Le Père Angel Espinosas de los Monteros Gomez Haro est né à Puebla, au Mexique, le 22 janvier 1966. Il entra à la Légion du Christ en septembre 1984. Il a fait partie des formateurs du noviciat et de l'école apostolique de Salamanque, en Espagne. Il a été orienteur de jeunes de la section préparatoire de l'Institut Cumbres de Mexico. Il a été orienteur des vocations à Moncada, en Espagne à Valence où il fut également professeur. Il a été responsable de groupes de jeunes à Rome. Pendant les périodes estivales il a dirigé de petites sessions pour jeunes à Madrid et à Sorrento en Italie. Au Centre d'Etudes Supérieures de Rome il a fait partie de l'équipe de formateurs tout en étant professeur. En 1994 il continuait son travail apostolique en tant que directeur des familles à Guadalajara, au Mexique.
De mon enfance et de mon adolescence je conserve des souvenirs inoubliables. J'avais plus que ce qu'on peut demander: des parents tellement affectueux et exemplaires que Dieu seul sait combien je leur dois! Cinq frères et sœurs avec qui je m'entendais fort bien; des amis, une voiture, la possibilité (sinon peut-être l'envie) d'étudier, mille rêves et projets.
En Janvier 1981 je passai quelques jours merveilleux à Disneyland, puis je faisais du ski au Colorado. Mais peu de temps après mon retour à la maison, ma vie perdit sa couleur rose. Pour la première fois compris que nous étions de passage, que la vie nous était prêtée, que rien ne nous appartenait. J'étais en troisième. Papa mourut à quarante-deux ans seulement, d'un cancer contre lequel il luttait depuis onze ans. Je m'en souviens très bien: quand la porte de l'ascenseur s'ouvrit je pouvais à peine voir que nous étions au troisième étage de l'hôpital. Maman vint à notre rencontre avant même que nous comprenions les nouvelles sur les visages de la famille ou apercevions les larmes de certains. Nous sommes entrés dans une salle d'attente et elle nous dit, très sereine, que papa était perdu. Il était là: inerte, sans connaissance, sous respiration artificielle, sans aucun espoir de survivre. Et nous étions là, lui parlant à l'oreille, lui prodiguant nos dernières caresses, accrochés à sa main et au dernier espoir.
Voir souffrir ma mère et pleurer mes frères et sœurs me donna envie de mourir. Pendant deux mois j'avais l'âme triste, malade et faible. Mes jeunes quinze ans ne pouvaient et ne voulaient accepter la réalité. Je crois que je n'avais jamais tant prié. J'avais besoin d'un rocher auquel m'accrocher. Je voulais être sûr que mon père était déjà au ciel. Il n'était pas seulement un exemple pour nous. C'était un ami. Un ami si proche.
Un jour, cherchant je ne sais quoi dans l'armoire de maman, une petite image tomba à mes pieds. je la ramassai et contemplai un instant la photo, puis lus: "Seigneur, je t'offre cet immense désir de vivre." Ce fut comme une gifle. Le détonateur qui provoqua un changement radical dans ma façon de concevoir la vie. La vocation ne me disait rien, mais cela me fit ressentir que Dieu est l'unique amour qui ne passe jamais, qui ne finit jamais, qui ne connaît aucun déclin. A partir de ce jour-là je ne pensais plus à mourir. Je ressentais un immense désir de vivre et de donner un sens, son sens à la vie. A côté de cela je voulais communiquer cet enthousiasme, comme celui qui a trouvé quelque chose de précieux et doit le transmettre, il doit le partager avec les autres.
Presque en même temps je tombais amoureux de ma meilleure amie. J'en arrivais à l'aimer énormément et je lui promis tout à fait sérieusement que nous nous marierions. Nous aurions de huit à dix enfants, deux chiens bergers anglais et une maison entourée d'un vaste jardin. Cela ne dura que huit mois! Il ne coûte rien de rêver!
Il n'y avais pas un mois que j'avais rompu avec ma petite amie que je rencontrai un légionnaire du Christ au collège: le Père Enrique Vizcaino. Son allure attira mon attention: son costume, sa cordialité, sa connaissance de sujets variés, sa culture et son air sympathique. Je suivis la retraite qu'il avait organisée. Le peu que je pus connaître en quatre jours m'impressionna extrêmement: les missions, l'adoration du Saint Sacrement le Jeudi Saint, l'esprit de charité qui existait entre les pères, la préoccupation constante pour le salut des âmes, la référence continuelle au Pape, le dynamisme, la jeunesse. Nous ne savions pas alors que les Légionnaires travaillaient avec les media, dirigeaient des universités et des écoles, des académies de langues, des centres de consultation familiale, des écoles de l'enseignement de la foi tout en s'occupant d'œuvres de charité chrétienne et d'action sociale. J'ignorais donc qu'ils travaillaient avec des jeunes et des adolescents, espérance de l'Eglise et du monde. Pour moi ce hors-d'œuvre me suffisait pour ressentir que peut-être ceci était ma part.
Mais je ne savais pas vraiment ce que je voulais et je terminais à peine ma première année du lycée. Je jouais au foot et au fronton. Je sortais beaucoup avec mes amis. La vague idée du sacerdoce s'évanouissait jusqu'à presque disparaître. Et un an et demi s'écoula de la sorte.
Qu'est-ce qui se passa à cette époque-là? Quelque chose de très curieux. Ma mère, sans s'en rendre compte, chassa presque ma vocation. Nous allons voir. Je passais mes vendredis et mes samedis à sortir avec la "bande". Nous allions au cinéma, dîner, "tailler une bavette" et fumer. S'il n'y avait pas de film qui valait la peine nous cherchions quelque chose de plus amusant. Quelle époque! Nous partions en voiture pour lancer des œufs sur les gens, seulement pour le plaisir d'abîmer les vêtements de celui qui allait à ses affaires. Je me souviens encore la question ironique:" vous avez l'heure s'il vous plaît?" et pendant qu'il consultait sa montre "splash" un œuf éclatait sur lui, le couvrant de la barbe à la ceinture. Comme il arrive très souvent, cela dégénérait. Nous sommes passés des œufs aux pierres et des vêtements aux vitres. Plus tard nous sortions en voiture pour importuner les cyclistes. Un jour nous avions apporté un chat au cinéma et, du balcon, nous l'avons jeté sur ceux qui étaient en dessous, au beau milieu d'un film de terreur. Le hurlement fut impressionnant.
Mon frère et moi, après le baptême d'un petit cousin, avions enduit de meringue toutes les poignées des voitures et nous attendions cachés, afin de voir tous ceux qui sortaient de la maison y retournaient pour se laver les mains.
Ma mère se rendit compte de tout: "laisse-là tes monstruosités ou je vais le dire au père!" Elle voulait parler d'un prêtre, ami de la famille surtout depuis la mort de mon père. Moi je pensais: "et qui c'est ce prêtre pour venir m'embêter?" je le pris tellement mal que, pendant un certain temps, je ne voulus entendre parler d'aucun père.
Comme je l'ai déjà dit, le temps passait, et une après-midi, avant Noël 1983, le Père Vizcaino vint m'inviter à participer à un week-end. Comme j'avais d'autres plans, je demandai à ma mère de se cacher dans la salle de bains et je dis au père qu'elle n'était pas là, aussi ne pouvais-je y aller. Il décida d'entrer pour passer un coup de fil en attendant qu'elle rentre. Mon Dieu! Il resta à parler de quatre heures à sept heures de l'après-midi. Ma mère se désespérait dans la salle de bains! par la fenêtre je lui faisais passer du café, des cigarettes, des revues... y compris une de mes sœurs ! Je lui envoyais dire plusieurs fois de prendre patience et de surtout ne pas sortir! Le père, bavardant avec mes frères et moi resta trois heures! Quand ma mère sortit, finalement je suis sûre que,si elle avait eu une chaussure à la main, elle me l'aurait jetée à la figure!
Peu de mois avant le début de l'été 1884 il me fallait prendre une décision. Le père me rendit visite afin de connaître ma réponse. J'avais l'intention de lui faire savoir que la vocation ne m'intéressait pas. Il y avait déjà trois ans que je vivais une lutte intérieure. Je voulais convaincre le Bon Dieu que mes plans étaient meilleurs que les siens. Le Père s'en alla. Je me mis à la fenêtre pour le voir s'éloigner. Je pensai: "pourquoi dois-je être prêtre? Qu'il en cherche d'autres!" Mais à cet instant même dans mon esprit et surtout dans mon cœur jaillit une autre question que je n'oublierai jamais de toute ma vie; POURQUOI PAS? POURQUOI PAS?
C'est très difficile d'expliquer ce que je ressentis. Comment le dire? Je fus inondé de bonheur. Jamais auparavant je n'avais ressenti la même chose. Je m'imaginais prêchant le Christ, baptisant des âmes, confessant dans un petit village perdu au cœur de l'Afrique. Je regardai mes mains et c'était déjà comme si elles n'étaient plus les miennes, sinon pour servir, bénir et soutenir les autres. Je pensai que mon cœur avait toujours battu pour pardonner, pour comprendre, pour écouter et pour aimer sans limite. Le but de ma vie serait exclusivement consacré à enthousiasmer les hommes pour l'idéal du Christ. Ma foi ne pouvait vivre enveloppée dans du plastique, à l'abri, ou protégée dans une boîte comme ces porcelaines fines étiquetées d'un "fragile". Non! ma foi devait être inflammable comme celle de saint Paul. Une foi qui s'use dans le voyage et chez soi, à l'université et au bureau. Il fallait que ce soit une foi contagieuse.
Depuis ce moment-là plus de dix ans ont passés, et du fond du cœur je proclame que je n'échangerais pas le don du sacerdoce contre quoi que ce soit. J'ai rencontré l'amour! et au milieu de toutes les circonstances, favorables ou adverses, je vis une belle vie d'amour.
Que pense ma mère de ma vocation? Je cite ici une de ses dernières lettres après que je lui ai appris qu'il me restait neuf mois avant mon ordination sacerdotale; "Ces neuf mois qui te manquent avant ton ordination sont pour moi comme une nouvelle gestation. Alors je t'attendais pour t'embrasser, pour prendre tes petites mains dans les miennes. A présent je t'attends avec l'amour infini d'une mère et tu vas naître à une vie remplie de la plénitude de l'amour du Christ."
Quand on me demande pourquoi je me suis devenu prêtre, je ne me lasse pas de répéter que c'est Dieu qui appelle. L'initiative lui est revenue. Moi j'ai seulement choisi ce qu'il a choisi pour moi, car je crois qu'on ne peut être heureux sans être sûr que l'on est ce que Dieu veut que l'on soit. Et je pose aux jeunes la même question que celle que je me fis: Toi, POURQUOI PAS? Ne rejette pas d'emblée un amour qui peut remplir ta vie comme aucun autre.
Je suis reconnaissant à Marie de son soin maternel tout au long de ces années; au père Maciel que je sens si proche de moi; à Dieu qui a mêlé ma propre histoire à celle de la Légion et qui permet que ma vie pénètre tellement la sienne.
