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A cause d'une panne

Jose Ignacio Fito Martinez, L.C.



Le Père José Igncio Fito est né à Zamora, en Espagne, le 13 novembre 1966. Il entra à la Légion en septembre 1982. Il remplit les fonctions de secrétaire et administrateur aux Centre des Humanités et Sciences de Salamanque. Il fit partie de l'équipe de formateurs du centre des Etudes Supérieures de Rome et du Noviciat de Curitiba au Brésil. Pendant plusieurs années il fut membre de l'équipe auxiliaire du Secrétariat Général de la Congrégation à Rome. Il est licencié en Philosophie, de l'Université Grégorienne de Rome. En 1994 il faisait partie des formateurs du noviciat de la Légion du Christ à Salamanque, en Espagne.

A quatorze ans, je disais à quelqu'un que j'avais décidé de rentrer au séminaire, car j'avais la vocation religieuse. Avec la meilleure intention du monde probablement, cette personne me dit que j'étais trop jeune pour savoir si j'avais vraiment la vocation. Cette réponse me surprit, car, bien que cette personne ait eu, à mes yeux, une grande autorité morale, j'étais convaincu qu'elle se trompait complètement ; moi, j'étais sûr d'avoir une vocation, et qui plus est, une vocation à devenir légionnaire du Christ.

Quatorze ans après cette conversation, ma conviction reste la même ; elle est peut-être plus mûre et responsable, mais j'ose dire qu'elle n'est pas plus grande.

De mon enfance je ne me rappelle aucun événement extraordinaire. Je crois me souvenir que j'étais assez inquiet et rebelle, toujours prêt à m'imposer à mes petits frères de façon peu aimable, ce qui forçait mes parents à intervenir.

Ce qui a marqué mon souvenir avec force, c'est l'atmosphère religieuse que nous vivions chez nous ; je me souviens surtout du mois de mai, dédié à la très sainte Vierge. Pendant ce mois j'accompagnais ma mère très tôt (il ne faisait pas encore jour) au chapelet de l'aurore qu'on chantait autour de l'église ; le chapelet dit nous nous précipitions à la messe, que je servais presque toujours. L'après-midi, nous nous réunissions tous autour de ma mère, à la maison ; elle dirigeait quelques prières en l'honneur de la très sainte Vierge.

On m'apprit à m'arrêter de faire quoi que ce soit à midi pour réciter l'angelus ; et les deux ans précédant mon entrée à la légion, j'allais tous les jours à la messe et j'y communiais. Ces manifestations et d'autres semblables ne m'ont jamais paru être de la bigoterie, mais les plus normales du monde. Il est indubitable que Dieu se servit de tout cela pour préparer le chemin.

A côté du don de la vie, j'ai toujours reçu de mes parents beaucoup d'affection et de tendresse ; mais ce dont je leur suis le plus reconnaissant c'est non seulement de m'avoir porté aux fonds baptismaux mais encore de leur témoignage constant de travail et de dévouement à leurs enfants ; ils ont toujours cherché le meilleur pour moi, mes frères et mes sœurs. Il est probable que mon esprit inquiet d'enfant ne m'a pas permis de me rendre compte de beaucoup de ces choses ; mais il est sûr qu'avec le recul des années j'ai pu grandement remercier Dieu des parents merveilleux qu'Il a bien voulu me donner.

Malgré la bonne ambiance dans laquelle se déroula mon enfance, jusqu’à l'âge de quatorze ans je n'avais jamais pensé être prêtre. Beaucoup d'autres options passèrent par ma tête comme dans celle de n'importe quel jeune, mais jamais celle du sacerdoce. Je pense que Dieu devait préparer le chemin entre mes douze et quatorze ans par le fait que j'étais très près des sacrements, mais ma décision fut soudaine et inespérée. Je me souviens de la scène comme si cela s'était passé hier. Un matin je me dirigeai à 7 heures 50 vers la messe de 8 heures, avant de poursuivre mon chemin vers l'Institut. En arrivant à un croisement un prêtre me dépassa, celui qui normalement célébrait la messe ; c'était un prêtre que je connaissais assez bien, je l'avais vu des dizaines de fois, je me confessais fréquemment à lui, j'en avais donc une image familière ; mais je ne sais pas ce qui me vint à l'esprit à ce moment-là : "tu dois être un prêtre comme celui-là."

A partir de ce moment-là tout se déroula avec une grande rapidité. Les événements se déroulèrent l'un après l'autre sans que je pusse me rendre compte de ce qui arrivait. Mais sans aucun doute Dieu était derrière chaque étape. A partir de ce moment-là chaque fois que je le pouvais je parlais avec ce prêtre. Tous les prétextes étaient bons : le temps avant la messe, l'accompagner à l'arrêt de l'autobus, apporter la communion à un malade ; je profitais de toutes les occasions pour être avec lui et lui parler de tout, la famille, les difficultés en classe, les amitiés. Je rencontrais toujours chez lui une parole attentive, respectueuse, opportune. Je n'avais que quatorze ans et je voyais que ce prêtre me traitait comme un adulte. Sa présence physique me captivait, la sûreté de ses paroles, son absence de toute peur de rendre témoignage de sa foi. Je n'ai jamais rencontré chez lui de phrases toutes faites ou de paroles conformistes, mais au contraire l'exigence était le dénominateur commun de tout ce qu'il me disait.

Chose étrange, ce prêtre ne me parla jamais directement de vocation. Et la première fois que je lui disais que je croyais avoir la vocation (mais ce n'était peut-être pas nouveau pour lui) il me répondit qu'alors je devais accentuer mon engagement à la foi, en m'approchant plus des sacrements, en priant davantage, en disant le chapelet tous les jours et en lisant quotidiennement l'Evangile. Loin de reculer devant ces exigences je grandis en face d'elles, et c'était un véritable défi pour moi d'atteindre ces engagements jour après jour.

Plus tard je fus invité à aller rendre visite au centre des vocations d'Ontaneda en Cantabrie, pendant la Semaine Sainte 1981. Dès le premier instant je m'y sentis chez moi. J'étais sûr que cet endroit était pour moi. En rentrant à la maison je dis à ma famille que je voulais aller chez les légionnaires du Christ. J'avais déjà pris ma décision, et ma parents la respectèrent depuis le premier moment, bien que cela leur ait coûté beaucoup.

L'été de cette même année je rentrais au centre des vocations où je passais un an, avant de commencer mon noviciat. Regardant en arrière je vois que ces quatorze ans ont été remplis d'émotions, et vécus avec grande intensité. Dans la légion du Christ j'ai appris à approfondir et m'engager dans la foi, à croître dans la connaissance et l'amour de la personne de Jésus-Christ, à palpiter à l'unisson du cœur de l'Eglise, à faire du salut des âmes et de l'extension du Règne du Christ une occupation capitale. En définitive je suis convaincu que toute la valeur que peut avoir ma vie au service de Dieu ou de l'Eglise vient de ce que j'ai reçu dans la légion.

En considérant les quelques mois qui me restent avant de recevoir le don immérité du sacerdoce, je ne peux qu'être reconnaissant à Dieu du don de la vie qui me fut transmise par mes parents et surtout de sa constante miséricorde, car ce n'est que par sa bonté et sa miséricorde que je suis arrivé jusque là. Je suis aussi reconnaissant au père Maciel de la sollicitude qu'il m'a toujours démontrée, alors que je ne la méritais pas. C'est de lui que j'ai appris, par son témoignage de vie, ce que signifie donner toute sa vie sans rien n’attendre en retour. Je remercie aussi la très sainte Vierge qui a conduit mes pas jusqu'au seuil du sacerdoce et je lui demande avec insistance qu'elle m'obtienne le don de la persévérance finale.
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