Le Père Carlos Garcia est né à Séville, en Espagne, le 6 juin 1965. Il est entré à la Légion du Christ le 14 septembre 1983. Au centre vocationnel de Mexico, il était chargé de l'orientation des vocations pendant quatre ans. Il étudia la philosophie et la théologie au Centre des Etudes Supérieures de Rome, où pendant quatre ans il a fait partie de l’équipe des formateurs. En 1994 il était membre de l'équipe de direction de l'Académie Regina Apostolorum.
Je devais avoir cinq ans quand mon oncle Ramon, missionnaire jésuite au Pérou, vint nous voir. Entouré de tous ses neveux, il nous racontait beaucoup d'histoires sur son travail dans ces terres péruviennes; il vivait dans une maison à 4.000m d'altitude. Une seule ampoule éclairait la maison partagée par tous ceux qui l'occupaient; de temps en temps il s'échappait pour aller chasser avec son chien... Je me souviens aussi des moments où, en famille, on lisait les lettres de la mission. Celles-ci, de même que le témoignage qu'il nous donnait lors de ses visites, laissèrent en moi une trace profonde, peut-être la première graine de vocation que Dieu semait en mon âme.
Les grandes personnes ont la malencontreuse idée de poser aux enfants la question cruciale: "et, toi, qu'est-ce que tu veux faire quand tu seras grand?" Il est vrai que je ne pouvais pas mentir: "torero ou prêtre." Jusqu'à l'âge de dix ans la réponse de torero disparaissait, il restait seulement celle de prêtre. Je le voulais vraiment mais je ne savais comment le faire pratiquement. De l'âge de sept ans jusqu’à treize ans, on pouvait dire qu'on vivait selon ce « programme »: messe, confession, promoteur de la communion quotidienne à l'école, du mois de Marie et du chapelet en famille... Je me croyais un bon enfant et un bon chrétien.
Lorsque j'avais douze ans, grâce aux Carmes Déchaussés, trois prêtres légionnaires vinrent chez nous. Ils coïncidèrent immédiatement avec l'idéal de prêtre que Dieu m'avait montré: prêtres fiers de l'être, qui avaient une mission importante à accomplir dans la vie, sympathiques, cultivés, très bien préparés, prudents... J'imagine que le repas a été une torture pour eux: ils étaient la cible de vingt-quatre yeux et ils durent supporter les questions de toute la famille. Mais ils traversèrent l'épreuve du feu: ils apprécièrent même le "gazpacho". Au milieu de la conversation on apprit qu'ils avaient un séminaire qu'ils appelaient "apostolique": exactement ce que je voulais! Immédiatement, je manifestai le désir d'y aller, mais cette idée ne plut pas à mes parents - Dieu savait pourquoi - Je n'abordai plus le sujet.
Il me fallait vivre dans le monde, et attendre jusqu'à mes dix-huit ans. Il me paraissait impossible de vivre de façon cohérente avec l'appel de Dieu au milieu d'un monde si difficile et hostile. A cette époque-là je décidai donc de ne plus exprimer mon désir d'être prêtre; pas même à moi-même. Mon rendez-vous avec Dieu pour mes dix-huit ans. Il me fallait vivre normalement., comme n'importe quel enfant; je ne voulais pas être un "oiseau rare". Comme cela me faisait souffrir intérieurement, quand on me demandait: "que veux-tu faire quand tu seras grand?" je répondais extérieurement un je ne sais pas ou ingénieur. Mais intérieurement je luttais pour ne pas répondre ce que je voulais vraiment: "légionnaire".
Je passais donc six ans attendant mon rendez-vous. A treize ans ma grand-mère invita toute la famille (plus de 60 avec tous les oncles, tantes et cousins). Ce dont je me souviens le plus ce n'est pas le Colisée, ni les catacombes, ni la Piéta mais la visite au Centre de la Légion. Qui ne serait impressionné de voir plus de 60 prêtres, joyeux, aimables parlant bien des autres et pour comble jouant bien de la musique? Il ne faisait aucun doute que si Dieu le voulait je serais légionnaire: "quand je serai légionnaire, je jouerai de la batterie..." mais "je ne dois pas penser à cela avant d'avoir dix-huit ans". A mesure que je connaissais mieux la Légion, je l'aimais davantage et je l'admirais surtout car elle prêchait peu en paroles et beaucoup par ses œuvres. Chaque légionnaire dont je fis la connaissance à Rome ou à Salamanque me renforçait dans mon désir intérieur.
Lorsque j'avais quinze ans mon frère Claudio est rentré à la Légion: "il me précède" pensai-je en mon for intérieur. Sans en être conscient, ses lettres allaient me préparer à devenir légionnaire. Il ne restait plus que trois ans. Qu'ils furent difficiles! Puisqu'on ne me permettait pas d'aller au petit séminaire je vivais en état de rébellion intérieure: pourquoi Dieu a-t-il permis cela? A présent advienne que pourra, je vais lâcher les rênes. Je m'éloignai de Dieu et Il me laissa libre.
Quand on s'écarte de Dieu on ne rencontre que péché et insatisfaction. Ce furent des années tristes. Dieu m'apprit à être humble. Quelquefois Dieu nous permet de nous éloigner de Lui afin que nous nous rendions compte du fait que nous en avons besoin. Je n'ai pas oublié cette leçon, je me la rappelle avec tendresse et j'en remercie Dieu continuellement!
Le rendez-vous arriva. Mon frère Claudio m'avait invité à passer quelques jours au noviciat de Salamanque; j'y suis allé, cherchant vraiment avec anxiété à présent ce que Dieu voulait que je fasse de ma vie. Je savais que pour pouvoir recevoir la réponse il me fallait d'abord "faire les comptes" avec Lui. Aussi le 13 août, deux jours avant l'Assomption, vers dix heures du soir j'allai me confesser. Avec beaucoup de chagrin je dis mes péchés au confesseur et j'ajoutai: "Père je crois que je ne peux être légionnaire: je manque trop de constance. Pourquoi vais-je m'engager dans quelque chose que je ne pourrai pas accomplir?"
Je le disais avec sincérité, c'est sûr. Mais aussi j'avoue, avec l'envie que le père me persuade que c'était ma voie et que je pourrai la suivre. Je m'installai sur le prie-dieu attendant son "blabla". Mais il ne me dit rien de ce que j'attendais. Au contraire: "Carlos, c'est vrai: tu ne peux pas!"
Cette réponse me déconcerta et me laissa comme paralysé: Allons espèce de curé à la gomme! au lieu de m'encourager... mais au bout d'un petit moment il ajouta: "Toi seul, tu ne peux pas, Carlos! Mais AVEC DIEU, OUI."
C'est à ce moment-là que je compris que la vocation n'est pas notre œuvre : ce n'est pas parce que nous le voulons mais parce que Dieu nous appelle. Je me rendis compte que le chemin était différent et qu'il fallait demander à Dieu: "Veux-tu que je te suive?" au lieu d'imposer ses propres plans.
Je commençais à prier, à demander à Dieu avec insistance afin qu'il m'illumine.: « Dieu, que veux-tu de moi? Seigneur, je sais que tu ne vas pas me tromper et tu ne permettras pas que je prenne la mauvaise voie. Eclaire-moi! ». Cette fin de semaine à Salamanque fut très intense. Le 14 août je parlai avec plusieurs prêtres et frères pour trouver un peu de lumière. Mais ce n'était pas cela dont j'avais besoin; c'était de la réponse du Christ.
Le jour de l'Assomption il y avait des ordinations sacerdotales au noviciat et ce même jour ma famille célébrait l'événement le plus important de l'année: nous nous réunissions toujours à Derronadas, Soria, où un de mes frères était mort et où il était enterré, pour nous souvenir de lui et prier pour lui. Cette année-là je leur dis que je n'y serais pas, que je les accompagnerais par la prière, car j'allais voir ce que Dieu voulait que je fasse de ma vie.
Il y avait huit ans, ce même jour, au petit matin, vers une heure, la sainte Vierge avait appelé au ciel mon frère aîné. Il avait dix-huit ans. Il était mort d’un accident de voiture. Pour mes parents et pour nous, les neuf frères et sœurs, ce fut comme un rappel de Dieu: "que faites-vous? qu'attendez-vous de la vie?" A ce moment-là, dans mon cœur de petit garçon de dix ans, les images des funérailles s'imprimèrent profondément: c'était une toute petite chambre remplie de mes oncles, tantes et cousins. Mon frère gisait sur le lit, enveloppé d'un drap blanc tout simple. Il était un peu défiguré, mais son visage avait une expression affable. Le drap recouvrait aussi le coup qu'il avait reçu à la tête. Ma mère me poussa devant, à gauche du lit, devant la petite table de nuit, à côté de mon frère. Là, sur la petite table, il y avait une image de la sainte Vierge. Je la regardai une fois, puis encore une autre en lui demandant: "pourquoi l'as-tu emmené?
Plus encore que cette scène et que l'étourdissement que je ressentis dans cette pièce, je me souviens de la paix et de la sérénité que me donna la sainte Vierge. Pendant l'enterrement j'entendis pour la première fois le chant à quatre voix:
Prends, Vierge pure, nos cœurs,
Ne nous abandonne jamais, jamais...
Je veux être avec eux, Vierge emmène-moi avec toi au ciel
Comble mon désir comblé et je serai heureux.
Ce jour-là je compris qu'elle se chargeait de mon frère et quelle se chargerait de moi. Et cette certitude me pénétrait tellement le cœur que je ne comprenais pas qu'il fallait être triste, garder le deuil et non plus pourquoi ma tante ne voulait pas que je joue au tennis avec mes cousins: "il faut être heureux, puisque José-Marie est déjà au ciel!"
Ce jour-là me voilà seul dans le chœur de la chapelle de Salamanque, huit ans plus tard, le 15 août au petit matin. Là je demande à la sainte Vierge avec une prière simple et confiante : "Mère, éclaire-moi!" Elle m'obtint la réponse du Christ. Je ne sais comment, mais je sortis de la chapelle avec la certitude que Dieu m'avait appelé.
Il me restait une autre étape, une autre question: pourrai-je être légionnaire? Quel dommage que je sois sans réponse! Le lendemain je devais rentrer à Séville pour "approfondir mes études estivales". Nous nous sommes mis d'accord pour que je revienne à Salamanque dans quinze jours pour les exercices spirituels; pour l'instant j'allais suivre une vie normale en me centrant sur mes études. La décision de suivre le Seigneur toute la vie est une entreprise difficile. J'étais épuisé. Je crois qu'en rentrant à la maison je dormis vingt-quatre heures de suite...en plus de celles du voyage.
Il ne me fut pas difficile de suivre ce que nous avions décidé à Salamanque, sauf de me centrer sur "mes études". Un problème m'absorbait: faire part de ma décision à mes parents. La meilleure façon, pensai-je, c'était de leur écrire. Ils rentreraient de vacances à la fin août, ayant digéré la nouvelle. Il en fut ainsi. Le moment attendu arriva. Le moment le plus difficile, je le savais, serait de convaincre mon père: si je n'avais pas de raisons profondes, simplement il ne me permettrait pas.
Aussi je me mis à prier de nouveau: "Seigneur, éclaire-moi! C'est toi qui m'a mis dans cette situation! A présent il faut m'en sortir!" Il m'accorda ce qu'il a dit dans l'Evangile: "ne vous préoccupez pas de ce que vous aurez à dire, je vous l'inspirerai." : "Carlos, me dit mon père, j'ai pensé qu'il était mieux que tu étudies pendant un ou deux ans; ensuite, si tu veux tu entreras à la Légion."
"Papa, lui répondis-je, c'est ma vie et mon bonheur qui sont en jeu. Je pense qu'il faut donner la possibilité à Dieu avant tout. Si ce n'est pas ma voie, j'étudierais ensuite ce que tu veux; n'aie pas peur. Mais première place à Dieu."
Je suis sûr que ma réponse ne l'étonna pas. Il m'avait lui-même enseigné depuis ma petite enfance: "première place à Dieu". Cela me jaillit du cœur, sans y penser.
Mon père et ma mère me donnèrent leur accord, tristes, mais avec joie aussi car ils m'aimaient.
Je n'ai pas assez de mots pour remercier Dieu qui m'a créé, qui m'a donné la foi et qui m'a appelé au sacerdoce chez les légionnaires. Je ne sais comment remercier Dieu pour les parents qu'il m'a donnés, pleins de foi, de cohérence, joyeux, qui ont su éduquer leurs enfants par leur exemple.
Je n'ai pas assez de mots pour remercier ma famille: oncles, tantes, cousins et surtout mes neuf frères et sœurs qui ont toujours été un sujet de fierté et de satisfaction. Je ne sais comment remercier mon frère Claudio qui me précède et me soutient quotidiennement dans mon entreprise. Je ne sais que dire à tous mes supérieurs et frères légionnaires pour ce qu'ils font et ont fait pour moi, surtout le Père Maciel, car il m'a appris à aimer Jésus-Christ, le grand trésor de mon cœur : ma Vie pour le Christ! Rechristianiser l'humanité! CA VAUT LA PEINE!
Le Père Carlos Garcia est né à Séville, en Espagne, le 6 juin 1965. Il est entré à la Légion du Christ le 14 septembre 1983. Au centre vocationnel de Mexico, il était chargé de l'orientation des vocations pendant quatre ans. Il étudia la philosophie et la théologie au Centre des Etudes Supérieures de Rome, où pendant quatre ans il a fait partie de l’équipe des formateurs. En 1994 il était membre de l'équipe de direction de l'Académie Regina Apostolorum.
Je devais avoir cinq ans quand mon oncle Ramon, missionnaire jésuite au Pérou, vint nous voir. Entouré de tous ses neveux, il nous racontait beaucoup d'histoires sur son travail dans ces terres péruviennes; il vivait dans une maison à 4.000m d'altitude. Une seule ampoule éclairait la maison partagée par tous ceux qui l'occupaient; de temps en temps il s'échappait pour aller chasser avec son chien... Je me souviens aussi des moments où, en famille, on lisait les lettres de la mission. Celles-ci, de même que le témoignage qu'il nous donnait lors de ses visites, laissèrent en moi une trace profonde, peut-être la première graine de vocation que Dieu semait en mon âme.
Les grandes personnes ont la malencontreuse idée de poser aux enfants la question cruciale: "et, toi, qu'est-ce que tu veux faire quand tu seras grand?" Il est vrai que je ne pouvais pas mentir: "torero ou prêtre." Jusqu'à l'âge de dix ans la réponse de torero disparaissait, il restait seulement celle de prêtre. Je le voulais vraiment mais je ne savais comment le faire pratiquement. De l'âge de sept ans jusqu’à treize ans, on pouvait dire qu'on vivait selon ce « programme »: messe, confession, promoteur de la communion quotidienne à l'école, du mois de Marie et du chapelet en famille... Je me croyais un bon enfant et un bon chrétien.
Lorsque j'avais douze ans, grâce aux Carmes Déchaussés, trois prêtres légionnaires vinrent chez nous. Ils coïncidèrent immédiatement avec l'idéal de prêtre que Dieu m'avait montré: prêtres fiers de l'être, qui avaient une mission importante à accomplir dans la vie, sympathiques, cultivés, très bien préparés, prudents... J'imagine que le repas a été une torture pour eux: ils étaient la cible de vingt-quatre yeux et ils durent supporter les questions de toute la famille. Mais ils traversèrent l'épreuve du feu: ils apprécièrent même le "gazpacho". Au milieu de la conversation on apprit qu'ils avaient un séminaire qu'ils appelaient "apostolique": exactement ce que je voulais! Immédiatement, je manifestai le désir d'y aller, mais cette idée ne plut pas à mes parents - Dieu savait pourquoi - Je n'abordai plus le sujet.
Il me fallait vivre dans le monde, et attendre jusqu'à mes dix-huit ans. Il me paraissait impossible de vivre de façon cohérente avec l'appel de Dieu au milieu d'un monde si difficile et hostile. A cette époque-là je décidai donc de ne plus exprimer mon désir d'être prêtre; pas même à moi-même. Mon rendez-vous avec Dieu pour mes dix-huit ans. Il me fallait vivre normalement., comme n'importe quel enfant; je ne voulais pas être un "oiseau rare". Comme cela me faisait souffrir intérieurement, quand on me demandait: "que veux-tu faire quand tu seras grand?" je répondais extérieurement un je ne sais pas ou ingénieur. Mais intérieurement je luttais pour ne pas répondre ce que je voulais vraiment: "légionnaire".
Je passais donc six ans attendant mon rendez-vous. A treize ans ma grand-mère invita toute la famille (plus de 60 avec tous les oncles, tantes et cousins). Ce dont je me souviens le plus ce n'est pas le Colisée, ni les catacombes, ni la Piéta mais la visite au Centre de la Légion. Qui ne serait impressionné de voir plus de 60 prêtres, joyeux, aimables parlant bien des autres et pour comble jouant bien de la musique? Il ne faisait aucun doute que si Dieu le voulait je serais légionnaire: "quand je serai légionnaire, je jouerai de la batterie..." mais "je ne dois pas penser à cela avant d'avoir dix-huit ans". A mesure que je connaissais mieux la Légion, je l'aimais davantage et je l'admirais surtout car elle prêchait peu en paroles et beaucoup par ses œuvres. Chaque légionnaire dont je fis la connaissance à Rome ou à Salamanque me renforçait dans mon désir intérieur.
Lorsque j'avais quinze ans mon frère Claudio est rentré à la Légion: "il me précède" pensai-je en mon for intérieur. Sans en être conscient, ses lettres allaient me préparer à devenir légionnaire. Il ne restait plus que trois ans. Qu'ils furent difficiles! Puisqu'on ne me permettait pas d'aller au petit séminaire je vivais en état de rébellion intérieure: pourquoi Dieu a-t-il permis cela? A présent advienne que pourra, je vais lâcher les rênes. Je m'éloignai de Dieu et Il me laissa libre.
Quand on s'écarte de Dieu on ne rencontre que péché et insatisfaction. Ce furent des années tristes. Dieu m'apprit à être humble. Quelquefois Dieu nous permet de nous éloigner de Lui afin que nous nous rendions compte du fait que nous en avons besoin. Je n'ai pas oublié cette leçon, je me la rappelle avec tendresse et j'en remercie Dieu continuellement!
Le rendez-vous arriva. Mon frère Claudio m'avait invité à passer quelques jours au noviciat de Salamanque; j'y suis allé, cherchant vraiment avec anxiété à présent ce que Dieu voulait que je fasse de ma vie. Je savais que pour pouvoir recevoir la réponse il me fallait d'abord "faire les comptes" avec Lui. Aussi le 13 août, deux jours avant l'Assomption, vers dix heures du soir j'allai me confesser. Avec beaucoup de chagrin je dis mes péchés au confesseur et j'ajoutai: "Père je crois que je ne peux être légionnaire: je manque trop de constance. Pourquoi vais-je m'engager dans quelque chose que je ne pourrai pas accomplir?"
Je le disais avec sincérité, c'est sûr. Mais aussi j'avoue, avec l'envie que le père me persuade que c'était ma voie et que je pourrai la suivre. Je m'installai sur le prie-dieu attendant son "blabla". Mais il ne me dit rien de ce que j'attendais. Au contraire: "Carlos, c'est vrai: tu ne peux pas!"
Cette réponse me déconcerta et me laissa comme paralysé: Allons espèce de curé à la gomme! au lieu de m'encourager... mais au bout d'un petit moment il ajouta: "Toi seul, tu ne peux pas, Carlos! Mais AVEC DIEU, OUI."
C'est à ce moment-là que je compris que la vocation n'est pas notre œuvre : ce n'est pas parce que nous le voulons mais parce que Dieu nous appelle. Je me rendis compte que le chemin était différent et qu'il fallait demander à Dieu: "Veux-tu que je te suive?" au lieu d'imposer ses propres plans.
Je commençais à prier, à demander à Dieu avec insistance afin qu'il m'illumine.: « Dieu, que veux-tu de moi? Seigneur, je sais que tu ne vas pas me tromper et tu ne permettras pas que je prenne la mauvaise voie. Eclaire-moi! ». Cette fin de semaine à Salamanque fut très intense. Le 14 août je parlai avec plusieurs prêtres et frères pour trouver un peu de lumière. Mais ce n'était pas cela dont j'avais besoin; c'était de la réponse du Christ.
Le jour de l'Assomption il y avait des ordinations sacerdotales au noviciat et ce même jour ma famille célébrait l'événement le plus important de l'année: nous nous réunissions toujours à Derronadas, Soria, où un de mes frères était mort et où il était enterré, pour nous souvenir de lui et prier pour lui. Cette année-là je leur dis que je n'y serais pas, que je les accompagnerais par la prière, car j'allais voir ce que Dieu voulait que je fasse de ma vie.
Il y avait huit ans, ce même jour, au petit matin, vers une heure, la sainte Vierge avait appelé au ciel mon frère aîné. Il avait dix-huit ans. Il était mort d’un accident de voiture. Pour mes parents et pour nous, les neuf frères et sœurs, ce fut comme un rappel de Dieu: "que faites-vous? qu'attendez-vous de la vie?" A ce moment-là, dans mon cœur de petit garçon de dix ans, les images des funérailles s'imprimèrent profondément: c'était une toute petite chambre remplie de mes oncles, tantes et cousins. Mon frère gisait sur le lit, enveloppé d'un drap blanc tout simple. Il était un peu défiguré, mais son visage avait une expression affable. Le drap recouvrait aussi le coup qu'il avait reçu à la tête. Ma mère me poussa devant, à gauche du lit, devant la petite table de nuit, à côté de mon frère. Là, sur la petite table, il y avait une image de la sainte Vierge. Je la regardai une fois, puis encore une autre en lui demandant: "pourquoi l'as-tu emmené?
Plus encore que cette scène et que l'étourdissement que je ressentis dans cette pièce, je me souviens de la paix et de la sérénité que me donna la sainte Vierge. Pendant l'enterrement j'entendis pour la première fois le chant à quatre voix:
Prends, Vierge pure, nos cœurs,
Ne nous abandonne jamais, jamais...
Je veux être avec eux, Vierge emmène-moi avec toi au ciel
Comble mon désir comblé et je serai heureux.
Ce jour-là je compris qu'elle se chargeait de mon frère et quelle se chargerait de moi. Et cette certitude me pénétrait tellement le cœur que je ne comprenais pas qu'il fallait être triste, garder le deuil et non plus pourquoi ma tante ne voulait pas que je joue au tennis avec mes cousins: "il faut être heureux, puisque José-Marie est déjà au ciel!"
Ce jour-là me voilà seul dans le chœur de la chapelle de Salamanque, huit ans plus tard, le 15 août au petit matin. Là je demande à la sainte Vierge avec une prière simple et confiante : "Mère, éclaire-moi!" Elle m'obtint la réponse du Christ. Je ne sais comment, mais je sortis de la chapelle avec la certitude que Dieu m'avait appelé.
Il me restait une autre étape, une autre question: pourrai-je être légionnaire? Quel dommage que je sois sans réponse! Le lendemain je devais rentrer à Séville pour "approfondir mes études estivales". Nous nous sommes mis d'accord pour que je revienne à Salamanque dans quinze jours pour les exercices spirituels; pour l'instant j'allais suivre une vie normale en me centrant sur mes études. La décision de suivre le Seigneur toute la vie est une entreprise difficile. J'étais épuisé. Je crois qu'en rentrant à la maison je dormis vingt-quatre heures de suite...en plus de celles du voyage.
Il ne me fut pas difficile de suivre ce que nous avions décidé à Salamanque, sauf de me centrer sur "mes études". Un problème m'absorbait: faire part de ma décision à mes parents. La meilleure façon, pensai-je, c'était de leur écrire. Ils rentreraient de vacances à la fin août, ayant digéré la nouvelle. Il en fut ainsi. Le moment attendu arriva. Le moment le plus difficile, je le savais, serait de convaincre mon père: si je n'avais pas de raisons profondes, simplement il ne me permettrait pas.
Aussi je me mis à prier de nouveau: "Seigneur, éclaire-moi! C'est toi qui m'a mis dans cette situation! A présent il faut m'en sortir!" Il m'accorda ce qu'il a dit dans l'Evangile: "ne vous préoccupez pas de ce que vous aurez à dire, je vous l'inspirerai." : "Carlos, me dit mon père, j'ai pensé qu'il était mieux que tu étudies pendant un ou deux ans; ensuite, si tu veux tu entreras à la Légion."
"Papa, lui répondis-je, c'est ma vie et mon bonheur qui sont en jeu. Je pense qu'il faut donner la possibilité à Dieu avant tout. Si ce n'est pas ma voie, j'étudierais ensuite ce que tu veux; n'aie pas peur. Mais première place à Dieu."
Je suis sûr que ma réponse ne l'étonna pas. Il m'avait lui-même enseigné depuis ma petite enfance: "première place à Dieu". Cela me jaillit du cœur, sans y penser.
Mon père et ma mère me donnèrent leur accord, tristes, mais avec joie aussi car ils m'aimaient.
Je n'ai pas assez de mots pour remercier Dieu qui m'a créé, qui m'a donné la foi et qui m'a appelé au sacerdoce chez les légionnaires. Je ne sais comment remercier Dieu pour les parents qu'il m'a donnés, pleins de foi, de cohérence, joyeux, qui ont su éduquer leurs enfants par leur exemple.
Je n'ai pas assez de mots pour remercier ma famille: oncles, tantes, cousins et surtout mes neuf frères et sœurs qui ont toujours été un sujet de fierté et de satisfaction. Je ne sais comment remercier mon frère Claudio qui me précède et me soutient quotidiennement dans mon entreprise. Je ne sais que dire à tous mes supérieurs et frères légionnaires pour ce qu'ils font et ont fait pour moi, surtout le Père Maciel, car il m'a appris à aimer Jésus-Christ, le grand trésor de mon cœur : ma Vie pour le Christ! Rechristianiser l'humanité! CA VAUT LA PEINE!