prieres
Le père José Antonio Caballero est né à Cordoue, dans la province de Vera Cruz, au Mexique le 26 avril 1966. Il est entré au noviciat en 1981, après avoir suivi sa scolarité à l'école apostolique de la Légion du Christ, au Mexique. Il fit sa licence de Philosophie à l'Université Grégorienne et le baccalauréat en Théologie à l'Athénée Regina Apostolorum de Rome. Il a été professeur de langues classiques aux Etats-Unis et à Rome depuis 1988.
Je suis le second d'une famille de six enfants. Je dois quelque chose à chacun d'entre eux, surtout à l'aîné : c'était avec lui que je me querellais le plus, mais à la fin nous nous réconciliions toujours. Comme il n'avait qu'un an de plus que moi, j'ai toujours voulu être très différent de lui : cela ne m'a jamais plu qu'on me dise que nous nous ressemblions. Si quelqu'un demandait si nous étions jumeaux, j'étais furieux. S'il se mettait à chanter par exemple, je me mettais à crier ; il a toujours été très brillant dans ses études ; moi, par contre, j'essayais d'étudier le moins possible, tout en essayant de garder une moyenne décente. Si nous différions l'un de l'autre, c'était dans le domaine du sport : toute mon enfance j'ai suivi avec passion la ligue mexicaine de base-ball. Mon équipe était « los Cafeteros » de Cordoba. Je m'imaginais souvent moi-même, déjà grand, jouant en seconde base et étant troisième à frapper avec la batte. Avec ingénuité et en toute confiance, je demandais à la Vierge de faire que je puisse jouer au "AAA". Je n'aurais jamais imaginé qu'elle exaucerait mes paroles : la vérité est qu'elle finit par me donner la main et m'envoya jouer ni plus ni moins qu'aux "Grandes ligues".
Voilà comment cela s'est passé : j'avais onze ans... Un jour on me dit que j'étais renvoyé du collège pendant une semaine car je m'étais battu avec un de mes compagnons. Avant de sortir de la salle de classe, un prêtre y entra (le Père Carlos Mora), avec un petit sourire aux lèvres. On nous commanda de nous asseoir. Comme je ne voulais pas être renvoyé, je fis celui qui ne comprenait pas et je retournai à ma place. Je ne me sais plus très bien ce que le père nous dit. Mais je me souviens clairement de ses gestes de bonté et de l'attention qu'il prêtait aux questions que mes compagnons lui posaient.
Sans me rendre compte et presque contre ma volonté, je restai comme hypnotisé. En moi jaillit une prière que je dis sans savoir pourquoi : "si par hasard je me fais prêtre, j'aimerais être comme lui". Plus tard je réfléchis, voulant me défaire de cette pensée : "Non, je vais être joueur de base-ball, je vais être le meilleur seconde base de la ligue mexicaine, je vais entraîner les Cafeteros vers le championnat". Ce fut inutile. Je donnai au père mon adresse et lui demandai de me permettre de parler avec lui. C'est ce qui arriva.
Quelques mois plus tard je recevais sa première lettre : j'ouvris l'enveloppe avec fièvre et fierté au milieu de mes frères et sœurs.
C'est ainsi que se passa cette année : comme sans y toucher, toujours sans m'en rendre compte - c'est ainsi que Dieu a agi avec moi - je me suis mis à dire oui. Enfin arriva le jour des adieux : mes parents ne s'opposèrent jamais à ce que je m'en aille au séminaire, bien que cela leur ait beaucoup coûté : je me souviens tout à fait d'une des dernières conversations que j'ai eues avec mon père :
- Sais-tu où tu vas ?
- Pas vraiment.
- Il s'agit d'un séminaire.
- Si c'est un séminaire, promettais-je, je reviendrai.
Je ne m'imaginais absolument pas que j'allais finir par abjurer ces derniers mots. Depuis mon plus jeune âge, je voulais être fidèle à ce que je disais : donner ma parole était pour moi très sérieux et en face de mon père ce l'étais encore plus, car c'est lui qui me l'avait appris.
Je m'en allai pour Mexico après qu'il m’eut donné sa bénédiction en même temps que ma mère ; d'elle je me souviens seulement de la caresse qu'elle me fit, arrangeant une mèche de cheveux, m'embrassant et me jetant un regard plein de tendresse. Elle pleurait en me regardant mais sans prononcer une parole. Ce n'était pas la première fois que je la voyais pleurer ; mais cette fois-là était très spéciale : comme si quelque chose de très important allait se passer et dont j'étais le protagoniste, une histoire qui s'écrivait et qui était la mienne. Nous sommes arrivés de nuit à los Castillos. Le lendemain je me réveillai tout étonné de ne pas être à la maison. Je me préparai et allai à la chapelle ; j'arrivai en retard pour changer. Le père recteur de ce moment-là qui portait le même nom que moi, le père José Antonio Barco, célébrait la messe. Au moment du sermon il lança une torche allumée : " ici c'est un séminaire" et je ressentis la brûlure. Je sentis ma peau comme une écorce de pin, brûlante et jetant des étincelles sans fin...
Un jour où nous étions sortis nous promener, je ne me souviens plus très bien l’endroit, je demandai à un de mes compagnons qui marchait avec moi :"tu veux être prêtre ?" Sans hésiter il acquiesça fermement de la tête.
Ce fut le dernier coup. Ce compagnon était, à ce que je pouvais voir, le plus exemplaire de l'école apostolique. Moi, sincèrement, je l'admirais pour sa patience et sa jovialité. Je passai toute l'après-midi à réfléchir.
Le lendemain, le matin, le père recteur célébra de nouveau l'Eucharistie ; cette fois il n'y eut pas de sermon... Il éleva l'hostie quand, tout à coup je me sentis parlant cœur à cœur avec le Christ, comme si nous étions seuls au monde :
"Seigneur, lui dis-je en toute confiance, tu m'as avec toi. Cela valait vraiment la peine d'être né pour te suivre et consacrer le pain en ton corps et le vin en ton sang."
A partir de ce jour tout changea de couleur. Tout ce qui m'entourait me souriait de façon inhabituelle. Je ne voyais pas, je ne pouvais pas voir ce qui m'attendait : seize ans d'une lutte continuelle, ancrée au dialogue de ce matin-là. Je voulus mettre cette décision sous la protection de la sainte Vierge Marie. Je ne pourrai jamais assez la remercier de sa sollicitude pleine d'amour, de sa compagnie, de ses conseils de Mère. A ses pieds je récitai un je vous salue Marie et m'en allai. Des larmes coulaient sur ma figure, j'allai me laver et me vis dans le miroir, je me mis à rire. C'était sympathique de me voir pleurer et rire en même temps.
Ce jour-là fut le résumé des dix-sept années d'existence que le Bon Dieu m'a concédées avant de devenir prêtre : Le Christ, Marie, des larmes et un bonheur intérieur indescriptible.
Pourtant cela n'est que le début : il manque le terminus ad quem. Je n'ai pas le moindre doute sur le fait que les années qu'il me reste à vivre seront encore plus passionnantes et belles que les vingt-huit premières années. Je continue, voyant le but et je cours comme saint Paul : le regard fixé sur le ciel et le cœur qui bat fortement comme celui qui veut être le premier.
Le père José Antonio Caballero est né à Cordoue, dans la province de Vera Cruz, au Mexique le 26 avril 1966. Il est entré au noviciat en 1981, après avoir suivi sa scolarité à l'école apostolique de la Légion du Christ, au Mexique. Il fit sa licence de Philosophie à l'Université Grégorienne et le baccalauréat en Théologie à l'Athénée Regina Apostolorum de Rome. Il a été professeur de langues classiques aux Etats-Unis et à Rome depuis 1988.
Je suis le second d'une famille de six enfants. Je dois quelque chose à chacun d'entre eux, surtout à l'aîné : c'était avec lui que je me querellais le plus, mais à la fin nous nous réconciliions toujours. Comme il n'avait qu'un an de plus que moi, j'ai toujours voulu être très différent de lui : cela ne m'a jamais plu qu'on me dise que nous nous ressemblions. Si quelqu'un demandait si nous étions jumeaux, j'étais furieux. S'il se mettait à chanter par exemple, je me mettais à crier ; il a toujours été très brillant dans ses études ; moi, par contre, j'essayais d'étudier le moins possible, tout en essayant de garder une moyenne décente. Si nous différions l'un de l'autre, c'était dans le domaine du sport : toute mon enfance j'ai suivi avec passion la ligue mexicaine de base-ball. Mon équipe était « los Cafeteros » de Cordoba. Je m'imaginais souvent moi-même, déjà grand, jouant en seconde base et étant troisième à frapper avec la batte. Avec ingénuité et en toute confiance, je demandais à la Vierge de faire que je puisse jouer au "AAA". Je n'aurais jamais imaginé qu'elle exaucerait mes paroles : la vérité est qu'elle finit par me donner la main et m'envoya jouer ni plus ni moins qu'aux "Grandes ligues".
Voilà comment cela s'est passé : j'avais onze ans... Un jour on me dit que j'étais renvoyé du collège pendant une semaine car je m'étais battu avec un de mes compagnons. Avant de sortir de la salle de classe, un prêtre y entra (le Père Carlos Mora), avec un petit sourire aux lèvres. On nous commanda de nous asseoir. Comme je ne voulais pas être renvoyé, je fis celui qui ne comprenait pas et je retournai à ma place. Je ne me sais plus très bien ce que le père nous dit. Mais je me souviens clairement de ses gestes de bonté et de l'attention qu'il prêtait aux questions que mes compagnons lui posaient.
Sans me rendre compte et presque contre ma volonté, je restai comme hypnotisé. En moi jaillit une prière que je dis sans savoir pourquoi : "si par hasard je me fais prêtre, j'aimerais être comme lui". Plus tard je réfléchis, voulant me défaire de cette pensée : "Non, je vais être joueur de base-ball, je vais être le meilleur seconde base de la ligue mexicaine, je vais entraîner les Cafeteros vers le championnat". Ce fut inutile. Je donnai au père mon adresse et lui demandai de me permettre de parler avec lui. C'est ce qui arriva.
Quelques mois plus tard je recevais sa première lettre : j'ouvris l'enveloppe avec fièvre et fierté au milieu de mes frères et sœurs.
C'est ainsi que se passa cette année : comme sans y toucher, toujours sans m'en rendre compte - c'est ainsi que Dieu a agi avec moi - je me suis mis à dire oui. Enfin arriva le jour des adieux : mes parents ne s'opposèrent jamais à ce que je m'en aille au séminaire, bien que cela leur ait beaucoup coûté : je me souviens tout à fait d'une des dernières conversations que j'ai eues avec mon père :
- Sais-tu où tu vas ?
- Pas vraiment.
- Il s'agit d'un séminaire.
- Si c'est un séminaire, promettais-je, je reviendrai.
Je ne m'imaginais absolument pas que j'allais finir par abjurer ces derniers mots. Depuis mon plus jeune âge, je voulais être fidèle à ce que je disais : donner ma parole était pour moi très sérieux et en face de mon père ce l'étais encore plus, car c'est lui qui me l'avait appris.
Je m'en allai pour Mexico après qu'il m’eut donné sa bénédiction en même temps que ma mère ; d'elle je me souviens seulement de la caresse qu'elle me fit, arrangeant une mèche de cheveux, m'embrassant et me jetant un regard plein de tendresse. Elle pleurait en me regardant mais sans prononcer une parole. Ce n'était pas la première fois que je la voyais pleurer ; mais cette fois-là était très spéciale : comme si quelque chose de très important allait se passer et dont j'étais le protagoniste, une histoire qui s'écrivait et qui était la mienne. Nous sommes arrivés de nuit à los Castillos. Le lendemain je me réveillai tout étonné de ne pas être à la maison. Je me préparai et allai à la chapelle ; j'arrivai en retard pour changer. Le père recteur de ce moment-là qui portait le même nom que moi, le père José Antonio Barco, célébrait la messe. Au moment du sermon il lança une torche allumée : " ici c'est un séminaire" et je ressentis la brûlure. Je sentis ma peau comme une écorce de pin, brûlante et jetant des étincelles sans fin...
Un jour où nous étions sortis nous promener, je ne me souviens plus très bien l’endroit, je demandai à un de mes compagnons qui marchait avec moi :"tu veux être prêtre ?" Sans hésiter il acquiesça fermement de la tête.
Ce fut le dernier coup. Ce compagnon était, à ce que je pouvais voir, le plus exemplaire de l'école apostolique. Moi, sincèrement, je l'admirais pour sa patience et sa jovialité. Je passai toute l'après-midi à réfléchir.
Le lendemain, le matin, le père recteur célébra de nouveau l'Eucharistie ; cette fois il n'y eut pas de sermon... Il éleva l'hostie quand, tout à coup je me sentis parlant cœur à cœur avec le Christ, comme si nous étions seuls au monde :
"Seigneur, lui dis-je en toute confiance, tu m'as avec toi. Cela valait vraiment la peine d'être né pour te suivre et consacrer le pain en ton corps et le vin en ton sang."
A partir de ce jour tout changea de couleur. Tout ce qui m'entourait me souriait de façon inhabituelle. Je ne voyais pas, je ne pouvais pas voir ce qui m'attendait : seize ans d'une lutte continuelle, ancrée au dialogue de ce matin-là. Je voulus mettre cette décision sous la protection de la sainte Vierge Marie. Je ne pourrai jamais assez la remercier de sa sollicitude pleine d'amour, de sa compagnie, de ses conseils de Mère. A ses pieds je récitai un je vous salue Marie et m'en allai. Des larmes coulaient sur ma figure, j'allai me laver et me vis dans le miroir, je me mis à rire. C'était sympathique de me voir pleurer et rire en même temps.
Ce jour-là fut le résumé des dix-sept années d'existence que le Bon Dieu m'a concédées avant de devenir prêtre : Le Christ, Marie, des larmes et un bonheur intérieur indescriptible.
Pourtant cela n'est que le début : il manque le terminus ad quem. Je n'ai pas le moindre doute sur le fait que les années qu'il me reste à vivre seront encore plus passionnantes et belles que les vingt-huit premières années. Je continue, voyant le but et je cours comme saint Paul : le regard fixé sur le ciel et le cœur qui bat fortement comme celui qui veut être le premier.