fond de ma conscience au moyen de cette question maintes fois répétée : "est-ce tout ce qu'il y a ?"

Cette question ne respectait rien, ni l'heure, ni le lieu ou la circonstance. Quand elle assaillait ma pensée, mon sourire se transformait en rictus, nos diversions me paraissaient des chemins égoïstes dont nous nous servions pour satisfaire capricieusement notre soif de plaisir et de nous faire remarquer.

Je commençai donc à questionner tout ce qui m'entourait et tout ce que je faisais. Je recherchais une réponse sûre à toutes ces apparences. Je pensais à la mort de mon ami, mais je me rendais compte que la mort était une porte que je ne voulais pas ouvrir afin de chercher une réponse.

Il me plaisait d'être avec mes amis et d'avoir du bon temps avec eux, mais la voix insistait tellement qu'elle devait cacher quelque chose. En plein milieu de mes conversations avec les autres, ces sensations et ces pensées me transperçaient la tête. Le choc de mon style de vie relâchée et de cette question persistante était comme une douche froide. Mais j'essayais encore de m'en protéger et de n'y prêter aucune attention.

J'y prêtais peu d'attention car le respect envers mes parents, mes professeurs et même la police m'était égal. On aurait dit que nous désobéissions à toute loi et que nous défions toute autorité pour obéir à notre style de vie.

Il faut se rappeler que je suis devenu membre d'un groupe qui rejetait les modèles de la société simplement pour en adopter d'autres. Cela me paraissait le comble de la plaisanterie, mais je commençais à me demander si seul Dieu pourrait juger ce type de plaisanterie.

Comment étais-je intérieurement ? Pour moi le genre humain était l'égal de celui des dauphins ou des arbres, peut-être pire. De plus, je devais compter sur douze ans d'éducation catholique, ce qui m'avait laissé un terrible ennui envers tout ce qui regardait la religion. Seuls quelques-uns, les vieilles filles, les conformistes et les vieux avaient le temps d'aller à la messe et de prier. La religion me paraissait pire que de vendre de la drogue ou d'être un handicapé mental. La religion s'adressait aux personnalités faibles et malades.

Enfin, au cours de la dernière fête toutes ces questions me réveillèrent. Je laissai l'endroit où nous étions réunis et je cherchai un lieu éloigné pour marcher. Je ne savais pas trop comment rentrer à la maison, car un ami m'avait amené. Mais cela n'avait pas d'importance. Il me suffisait de marcher seul, n'importe où.

A mesure que je m'éloignais les conversations et les éclats de rire se transformaient en légers murmures. L'écho de la musique se perdait dans l'immensité d'un ciel immense et couvert d'étoiles. Le vent soufflait doucement au sommet des arbres et la solitude des rues me rappelait des scènes de Broadway. Je marchais seul, mais je n'étais pas seul. La brise fraîche effaçait petit à petit de mes habits les odeurs de parfum, de tabac et d'alcool. Un profond silence enveloppait mes pas. Je cheminai pendant des heures qui me semblèrent des minutes. A ce moment-là le monde me parut plus grand que le cercle réduit de plaisirs où mes amis et moi-même étions emprisonnés.

Très tôt, avec le froid du matin, je commençai à réfléchir avec plus de clarté sur la vie, ma vie. Je centrai donc mon attention sur les questions que j'avais repoussées auparavant. De façon étrange je décidai alors de changer ma route et de redresser mon chemin. A ce moment-là je ressentis un bonheur et une force intérieure indescriptibles.

J'arrivai chez moi. C'était l'aube. Je me souvins que nous avions toujours, dans la famille, possédé une Bible. Je décidai de l'ouvrir. Je cherchai le Livre de la Sagesse, car si je manquais de quelque chose c'était bien de sagesse. Ces paroles jaillirent de ses pages et vinrent s'incruster dans mon cœur. J'écoutai les paroles d'un père à son propre fils. Je compris comme Dieu, dont les chemins n'étaient pas les miens, avait pu attendre dix-huit ans pour que je puisse être prêt à m'approcher de Lui et accepter qu'Il me guide sans conditions.

Ce fut le commencement d'une rencontre merveilleuse, qui débuta, cet été-là, à la fin de mes études secondaires et continue encore aujourd'hui. Une promesse secrète que je fis à mon nouvel Ami me conduisit à une autre. Trois mois plus tard j'allai sur la tombe de l'ami qui était mort lorsque nous étions à l'école. Ma perspective sur sa vie et sur la mienne avait alors complètement changé. Je me rendis compte de la tragédie immense qui s'était passée. "Comme nous avons été fous et immatures !" Maintenant je pourrai offrir une messe pour lui.

Je vendis ma voiture. Je remis le peu d'argent que j'avais aux pauvres et consacrai mon temps à travailler pour eux, au sein de la paroisse. Chaque fois que j'ai donné quelque chose à Dieu, il m'a récompensé par un autre cadeau : la foi en la grâce régénérante de la confession, la grâce de croire fermement en sa présence réelle dans l'Eucharistie. Je promis d'assister à la messe tous les jours de ma vie.

Ma foi dans le Christ m'a apporté la foi en son Eglise et en son Vicaire, le Pape. Mon amour pour son Eglise alluma mon désir de travailler pour elle. Le charisme de la Légion trouva sa place au sein de toutes ces nouvelles réalités.

Aujourd'hui, comme la toute première fois où le Christ me réveilla de mon sommeil, je continue à lui dire : "Me voici, Seigneur, envoie-moi".


omme un réveil suave à l'issue d'une nuit agitée. Quelques fois la première réaction est de se retourner et de continuer à dormir. Mais une fois réveillé, bien qu'ayant l'intention de refaire un petit somme, ce n'est plus possible. On est déjà réveillé et on se lève.

Dans la perspective de Dieu, ma vocation débuta au moment même de ma conception. Il m'appela au sein d'une famille adorable, il me plaça dans un pays riche de possibilités multiples et me gratifia d'une excellente santé. Pourtant, de ma propre perspective, pauvre et limitée, son appel ne se fit ressentir que lentement et graduellement, à des degrés d'intensité fluctuants et avec une insistance variable.

Imaginez-vous avoir vécu dix-huit ans chez vous quand, tout à coup, vous découvrez une porte ouverte que vous n'aviez jamais remarquée. Entrez et vous voilà devant un dilemme : ou vous rebroussez chemin, ou vous décidez d'explorer ce nouveau corridor et de voir comment il communique avec le reste de la maison. Pendant presque toutes mes années d'études cette porte est restée fermée. Je n'ai jamais renié Dieu mais je vivais comme s'Il n'existait pas. Il en résulta un cauchemar.

Cette porte fermée, c'était ma foi. Dieu me donna la grâce de me réveiller : c'est ainsi que je pus la découvrir. En m'en pénétrant, ma façon de voir les choses changea complètement. Ma vie se remplit de possibilités nouvelles et inexplorées jusqu'alors de vivre pour Lui et non plus pour moi. Je ne me suis jamais repenti de cette découverte.

En regardant ma trajectoire vers le sacerdoce je me rends compte de la stratégie de Dieu. Je somnolais dans un état d'indifférence et Il me réveilla dans la foi. Cela s’est passé il y a longtemps et continue encore aujourd'hui. Il y a beaucoup de façons d'être réveillés de notre somnolence : la sonnerie d'un réveil, un coup de polochon sur la tête, des bruits désagréables venant du dehors, une lumière à travers la fenêtre ou le souvenir malheureux d'un rendez-vous dans quelques minutes. De la même façon Dieu a mille manières de nous réveiller à la vie de foi. Pour mon compte ces appels au petit jour sont ceux dont je me rappelle le mieux.

Comme d'autres étudiants en année préparatoire, j'avais l'habitude de gaspiller beaucoup de soirées et des fins de semaines entières en compagnie de mes amis. Normalement sortir avec eux consistait principalement à faire la fête. Nous organisions des fêtes en tous lieux et à toute heure : avant d'aller à l'école, en en sortant et nous faisions même des fêtes pour en préparer une autre ! Notre dévergondage en était arrivé à un tel point qu'un jour nous avons fait la fête avant d'assister aux funérailles d'un ami qui était mort quelques jours plus tôt, justement à cause de nos excès. Je me souviens encore que je m'agenouillai devant son cercueil et regardai son visage pâle et froid tout en m'émerveillant : "il l'a fait ; il a dépassé les limites et nous a laissés derrière comme des lâches en face de la mort". Voilà ce que fut ma prière, puis nous sommes retournés aux fêtes.

Les souvenirs de ces réunions avec mes amis, en cette dernière année d'école me reviennent à l'esprit en rafales. L'une de ces réunions devint ma dernière fête lorsque, au milieu de ce vide intérieur, le réveil commença à sonner, la lumière traversa mes rideaux et quelqu'un me tira par les pieds, me tirant de mes rêves et de mon sommeil.

Une musique assourdissante et stridente faisait partie intégrante de notre bringue. Son rythme martelant et énergique pénétrait notre ouïe et s'infiltrait jusqu’aux tréfonds de notre cervelle, engourdissant nos pensées et nos actions. De terribles cris et éclats de rire retentissaient entre les morceaux de musique. J'allai d'un groupe à l'autre. Tous souriaient de façon niaise à tout et à rien en particulier ; ils acceptaient tout ce qu'on disait bien que l'on n'ait rien dit. Je remarquai les yeux immobiles des présents, qui tous avaient la même expression d'approbation. C'est alors que je commençai à me rendre compte que j'étais en train d'écouter ma propre voix.

Pourtant, j'étais encore enchanté d'être avec mes amis et à me perdre avec eux en jeux et diversions. Jusque là personne n'avait pu me convaincre qu'il pouvait exister une meilleure manière de passer les heures du jour qui nous amenaient à tomber exténués le soir. Mais un réveil sonnait au fond de ma conscience au moyen de cette question maintes fois répétée : "est-ce tout ce qu'il y a ?"

Cette question ne respectait rien, ni l'heure, ni le lieu ou la circonstance. Quand elle assaillait ma pensée, mon sourire se transformait en rictus, nos diversions me paraissaient des chemins égoïstes dont nous nous servions pour satisfaire capricieusement notre soif de plaisir et de nous faire remarquer.

Je commençai donc à questionner tout ce qui m'entourait et tout ce que je faisais. Je recherchais une réponse sûre à toutes ces apparences. Je pensais à la mort de mon ami, mais je me rendais compte que la mort était une porte que je ne voulais pas ouvrir afin de chercher une réponse.

Il me plaisait d'être avec mes amis et d'avoir du bon temps avec eux, mais la voix insistait tellement qu'elle devait cacher quelque chose. En plein milieu de mes conversations avec les autres, ces sensations et ces pensées me transperçaient la tête. Le choc de mon style de vie relâchée et de cette question persistante était comme une douche froide. Mais j'essayais encore de m'en protéger et de n'y prêter aucune attention.

J'y prêtais peu d'attention car le respect envers mes parents, mes professeurs et même la police m'était égal. On aurait dit que nous désobéissions à toute loi et que nous défions toute autorité pour obéir à notre style de vie.

Il faut se rappeler que je suis devenu membre d'un groupe qui rejetait les modèles de la société simplement pour en adopter d'autres. Cela me paraissait le comble de la plaisanterie, mais je commençais à me demander si seul Dieu pourrait juger ce type de plaisanterie.

Comment étais-je intérieurement ? Pour moi le genre humain était l'égal de celui des dauphins ou des arbres, peut-être pire. De plus, je devais compter sur douze ans d'éducation catholique, ce qui m'avait laissé un terrible ennui envers tout ce qui regardait la religion. Seuls quelques-uns, les vieilles filles, les conformistes et les vieux avaient le temps d'aller à la messe et de prier. La religion me paraissait pire que de vendre de la drogue ou d'être un handicapé mental. La religion s'adressait aux personnalités faibles et malades.

Enfin, au cours de la dernière fête toutes ces questions me réveillèrent. Je laissai l'endroit où nous étions réunis et je cherchai un lieu éloigné pour marcher. Je ne savais pas trop comment rentrer à la maison, car un ami m'avait amené. Mais cela n'avait pas d'importance. Il me suffisait de marcher seul, n'importe où.

A mesure que je m'éloignais les conversations et les éclats de rire se transformaient en légers murmures. L'écho de la musique se perdait dans l'immensité d'un ciel immense et couvert d'étoiles. Le vent soufflait doucement au sommet des arbres et la solitude des rues me rappelait des scènes de Broadway. Je marchais seul, mais je n'étais pas seul. La brise fraîche effaçait petit à petit de mes habits les odeurs de parfum, de tabac et d'alcool. Un profond silence enveloppait mes pas. Je cheminai pendant des heures qui me semblèrent des minutes. A ce moment-là le monde me parut plus grand que le cercle réduit de plaisirs où mes amis et moi-même étions emprisonnés.

Très tôt, avec le froid du matin, je commençai à réfléchir avec plus de clarté sur la vie, ma vie. Je centrai donc mon attention sur les questions que j'avais repoussées auparavant. De façon étrange je décidai alors de changer ma route et de redresser mon chemin. A ce moment-là je ressentis un bonheur et une force intérieure indescriptibles.

J'arrivai chez moi. C'était l'aube. Je me souvins que nous avions toujours, dans la famille, possédé une Bible. Je décidai de l'ouvrir. Je cherchai le Livre de la Sagesse, car si je manquais de quelque chose c'était bien de sagesse. Ces paroles jaillirent de ses pages et vinrent s'incruster dans mon cœur. J'écoutai les paroles d'un père à son propre fils. Je compris comme Dieu, dont les chemins n'étaient pas les miens, avait pu attendre dix-huit ans pour que je puisse être prêt à m'approcher de Lui et accepter qu'Il me guide sans conditions.

Ce fut le commencement d'une rencontre merveilleuse, qui débuta, cet été-là, à la fin de mes études secondaires et continue encore aujourd'hui. Une promesse secrète que je fis à mon nouvel Ami me conduisit à une autre. Trois mois plus tard j'allai sur la tombe de l'ami qui était mort lorsque nous étions à l'école. Ma perspective sur sa vie et sur la mienne avait alors complètement changé. Je me rendis compte de la tragédie immense qui s'était passée. "Comme nous avons été fous et immatures !" Maintenant je pourrai offrir une messe pour lui.

Je vendis ma voiture. Je remis le peu d'argent que j'avais aux pauvres et consacrai mon temps à travailler pour eux, au sein de la paroisse. Chaque fois que j'ai donné quelque chose à Dieu, il m'a récompensé par un autre cadeau : la foi en la grâce régénérante de la confession, la grâce de croire fermement en sa présence réelle dans l'Eucharistie. Je promis d'assister à la messe tous les jours de ma vie.

Ma foi dans le Christ m'a apporté la foi en son Eglise et en son Vicaire, le Pape. Mon amour pour son Eglise alluma mon désir de travailler pour elle. Le charisme de la Légion trouva sa place au sein de toutes ces nouvelles réalités.

Aujourd'hui, comme la toute première fois où le Christ me réveilla de mon sommeil, je continue à lui dire : "Me voici, Seigneur, envoie-moi".



Le Père Daniel Long est né le 13 février 1961 à New London, dans le Connecticut aux Etats-Unis. Il est rentré à la Légion en 1982. Il a suivi ses études ecclésiastiques à la Grégorienne, à Rome. Il a été directeur de l'Académie des langues au Wisconsin. En 1994 il travaillait à Dallas comme directeur spirituel et directeur de jeunes universitaires.


L'appel de Dieu est comme un réveil suave à l'issue d'une nuit agitée. Quelques fois la première réaction est de se retourner et de continuer à dormir. Mais une fois réveillé, bien qu'ayant l'intention de refaire un petit somme, ce n'est plus possible. On est déjà réveillé et on se lève.

Dans la perspective de Dieu, ma vocation débuta au moment même de ma conception. Il m'appela au sein d'une famille adorable, il me plaça dans un pays riche de possibilités multiples et me gratifia d'une excellente santé. Pourtant, de ma propre perspective, pauvre et limitée, son appel ne se fit ressentir que lentement et graduellement, à des degrés d'intensité fluctuants et avec une insistance variable.

Imaginez-vous avoir vécu dix-huit ans chez vous quand, tout à coup, vous découvrez une porte ouverte que vous n'aviez jamais remarquée. Entrez et vous voilà devant un dilemme : ou vous rebroussez chemin, ou vous décidez d'explorer ce nouveau corridor et de voir comment il communique avec le reste de la maison. Pendant presque toutes mes années d'études cette porte est restée fermée. Je n'ai jamais renié Dieu mais je vivais comme s'Il n'existait pas. Il en résulta un cauchemar.

Cette porte fermée, c'était ma foi. Dieu me donna la grâce de me réveiller : c'est ainsi que je pus la découvrir. En m'en pénétrant, ma façon de voir les choses changea complètement. Ma vie se remplit de possibilités nouvelles et inexplorées jusqu'alors de vivre pour Lui et non plus pour moi. Je ne me suis jamais repenti de cette découverte.

En regardant ma trajectoire vers le sacerdoce je me rends compte de la stratégie de Dieu. Je somnolais dans un état d'indifférence et Il me réveilla dans la foi. Cela s’est passé il y a longtemps et continue encore aujourd'hui. Il y a beaucoup de façons d'être réveillés de notre somnolence : la sonnerie d'un réveil, un coup de polochon sur la tête, des bruits désagréables venant du dehors, une lumière à travers la fenêtre ou le souvenir malheureux d'un rendez-vous dans quelques minutes. De la même façon Dieu a mille manières de nous réveiller à la vie de foi. Pour mon compte ces appels au petit jour sont ceux dont je me rappelle le mieux.

Comme d'autres étudiants en année préparatoire, j'avais l'habitude de gaspiller beaucoup de soirées et des fins de semaines entières en compagnie de mes amis. Normalement sortir avec eux consistait principalement à faire la fête. Nous organisions des fêtes en tous lieux et à toute heure : avant d'aller à l'école, en en sortant et nous faisions même des fêtes pour en préparer une autre ! Notre dévergondage en était arrivé à un tel point qu'un jour nous avons fait la fête avant d'assister aux funérailles d'un ami qui était mort quelques jours plus tôt, justement à cause de nos excès. Je me souviens encore que je m'agenouillai devant son cercueil et regardai son visage pâle et froid tout en m'émerveillant : "il l'a fait ; il a dépassé les limites et nous a laissés derrière comme des lâches en face de la mort". Voilà ce que fut ma prière, puis nous sommes retournés aux fêtes.

Les souvenirs de ces réunions avec mes amis, en cette dernière année d'école me reviennent à l'esprit en rafales. L'une de ces réunions devint ma dernière fête lorsque, au milieu de ce vide intérieur, le réveil commença à sonner, la lumière traversa mes rideaux et quelqu'un me tira par les pieds, me tirant de mes rêves et de mon sommeil.

Une musique assourdissante et stridente faisait partie intégrante de notre bringue. Son rythme martelant et énergique pénétrait notre ouïe et s'infiltrait jusqu’aux tréfonds de notre cervelle, engourdissant nos pensées et nos actions. De terribles cris et éclats de rire retentissaient entre les morceaux de musique. J'allai d'un groupe à l'autre. Tous souriaient de façon niaise à tout et à rien en particulier ; ils acceptaient tout ce qu'on disait bien que l'on n'ait rien dit. Je remarquai les yeux immobiles des présents, qui tous avaient la même expression d'approbation. C'est alors que je commençai à me rendre compte que j'étais en train d'écouter ma propre voix.

Pourtant, j'étais encore enchanté d'être avec mes amis et à me perdre avec eux en jeux et diversions. Jusque là personne n'avait pu me convaincre qu'il pouvait exister une meilleure manière de passer les heures du jour qui nous amenaient à tomber exténués le soir. Mais un réveil sonnait au fond de ma conscience au moyen de cette question maintes fois répétée : "est-ce tout ce qu'il y a ?"

Cette question ne respectait rien, ni l'heure, ni le lieu ou la circonstance. Quand elle assaillait ma pensée, mon sourire se transformait en rictus, nos diversions me paraissaient des chemins égoïstes dont nous nous servions pour satisfaire capricieusement notre soif de plaisir et de nous faire remarquer.

Je commençai donc à questionner tout ce qui m'entourait et tout ce que je faisais. Je recherchais une réponse sûre à toutes ces apparences. Je pensais à la mort de mon ami, mais je me rendais compte que la mort était une porte que je ne voulais pas ouvrir afin de chercher une réponse.

Il me plaisait d'être avec mes amis et d'avoir du bon temps avec eux, mais la voix insistait tellement qu'elle devait cacher quelque chose. En plein milieu de mes conversations avec les autres, ces sensations et ces pensées me transperçaient la tête. Le choc de mon style de vie relâchée et de cette question persistante était comme une douche froide. Mais j'essayais encore de m'en protéger et de n'y prêter aucune attention.

J'y prêtais peu d'attention car le respect envers mes parents, mes professeurs et même la police m'était égal. On aurait dit que nous désobéissions à toute loi et que nous défions toute autorité pour obéir à notre style de vie.

Il faut se rappeler que je suis devenu membre d'un groupe qui rejetait les modèles de la société simplement pour en adopter d'autres. Cela me paraissait le comble de la plaisanterie, mais je commençais à me demander si seul Dieu pourrait juger ce type de plaisanterie.

Comment étais-je intérieurement ? Pour moi le genre humain était l'égal de celui des dauphins ou des arbres, peut-être pire. De plus, je devais compter sur douze ans d'éducation catholique, ce qui m'avait laissé un terrible ennui envers tout ce qui regardait la religion. Seuls quelques-uns, les vieilles filles, les conformistes et les vieux avaient le temps d'aller à la messe et de prier. La religion me paraissait pire que de vendre de la drogue ou d'être un handicapé mental. La religion s'adressait aux personnalités faibles et malades.

Enfin, au cours de la dernière fête toutes ces questions me réveillèrent. Je laissai l'endroit où nous étions réunis et je cherchai un lieu éloigné pour marcher. Je ne savais pas trop comment rentrer à la maison, car un ami m'avait amené. Mais cela n'avait pas d'importance. Il me suffisait de marcher seul, n'importe où.

A mesure que je m'éloignais les conversations et les éclats de rire se transformaient en légers murmures. L'écho de la musique se perdait dans l'immensité d'un ciel immense et couvert d'étoiles. Le vent soufflait doucement au sommet des arbres et la solitude des rues me rappelait des scènes de Broadway. Je marchais seul, mais je n'étais pas seul. La brise fraîche effaçait petit à petit de mes habits les odeurs de parfum, de tabac et d'alcool. Un profond silence enveloppait mes pas. Je cheminai pendant des heures qui me semblèrent des minutes. A ce moment-là le monde me parut plus grand que le cercle réduit de plaisirs où mes amis et moi-même étions emprisonnés.

Très tôt, avec le froid du matin, je commençai à réfléchir avec plus de clarté sur la vie, ma vie. Je centrai donc mon attention sur les questions que j'avais repoussées auparavant. De façon étrange je décidai alors de changer ma route et de redresser mon chemin. A ce moment-là je ressentis un bonheur et une force intérieure indescriptibles.

J'arrivai chez moi. C'était l'aube. Je me souvins que nous avions toujours, dans la famille, possédé une Bible. Je décidai de l'ouvrir. Je cherchai le Livre de la Sagesse, car si je manquais de quelque chose c'était bien de sagesse. Ces paroles jaillirent de ses pages et vinrent s'incruster dans mon cœur. J'écoutai les paroles d'un père à son propre fils. Je compris comme Dieu, dont les chemins n'étaient pas les miens, avait pu attendre dix-huit ans pour que je puisse être prêt à m'approcher de Lui et accepter qu'Il me guide sans conditions.

Ce fut le commencement d'une rencontre merveilleuse, qui débuta, cet été-là, à la fin de mes études secondaires et continue encore aujourd'hui. Une promesse secrète que je fis à mon nouvel Ami me conduisit à une autre. Trois mois plus tard j'allai sur la tombe de l'ami qui était mort lorsque nous étions à l'école. Ma perspective sur sa vie et sur la mienne avait alors complètement changé. Je me rendis compte de la tragédie immense qui s'était passée. "Comme nous avons été fous et immatures !" Maintenant je pourrai offrir une messe pour lui.

Je vendis ma voiture. Je remis le peu d'argent que j'avais aux pauvres et consacrai mon temps à travailler pour eux, au sein de la paroisse. Chaque fois que j'ai donné quelque chose à Dieu, il m'a récompensé par un autre cadeau : la foi en la grâce régénérante de la confession, la grâce de croire fermement en sa présence réelle dans l'Eucharistie. Je promis d'assister à la messe tous les jours de ma vie.

Ma foi dans le Christ m'a apporté la foi en son Eglise et en son Vicaire, le Pape. Mon amour pour son Eglise alluma mon désir de travailler pour elle. Le charisme de la Légion trouva sa place au sein de toutes ces nouvelles réalités.

Aujourd'hui, comme la toute première fois où le Christ me réveilla de mon sommeil, je continue à lui dire : "Me voici, Seigneur, envoie-moi".

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