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Une autopsie décisive

Vicente Cortina Monsonis, L.C.

 

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Le père Vicente Cortina est né le 2 novembre 1959 à Almacera, dans la province de Valence en Espagne. Il est entré au noviciat en 1984, après avoir fait sa Médecine à Valence. Il est diplômé en Théologie de l'Athénée Regina Apostolorum à Rome, et en Philosophie de l'Université Grégorienne. Il a animé des groupes de jeunes à Rome. En 1994, il était Secrétaire Général de l'Université Anahuac du Sud, à Mexico, depuis 1992.

"A quoi sert-il à l'homme de gagner le monde, s'il vient à perdre son âme ?" Ces paroles du Christ se répétaient en mon âme depuis qu'un père Légionnaire m'apprit à lire et méditer l'Evangile. J'avais dix-huit ans et je commençais à étudier la Médecine. Ces paroles ajoutées aux travaux pratiques dans la salle des cadavres ne me laissaient aucun doute sur le fait que la vie devait avoir un sens plus transcendant que la sépulture ou d'être le sujet de quelques travaux anatomiques des étudiants médecins.

Je suis né dans un village proche de Valence, Almacera, sur la côte Méditerranéenne, au sein d'une famille catholique qui m'a appris à vivre chrétiennement. La foi ne fut jamais indifférente dans ma vie, bien que je ne l'ai pas toujours vécue avec la même intensité.

Le premier souvenir de mon enfance, qui m'a toujours rempli de joie et de gratitude, est le moment où ma mère m'a appris à prier. je me mettais à genoux au pied du lit et elle m'apprenait la prière à l'ange gardien. Je suis très reconnaissant à Dieu que ce fut ma famille qui, la première me conduisit sur la route de la foi.
Ma première vocation, à trois ans : être torréador. Mon père se chargea de me faire changer d'idée rapidement. Il me mit en face d'un taureau de quatre cents kilos. Quand je le vis je commençai à pleurer et à courir désespérément ? Des années plus tard je découvris que ce n'était pas un taureau mais un bœuf.

J'ai un souvenir beaucoup plus agréable, joyeux et calme : ma première communion. J'étais vraiment heureux. Quand il y avait des premières communions, le village se revêtait d'habits de fête et en face de l'importance de l'événement, les familles le préparaient dans tous les détails. Pendant longtemps nous étions allés au catéchisme, et j'étais ravi d'y aller tous les jours car cela nous faisait partir plus tôt de l'école. Don Eduardo, le curé, nous apprenait le catéchisme en nous racontant l'histoire des saints.

A dix ans, je changeais d'école pour commencer mes études secondaires. Je m'en souviens comme de la période des amitiés, bonnes et mauvaises. Ce fut entre dix et dix-sept ans que je nouais des amitiés qui durent encore aujourd'hui. Dieu s'est arrangé dans ce nouveau collège pour ne pas me perdre de vue. ce furent des années jalonnées de faux-pas, de chutes, d'éloignement de Dieu et de paresse dans ma vie chrétienne, de peu de pratique dominicale. Mes professeurs de religion, parfaitement zélés, nous faisaient apprendre la doctrine catholique. Trois fois par semaine nous étions confrontés aux questions, après les classes. Cela m'obligeait à raisonner ma foi et à savoir la défendre.

Un autre prêtre zélé, l'assistant du curé, Don Francisco Claramunt, me donnait l'exemple de l'amour des jeunes. Mes amis et moi avions un club où nous écoutions de la musique, nous jouions de bonnes petites parties de cartes... et Don Francisco s'y invitait pour nous parler du Christ. De cette façon il me dirigeait par la voie de la confession et de l'Eucharistie.

Je ne peux oublier, lorsque j'avais seize ans la mission menée par trois pères Jésuites dans mon village. Pendant une semaine j'allais écouter l'un d'eux, le Père Jorge Loring, auteur du fameux livre intitulé "Pour te sauver". Jamais un prêtre ne m'a fait tant rire en m'expliquant la doctrine catholique. Les conférences que je préférais étaient celles qui avaient trait aux fiançailles. Je voulais avoir une fiancée, rencontrer une bonne jeune fille, une jeune fille "décente" comme on disait chez nous, et l'épouser. Ces conférences renforcèrent bien ma connaissance de la religion et depuis cette époque je n'ai plus jamais douté d'aucune vérité de foi. Et de là je sortis bien décidé à me marier avec une jeune fille comme Dieu les envoie et je commençais à exiger de moi-même ce que j'espérais trouver en ma future épouse.

Après mon bac j'entrais à la Faculté de Médecine. Etait-ce ma deuxième vocation ? Pourquoi avais-je choisi ces études ? Comme tous les jeunes qui ont un idéal, je voulais aider les autres. Quoi de mieux que d'aider les malades ? Le catéchisme nous disait bien que de rendre visite aux malades est œuvre de miséricorde. Pourtant il m'était assez difficile de concilier la miséricorde avec les tarifs que je comptais utiliser... après tout il me faudrait bien pourvoir aux besoins de ma famille.

En juillet 1977, avant mon entrée à la faculté, je fis la connaissance du Père Hector Gomez, légionnaire du Christ. Il venait de fonder un centre pour les jeunes à Valence. C'était un jeune prêtre de 33 ans. Je fis sa connaissance dans la Basilique de la Vierge des Desemparados, patronne de Valence. J'allais régulièrement dans cette Basilique pour me confesser. Elle me plaisait pour deux raisons : on y trouvait toujours un confesseur et ils étaient plutôt âgés (et quelques-uns un peu sourds). Quand j'entrai dans la chapelle du Saint-Sacrement, pleine de confessionnaux, je fus tout à fait surpris : un jeune prêtre ! je me dis : "je vais me confesser à lui". Quelle merveilleuse impression j'ai eue ! Très aimable, très cordial, il s'informait de tout. Quelle importance, si j'étais pardonné par Dieu, ce qui était le plus important ! Sa simplicité fit que ma confession dura longtemps, non pas à cause du nombre de péchés, mais parce que nous parlions. Il me raconta qu'il venait de fonder un club pour jeune et qu'il comptait sur moi. Je ne réfléchissais pas et à la première occasion j'y allai. Durant la première réunion on m'apprit à réfléchir sur l'Evangile ; c'était comme d'ouvrir la fenêtre par un jour ensoleillé et de découvrir un paysage merveilleux, jamais vu auparavant. Je savais des choses de ma foi, je discutais avec des amis qui se disaient agnostiques... mais je ne connaissais pas la parole du Christ sous cette forme vivante et efficace dans ma vie. A partir de ce moment-là je me sentis comme un assoiffé au milieu du désert : le désir de connaître le Christ s'ancra dans mon âme.

Je continuais à faire ma Médecine et à participer aux réunions du club jusqu'au jour où le Père Hector me demanda si je n'avais jamais pensé à devenir prêtre. Je lui répondis que oui, lorsque j'étais petit et que je jouais avec un missel dont on m'avait fait cadeau pour ma première communion. Je ne me souviens pas qu'on en ait parlé davantage, ni que la question ait été reposée. Serait-ce ma troisième vocation ? Il y avait naturellement quelque chose qui m'attirait dans la forme de vie des légionnaires que je connaissais : la grande joie et le dynamisme constant des Pères Hector Gomez et Angel Llorente.

Dieu continuait à appeler très discrètement à la porte de mon âme. Presque sans bruit je commençais à prendre conscience de la caducité des choses temporelles. Je me souviens d'un exercice pratique dans la salle d'autopsie. Je devais assister à l'autopsie d'une femme de 35 ans, décédée depuis deux heures. C'était huit heures du matin, en hiver, et devant ce spectacle je commençai à transpirer. Peu de temps après, à la suite de ces travaux pratiques, un peu plus serein, je suis allé à la chapelle de l'université pour prier. Je me souviens que je me posais beaucoup de questions sur le sens de la vie et une phrase du Père Maciel me vint à l'esprit : "le lendemain, lorsque tout le monde nous oublie, il ne reste qu'une croix et sur elle le Christ, protégeant notre sépulture en signe d'une amitié commencée sur cette terre". Je n'aurais jamais pensé qu'un cadavre aurait pu me faire autant de bien. Quelque chose commença alors à changer sérieusement en moi : ma façon de voir et d'affronter la vie.

Comme membre du Regnum Christi j'ai pris part à une petite session de formation pendant l'été : ce fut une illumination pour comprendre ce que Dieu me demandait. J'ai ainsi pu faire la connaissance d'autres jeunes pleins de joie saine et vivre de plus près avec les pères légionnaires. A la fin de la session, je savais ce que Dieu voulait de moi : j'étais décidé à devenir prêtre légionnaire du Christ. Dans ma prière du soir je demandai à Dieu de me remplir de force, spécialement pour l'annoncer à mes parents, qui soupçonnaient bien quelque chose, mais qui n'auraient jamais pensé que je les quitterais pour me consacrer à Dieu.

Le moment de la décision arriva : j'avais terminé mes études, rompu avec ma fiancée. J'en parlai à mes parents. Le moment ne fut pas facile. A côté du chagrin de mes parents, je voyais tout ce que je devais laisser. Mais Dieu ne se fit pas attendre : sa force envahit mon âme et me remplit d'une lumière qui ne m'a jamais abandonné : la claire certitude que Dieu me voulait prêtre légionnaire du Christ. Je ne pourrai jamais assez Le remercier de cette grâce.

J'ai compris que c'était Dieu qui donnait la vocation et qu'Il m'avait élu comme un pauvre instrument pour lutter pour le salut des âmes. Je ne me sentais pas frustré et tout ce que j'avais désiré dans ma vie m'était donné par le Christ. Il me donnait du courage et de la force dans les moments difficiles et Il m'appelait pour être médecin des âmes.

A quelques mois de mon ordination je suis très reconnaissant à Dieu et à la très sainte Vierge pour la protection qu'ils m'ont donnée au cours de ma vie : ma famille qui m'a initié à la foi, les prêtres que j'ai rencontrés sur mon chemin et toutes les âmes qui sans être choisies, m'ont donné le témoignage de dévouement et de fidélité.

Je ne veux pas terminer ces lignes sans remercier le Père Maciel, fondateur, pour le sacrifice d'avoir donné sa vie pour que la Légion du Christ et le Regnum Christi soient un port de salut pour tant d'âmes qui ont besoin de Dieu.


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