Le Père Claudio Maria Garcia est né en Espagne, à Séville, le 12 avril 1962. Il est entré au noviciat de Salamanque le 15 septembre 1980. Il fit ses études de philosophie et de théologie à Rome. Il a rempli plusieurs fonctions, telles qu'administrateur à Salamanque, supérieur à Santiago du Chili, orienteur des jeunes au collège Irlandais de Monterrey. En 1994 il était directeur spirituel et orienteur des familles à Mexico.
Ramon, mon frère cadet était né. En sortant de son baptême, mes parents le portant dans leurs bras rencontrèrent l'évêque. Ils lui demandèrent sa bénédiction ; après l'avoir donnée, le prélat ajouta une prophétie du style évangélique de Siméon : "cet enfant - mon frère - fera de grandes choses pour Dieu et l'Eglise". Au bout d'un certain nombre d'années les faits ont démontré que cet évêque avait "senti un prêtre" mais il avait visé à côté : Ramon ne s'est pas consacré à Dieu, par contre moi, son aîné, et notre autre frère, Carlos, son cadet, avons tous les deux décidé d'être prêtres dans la Légion.
Tout commença parce que nous sommes nés au sein d'une famille de tradition très catholique. Nous sommes dix frères et sœurs : trois filles et sept garçons. Mes parents, très croyants, nous donnèrent à tous le prénom de baptême de Maria. Dieu et sa mère occupaient une place très spéciale chez nous. C'est ainsi que la foi nous est entrée par les pores de la peau. Les commentaires de ma mère résonnaient toujours, et bon gré mal gré, nous les écoutions. Elle référait tout à Dieu et essayait toujours de nous expliquer le pourquoi des choses. Mon père, de son côté, se taisait et nous donnait l'exemple de la foi, du travail et de l'honnêteté. Comme nous étions dix enfants la discipline était une nécessité absolue. Si nous disions du mal de quelqu'un, ma mère nous corrigeait ; les mots grossiers étaient rares chez nous et, volontiers ou non, nous réalisions naturellement les sacrifices nécessaires pour vivre dans cette grande famille. Notre bonheur - en tant qu'andalous cela se comprend - était de prendre part à la procession de la Semaine Sainte comme pénitent, puis de porteur en grandissant ; enfin de participer au pélerinage "del Rocio".
Nous grandissions dans une atmosphère très saine. Le collège Portacœli, des Jésuites, où nous avons tous étudié, nous y poussait. Chez nous il y avait toujours du mouvement et quelque chose à faire. Nous voyions peu la télévision et en fin de semaine nous nous échappions à la campagne. Là nous montions à cheval, nous aidions les paysans avec leur bétail, nous allions chasser ou nous faisions quelque espièglerie, etc. Tout cela nous empêchait de nous ennuyer et nous épargnait d'autres types d'expériences.
Depuis mon plus jeune âge j'avais une grande admiration pour les prêtres que je connaissais et j'avais bien pensé en être un ; mais les années passant cette idée disparut de mes plans. Plus simplement je ne me voyais pas vraiment prêtre.
De façon imprévue, le 15 août 1975, Solennité de l'Assomption de la Vierge au ciel, mon frère aîné, José Maria, mourut d'un accident de voiture. Au matin de ce jour de fête, après nous avoir doucement préparés notre mère nous le dit. Nous avons tous beaucoup pleuré. Nous ne pouvions croire à cette nouvelle. C'était notre frère aîné, exemplaire en presque tout ; en outre, il avait une grande personnalité, très entraînante, il était très sympathique et était attiré par le spirituel. J'avais treize ans ; je sentais comme si on m'avait coupé le corps et l'âme en deux. Comment pouvait-il être mort si soudainement ? Quel sens pouvait donc avoir la vie quand quelqu'un de si proche et si chéri s'en allait ainsi ? Ce fut surtout un coup très dur pour mes parents. Ils le prirent avec une grande foi et beaucoup de force.
La famille proche, les amis et connaissances nous entourèrent de façon incroyable. Aussi ce qui aurait pu être un drame de famille se convertit, par la grâce de Dieu, en la plus grande bénédiction humaine et spirituelle que nous avons reçue dans notre vie. De manière inconsciente, nous avons tous reçu la leçon : la vie sur terre n'est que passagère, elle est courte, elle passe ; il est nécessaire de s'ancrer sur ce qui ne passe pas, de s'attacher à la vie éternelle, où se trouvent Dieu et Jose-Maria. Car nous n'avons jamais douté un moment que la sainte Vierge avait conduit notre frère au ciel. Depuis ce moment-là, la famille s'est unie encore plus fermement, nous disions le chapelet tous les jours, nous allions en vacances toujours ensemble. Aucun de nous n'avait l'idée de faire des plans de son côté. Inconsciemment nous ressentions la nécessité de nous appuyer les uns les autres en face d'une telle perte, mais en conservant toujours de la reconnaissance envers Dieu. Nous l'avions appris de nos parents. Cette expérience fut le point de départ de ma décision future.
Deux ans plus tard apparurent chez nous trois légionnaires du Christ. C'était trois prêtres irlandais, un peu perdus à Séville avec leur accent irlandais ; jeunes qui savaient de tout (surtout sur le football : joueurs du Betis et de Sevilla C.F. ; sur la situation politique espagnole, encore très confuse à l'époque), ils nous impressionnèrent surtout par leur joie et leur don de plaire. Ils créèrent le Regnum Christi à Séville et représentèrent pour moi un type de prêtre nouveau, inespéré, différent, au message clair et adapté aux nouvelles générations, avec des projets attractifs pour aider l'Eglise.
Pendant ces années je peux dire que je menais ma vie de lycéen avec une immense joie : avec beaucoup d'amis, avec la possibilité de m'enrichir par de bonnes expériences à l'étranger : Irlande, Angleterre' Allemagne et Etats-Unis. Les plans pour le futur ne manquaient pas non plus. Mais à dix-huit ans je me trouvais un peu perdu. De plus, je ne me reconnaissais plus. Je ne savais pas ce qui se passait, mais les choses qui me plaisaient autrefois ne me disaient plus rien. A la fin de 1979 je fis des exercices spirituels avec les légionnaires. Cela m'a beaucoup aidé, mais quinze jours plus tard je me retrouvai comme avant. J'essayais de trouver une petite amie. Une fille superbe, très sympathique. Pourtant je finis par la laisser tomber. Dans mes études je me laissais aller et je ne réussissais pas comme avant. En toute honnêteté je pouvais dire que je ne savais plus où j'en étais en cette période de décision : entrée à l'université et choix d'études. Jusqu'alors j'avais pensé faire des études d'ingénieur industriel au ICAI de Madrid, comme mon père. Mais je me rendais compte que je n'étais pas du tout décidé.
Pendant l'été 1980, ayant fini le COU et la sélection pour l'université, j'avais plusieurs plans : travailler en Angleterre en m'occupant de chevaux ou aller cueillir des fruits en France, pour aller ensuite passer un autre mois avec ma famille ; enfin j'avais une invitation des légionnaires pour aller à Salamanque pour une petite session qu'ils organisaient et à laquellel avait assisté un de mes frères. Comme par magie mes plans personnels s'évanouirent et voyant que mon été ne présentait rien de très excitant à l'horizon, je me décidai à aller passer un mois avec les légionnaires.
L'expérience de cet été fut formidable et unique. Nous étions un groupe de 35 jeunes "en recherche", ayant envie de nous distraire, de faire du sport et de tirer "quelque chose de clair" de ces jours. A part deux d'entre nous, il nous était évident que pour rien au monde nous ne serions prêtres. Mais les jours passaient et Dieu commençait à agir. Dans mon cas, il fallait que je laisse entrer Dieu dans mon cœur et dans ma vie en lui offrant tout ce que j'étais avec une entière disponibilité. Et la lutte commença. Il y eut d'abord un moment pendant lequel je ne cédai pas et je fus sur le point de m'en aller, mais j'attendis. Je reconnus comme j'étais égoïste et je savais bien que je ne pouvais m'en aller ainsi ! De plus mes rapports avec Jésus-Christ croissaient en intimité et proximité. Je me souviens d'une visite à la chapelle, avant de faire une partie de ping-pong, où je restai 15 minutes à genoux et je sentis que Dieu voulait me dire quelque chose. Sans aucune violence, je ressentis intérieurement qu'il m'invitait, si je voulais, à sauver le plus grand nombre possible d'hommes et de leur montrer le chemin de la félicité véritable. A vrai dire, à ce moment-là je ne le percevais pas aussi clairement. Il me resta le bonheur d'avoir été près du Christ.
Les arguments contre la prêtrise m'effleurèrent naturellement. Le plus subtile était de convenir personnellement et avec Dieu que je pouvais être un chrétien magnifique, même un saint, tout en me mariant et en fondant une famille. Je n'avais pas compris que ce dont il s'agissait c'était de faire la volonté de Dieu, de suivre son plan et non le mien, que ça me plaise ou non. De plus, comment savoir si j'avais une vocation ? Qui me l'assurait ? Début août, pendant une petite escapade à Avila, j'entendis de la bouche d'une carmélite déchaussée une phrase, destinée à un autre, mais qui toucha au plus profond : "...N'attendez pas qu'un ange vous apparaisse, ou le Christ en personne, et qu'il vous tape sur le dos en vous invitant à le suivre ; ainsi vous ne vous déciderez jamais. Car ici il s'agit de générosité..." Elle avait mis le doigt dessus ! Voilà tout mon problème et ma question : si j'étais prêt à être généreux avec Dieu en lui donnant ma vie comme il voulait. La grâce de Dieu agit ; quelques jours plus tard au milieu de larmes d'émotion et de douleur, je me décidai pour le "oui". Rien ne m'avait autant coûté que ce pas. Peut-être cela venait-il de mon manque d'habitude de me fier entièrement à Dieu alors que je n’étais régi que par la confiance en moi.
Répondre à son appel avait signifié de sauter dans le vide avec la confiance que Dieu, Lui seul, soutiendrait mes pas. Pour le reste, cette attitude de générosité était bien le moins que je pouvais rendre à Dieu, le Seigneur de ma vie ; après tout, il m'avait donné beaucoup. Je voyais comme il serait injuste de faire le contraire, même pour les motifs les plus nobles et les plus justes. Si ensuite je voyais que ce n'était pas mon chemin, je conserverais l'expérience et la satisfaction d'avoir joué franc jeu avec Lui. En générosité on ne peut jamais perdre ! Et en observant la situation du monde et de tant de gens, de l'Eglise et de ses souffrances et limites, je me sentais poussé à poursuivre ce chemin. C'est ainsi que commença ma vie dans la légion, cette aventure vers le divin, pleine de défi et de risques, mais si attirante...
Le Père Claudio Maria Garcia est né en Espagne, à Séville, le 12 avril 1962. Il est entré au noviciat de Salamanque le 15 septembre 1980. Il fit ses études de philosophie et de théologie à Rome. Il a rempli plusieurs fonctions, telles qu'administrateur à Salamanque, supérieur à Santiago du Chili, orienteur des jeunes au collège Irlandais de Monterrey. En 1994 il était directeur spirituel et orienteur des familles à Mexico.
Ramon, mon frère cadet était né. En sortant de son baptême, mes parents le portant dans leurs bras rencontrèrent l'évêque. Ils lui demandèrent sa bénédiction ; après l'avoir donnée, le prélat ajouta une prophétie du style évangélique de Siméon : "cet enfant - mon frère - fera de grandes choses pour Dieu et l'Eglise". Au bout d'un certain nombre d'années les faits ont démontré que cet évêque avait "senti un prêtre" mais il avait visé à côté : Ramon ne s'est pas consacré à Dieu, par contre moi, son aîné, et notre autre frère, Carlos, son cadet, avons tous les deux décidé d'être prêtres dans la Légion.
Tout commença parce que nous sommes nés au sein d'une famille de tradition très catholique. Nous sommes dix frères et sœurs : trois filles et sept garçons. Mes parents, très croyants, nous donnèrent à tous le prénom de baptême de Maria. Dieu et sa mère occupaient une place très spéciale chez nous. C'est ainsi que la foi nous est entrée par les pores de la peau. Les commentaires de ma mère résonnaient toujours, et bon gré mal gré, nous les écoutions. Elle référait tout à Dieu et essayait toujours de nous expliquer le pourquoi des choses. Mon père, de son côté, se taisait et nous donnait l'exemple de la foi, du travail et de l'honnêteté. Comme nous étions dix enfants la discipline était une nécessité absolue. Si nous disions du mal de quelqu'un, ma mère nous corrigeait ; les mots grossiers étaient rares chez nous et, volontiers ou non, nous réalisions naturellement les sacrifices nécessaires pour vivre dans cette grande famille. Notre bonheur - en tant qu'andalous cela se comprend - était de prendre part à la procession de la Semaine Sainte comme pénitent, puis de porteur en grandissant ; enfin de participer au pélerinage "del Rocio".
Nous grandissions dans une atmosphère très saine. Le collège Portacœli, des Jésuites, où nous avons tous étudié, nous y poussait. Chez nous il y avait toujours du mouvement et quelque chose à faire. Nous voyions peu la télévision et en fin de semaine nous nous échappions à la campagne. Là nous montions à cheval, nous aidions les paysans avec leur bétail, nous allions chasser ou nous faisions quelque espièglerie, etc. Tout cela nous empêchait de nous ennuyer et nous épargnait d'autres types d'expériences.
Depuis mon plus jeune âge j'avais une grande admiration pour les prêtres que je connaissais et j'avais bien pensé en être un ; mais les années passant cette idée disparut de mes plans. Plus simplement je ne me voyais pas vraiment prêtre.
De façon imprévue, le 15 août 1975, Solennité de l'Assomption de la Vierge au ciel, mon frère aîné, José Maria, mourut d'un accident de voiture. Au matin de ce jour de fête, après nous avoir doucement préparés notre mère nous le dit. Nous avons tous beaucoup pleuré. Nous ne pouvions croire à cette nouvelle. C'était notre frère aîné, exemplaire en presque tout ; en outre, il avait une grande personnalité, très entraînante, il était très sympathique et était attiré par le spirituel. J'avais treize ans ; je sentais comme si on m'avait coupé le corps et l'âme en deux. Comment pouvait-il être mort si soudainement ? Quel sens pouvait donc avoir la vie quand quelqu'un de si proche et si chéri s'en allait ainsi ? Ce fut surtout un coup très dur pour mes parents. Ils le prirent avec une grande foi et beaucoup de force.
La famille proche, les amis et connaissances nous entourèrent de façon incroyable. Aussi ce qui aurait pu être un drame de famille se convertit, par la grâce de Dieu, en la plus grande bénédiction humaine et spirituelle que nous avons reçue dans notre vie. De manière inconsciente, nous avons tous reçu la leçon : la vie sur terre n'est que passagère, elle est courte, elle passe ; il est nécessaire de s'ancrer sur ce qui ne passe pas, de s'attacher à la vie éternelle, où se trouvent Dieu et Jose-Maria. Car nous n'avons jamais douté un moment que la sainte Vierge avait conduit notre frère au ciel. Depuis ce moment-là, la famille s'est unie encore plus fermement, nous disions le chapelet tous les jours, nous allions en vacances toujours ensemble. Aucun de nous n'avait l'idée de faire des plans de son côté. Inconsciemment nous ressentions la nécessité de nous appuyer les uns les autres en face d'une telle perte, mais en conservant toujours de la reconnaissance envers Dieu. Nous l'avions appris de nos parents. Cette expérience fut le point de départ de ma décision future.
Deux ans plus tard apparurent chez nous trois légionnaires du Christ. C'était trois prêtres irlandais, un peu perdus à Séville avec leur accent irlandais ; jeunes qui savaient de tout (surtout sur le football : joueurs du Betis et de Sevilla C.F. ; sur la situation politique espagnole, encore très confuse à l'époque), ils nous impressionnèrent surtout par leur joie et leur don de plaire. Ils créèrent le Regnum Christi à Séville et représentèrent pour moi un type de prêtre nouveau, inespéré, différent, au message clair et adapté aux nouvelles générations, avec des projets attractifs pour aider l'Eglise.
Pendant ces années je peux dire que je menais ma vie de lycéen avec une immense joie : avec beaucoup d'amis, avec la possibilité de m'enrichir par de bonnes expériences à l'étranger : Irlande, Angleterre' Allemagne et Etats-Unis. Les plans pour le futur ne manquaient pas non plus. Mais à dix-huit ans je me trouvais un peu perdu. De plus, je ne me reconnaissais plus. Je ne savais pas ce qui se passait, mais les choses qui me plaisaient autrefois ne me disaient plus rien. A la fin de 1979 je fis des exercices spirituels avec les légionnaires. Cela m'a beaucoup aidé, mais quinze jours plus tard je me retrouvai comme avant. J'essayais de trouver une petite amie. Une fille superbe, très sympathique. Pourtant je finis par la laisser tomber. Dans mes études je me laissais aller et je ne réussissais pas comme avant. En toute honnêteté je pouvais dire que je ne savais plus où j'en étais en cette période de décision : entrée à l'université et choix d'études. Jusqu'alors j'avais pensé faire des études d'ingénieur industriel au ICAI de Madrid, comme mon père. Mais je me rendais compte que je n'étais pas du tout décidé.
Pendant l'été 1980, ayant fini le COU et la sélection pour l'université, j'avais plusieurs plans : travailler en Angleterre en m'occupant de chevaux ou aller cueillir des fruits en France, pour aller ensuite passer un autre mois avec ma famille ; enfin j'avais une invitation des légionnaires pour aller à Salamanque pour une petite session qu'ils organisaient et à laquellel avait assisté un de mes frères. Comme par magie mes plans personnels s'évanouirent et voyant que mon été ne présentait rien de très excitant à l'horizon, je me décidai à aller passer un mois avec les légionnaires.
L'expérience de cet été fut formidable et unique. Nous étions un groupe de 35 jeunes "en recherche", ayant envie de nous distraire, de faire du sport et de tirer "quelque chose de clair" de ces jours. A part deux d'entre nous, il nous était évident que pour rien au monde nous ne serions prêtres. Mais les jours passaient et Dieu commençait à agir. Dans mon cas, il fallait que je laisse entrer Dieu dans mon cœur et dans ma vie en lui offrant tout ce que j'étais avec une entière disponibilité. Et la lutte commença. Il y eut d'abord un moment pendant lequel je ne cédai pas et je fus sur le point de m'en aller, mais j'attendis. Je reconnus comme j'étais égoïste et je savais bien que je ne pouvais m'en aller ainsi ! De plus mes rapports avec Jésus-Christ croissaient en intimité et proximité. Je me souviens d'une visite à la chapelle, avant de faire une partie de ping-pong, où je restai 15 minutes à genoux et je sentis que Dieu voulait me dire quelque chose. Sans aucune violence, je ressentis intérieurement qu'il m'invitait, si je voulais, à sauver le plus grand nombre possible d'hommes et de leur montrer le chemin de la félicité véritable. A vrai dire, à ce moment-là je ne le percevais pas aussi clairement. Il me resta le bonheur d'avoir été près du Christ.
Les arguments contre la prêtrise m'effleurèrent naturellement. Le plus subtile était de convenir personnellement et avec Dieu que je pouvais être un chrétien magnifique, même un saint, tout en me mariant et en fondant une famille. Je n'avais pas compris que ce dont il s'agissait c'était de faire la volonté de Dieu, de suivre son plan et non le mien, que ça me plaise ou non. De plus, comment savoir si j'avais une vocation ? Qui me l'assurait ? Début août, pendant une petite escapade à Avila, j'entendis de la bouche d'une carmélite déchaussée une phrase, destinée à un autre, mais qui toucha au plus profond : "...N'attendez pas qu'un ange vous apparaisse, ou le Christ en personne, et qu'il vous tape sur le dos en vous invitant à le suivre ; ainsi vous ne vous déciderez jamais. Car ici il s'agit de générosité..." Elle avait mis le doigt dessus ! Voilà tout mon problème et ma question : si j'étais prêt à être généreux avec Dieu en lui donnant ma vie comme il voulait. La grâce de Dieu agit ; quelques jours plus tard au milieu de larmes d'émotion et de douleur, je me décidai pour le "oui". Rien ne m'avait autant coûté que ce pas. Peut-être cela venait-il de mon manque d'habitude de me fier entièrement à Dieu alors que je n’étais régi que par la confiance en moi.
Répondre à son appel avait signifié de sauter dans le vide avec la confiance que Dieu, Lui seul, soutiendrait mes pas. Pour le reste, cette attitude de générosité était bien le moins que je pouvais rendre à Dieu, le Seigneur de ma vie ; après tout, il m'avait donné beaucoup. Je voyais comme il serait injuste de faire le contraire, même pour les motifs les plus nobles et les plus justes. Si ensuite je voyais que ce n'était pas mon chemin, je conserverais l'expérience et la satisfaction d'avoir joué franc jeu avec Lui. En générosité on ne peut jamais perdre ! Et en observant la situation du monde et de tant de gens, de l'Eglise et de ses souffrances et limites, je me sentais poussé à poursuivre ce chemin. C'est ainsi que commença ma vie dans la légion, cette aventure vers le divin, pleine de défi et de risques, mais si attirante...