Le Père Manuel Aromir est né le 3 mai 1959 à Tarragon, en Espagne. Il est entré à la Légion du Christ en septembre 1984, à Salamanque. Il est diplômé comme Ingénieur Industriel, option Chimie, de l'Université Polytechnique de Barcelone et il a une maîtrise en Pétrochimie. Il a étudié la Philosophie et la Théologie, à Rome à l'Atnénée Regina Apostolorum. Avant son ordination il a accompli plusieurs apostolats : administrateur du collège Cumbres de Valence, formateur et supérieur de religieux à Salamanque, Rome et Mexico. En 1994, il était directeur spirituel de jeunes.
Un jour à l'école d'ingénieur, à la fin d'une discussion, un ami me dit : "Manolo, tu ne sais pas ce que tu veux". Cette phrase, prononcée dans un contexte limité, pénétra profondément en moi ; deux ans plus tard, elle illumina ma vie à un moment décisif ; tellement décisif qu'en moins de deux jours je décidai de mon destin.
A mon avis il y a deux façons de découvrir une vocation : par la raison ou par l'intuition. La première découle d'arguments logiques. La seconde naît d'une certitude intérieure qui n'a pas besoin de raisons. Ce fut mon cas.
En effet je ne peux donner de raison logique pour expliquer pourquoi j'ai décidé d'être légionnaire, ce n'est que plus tard que le procédé argumentaire eut lieu. Je peux dire que la sécurité et la certitude de mon esprit furent les fruits des prières d'âmes très proches de Dieu et de l'exemple de mon meilleur ami, du Pape et du fondateur de la Légion du Christ.
Ma vocation fut quelque chose de simple et déconcertant ; c'était un appel et une réponse. Un appel qui voulait qu'on se fie à Dieu, qu'on se lance dans le vide, « sans autre lumière ni guide que ce qui brûle le cœur ». Inutile de plaisanter.
Mes études d'ingénieur avaient polarisé mon temps pendant des années et j'allais donc commencer à travailler comme ingénieur dans une usine de détergents. Ma famille et le sport avaient été presque tout pour moi et me donnaient une grande stabilité de vie ; de plus, depuis peu je m'étais lié assez sérieusement avec une gentille jeune fille qui me plaisait. L'avenir semblait assez clair : ma future famille devait être chrétienne et nombreuse !
Mais d'un autre côté je sentais quelque chose au fond de moi ; quelque chose que je n'arrivais pas à définir. j'avais toujours fui l'accommodement, la façon de faire de tant de jeunes acceptant et se laissant entraîner par la mode, sans se poser les questions de base que tout homme devrait se poser au cours de sa vie. L'expérience du service militaire, d'abord à l'académie, puis en tant qu'officier de réserve, m'avait déçu en constatant un manque important d'idéal chez beaucoup de jeunes et même dans une grande partie de l'armée ; à l'université nous étions polarisés par les études d'ingénieur qui nous avaient fait négliger, me semblait-il, les choses les plus importantes telles que la foi et la vertu.
Le pire de tout était que je tombais exactement dans ce que je voulais éviter, ce que je détestais le plus chez certains jeunes avec lesquels j'avais grandi : suivre la vie, vivre la vie, me laisser porter par la vie, sans vraiment savoir ce que je voulais.
En recherchant cet idéal j'avais rejoint, à Barcelone, des jeunes un peu extravagants, mais qui vibraient, ils "étaient vivants" : l'un d'eux était un excellent biologiste, passionné par la nature ; il m'apprit l'art de la pêche sous-marine et je passais avec lui des jours et des jours en mer et à la montagne ; un autre était un militant du parti communiste catalan (PSUC), plein d'un grand idéal pour aider les autres ; un autre encore, un bohémien qui fuyait tout ce qui était artificiel, grand mathématicien, qui s'amusait à faire des triples intégrales et à résoudre des équations différentielles, allongé sur la plage… Tous m'apprirent que la vie, il fallait la vivre, et non se laisser entraîner par le courant, qu'il fallait savoir ce qu'on voulait en tirer et se lancer, que ça valait le coup d'aller à contre-courant. "Il n'y a que les poissons morts qui sont entraînés par le courant".
Poussé par l'idéal de changer le monde pour le mieux, je participai en 1980 à la fondation d'un parti politique, mais au bout d'un an je démissionnai en me rendant compte qu'il existait trop de divergences en son sein et que ce ne serait pas une entreprise qui apporterait la solution au mal du monde. Mais je n'étais pas tranquille.
Depuis tout petit je connaissais le Christ, Il était en moi. Ma famille n'était pas seulement un refuge, mais aussi une école de christianisme authentique. Je me souviens très clairement de maints détails de charité de mon père et de ma mère envers les pauvres et les nécessiteux. Je me souviens des prières de ma mère à la tête de mon lit, les prières fréquentes en famille, notre assistance à nous, onze enfants avec nos parents, à la messe dominicale. L'expérience d'une session de chrétienté qui me fit rencontrer le Christ exigeant de l'Evangile, de telle sorte que je ne pouvais lire et comprendre l'Evangile que de façon radicale. Je suis persuadé que la grandeur de l'Evangile disparaît si on lui enlève son caractère radical, ces pages et ces phrases qui choquent et que quelques-uns, malheureusement, suppriment du message du Christ.
C'était un très grand idéal ; parfois j’étais ému en pénétrant la grandeur de l'Evangile. Mais il était très éloigné de moi de tout quitter. Je n'y avais jamais pensé sérieusement, ni même légèrement. Je n'étais pas peureux, mais plutôt idéaliste au sens platonique, peut-être sentimental. Je pensais qu'avec de bonnes intentions, sans rien apporter de décisif, je pouvais aider à sauver le monde ; je voulais sauver le monde de son naufrage sans me mouiller. Quelle illusion ! Plus tard j'ai découvert que non seulement il faut se mouiller mais se lancer et même donner sa vie pour la vie de nos frères.
Pour concrétiser cet idéal je fus très influencé par le Pape Jean Paul II. Sa visite en Espagne en 1982 fit augmenter mon admiration pour lui ; la force et la conviction de son message me montraient un christianisme très concret et actif : vaincre le mal par le bien à la suite de Jésus-Christ. A partir de ce moment-là le Pape devint petit à petit, le catalyseur de mon dévouement.
Depuis mon enfance j'avais appris à prier Marie, mais après la session (le Cursillo) de Chrétienté je la priais plus souvent ; pendant les dix minutes de mon trajet à l'université. Je lui refaisais la consécration de ma vie « :ô ma mère je m'offre tout à toi..."
Quelque chose de très important m'aida également à concrétiser mon idéal, à penser que ce n'était pas impossible de vivre radicalement l'Evangile. Ce fut un grand ami, dont je fis la connaissance à l'université ; il m'avait emmené au Cursillo de la Chrétienté et il se décida avant moi à se consacrer à Dieu, bien que, pour des raisons importantes, il n'ait pu le faire qu'un an après moi. Il fut un grand appui à tout moment, un exemple proche qui m'a donné sécurité et confiance.
Cet ami m'apporta toujours quelque chose de spécial, très supérieur à ce que je vivais dans d'autres milieux, dans les distractions, dans la fascination du sport, dans les discothèques tumultueuses, même dans les salles de classe, y compris les week-ends passionnants du monde fabuleux sous-marin de l'incomparable Costa Brava catalane. Je ne fus pas long à découvrir que c'était le Christ qui le rendait différent.
Un jour, il m'emmena rendre visite à des carmélites, dans les environs de Barcelone. Cette visite fut un autre point d'inflexion de ma vie. On ressentait dans ce couvent un halo de mystère et j'en fus enveloppé depuis ce jour. Ce ne sera que dans l'éternité que je saurai quelle influence ces saintes femmes ont eu sur moi ! A partir de ce jour-là, dans la trajectoire de ma vie il se fit une déviation croissante et incontournable. Le dévouement total était possible, j'en étais témoin. C'était le 14 novembre 1982. En mon cœur commençaient à briller une lumière et un indicateur. Je ne savais pas encore ce que je voulais, mais Dieu s'approchait de plus en plus.
Finalement je me décidai en deux jours. Que se passa-t-il ? Qu'est-ce qui m'a fait tout laisser tomber ? Le moment critique arriva avec le père Maciel. C'était un dimanche de Corpus Christi, en juin 1983. En réalité je ne devais pas aller faire la connaissance de ce prêtre, fondateur d'une congrégation au nom un peu "trop militant" ; j'avais un excellent alibi pour rester en bons termes avec le prêtre qui m'avait invité à le rencontrer : ce matin-là je devais disputer la demi-finale d'un tournoi en salle et pour moi cela "primait tout".
Pourtant, après la partie, trois heures après l'heure du rendez-vous, je venais pour m'excuser de ne pas être venu. Juste quand le Père Maciel s'en allait, j'arrivais. Nous nous sommes mis à parler un peu de tout, puis on nous laissa, pendant vingt minutes. En résumé de cette conversation je compris clairement que j'avais une mission dans ma vie, que Dieu m'avait beaucoup donné et que je ne serais pleinement heureux que si je réalisais la mission pour laquelle Dieu m'avait créé. Le Père Maciel me parla des "pistes" possibles pour découvrir un appel à un don plus grand, puis il me dit que s'il y avait un appel, la réponse ne pouvait venir que de moi. Il avait placé en mon cœur une bombe à retardement qui n'allait pas tarder à éclater.
Cela peut paraître absurde, mais entre cet après-midi et le lendemain matin je me décidai à me lancer dans le vide, à me fier à Dieu, à me donner complètement. Cet après-midi nous sommes allés, avec le groupe du Cursillo de Chrétienté à la procession de la Fête-Dieu, autour de la cathédrale de Barcelone. Quand j'arrivai on me donna un cierge et (quel hasard !) il me prit l'envie de me mettre à côté du Saint-Sacrement, que portait le cardinal, pendant toute la procession. Quelque chose se passa, je ne sais pas quoi, mais je fus rempli d'une grande sécurité et une grande force. A partir de ce moment-là je n'ai jamais douté de ma vocation et de ma mission. Je devais me lancer et faire confiance, coûte que coûte, sans autre lumière et indicateur que celle qui brûlaient dans mon cœur.
C'est à ce moment-là que, annonçant la nouvelle à un ami, il me dit "Manolo, tu sais ce que tu veux, lance-toi".
La réalité a surpassé l'imaginable : perspectives, horizons, désirs, formation et réalisation personnelle. Faire connaître le Christ et son Evangile, me sentir partie intégrante de l'Eglise du Christ, donner ma vie pour le Christ ; me rendre compte de la souffrance et du mal du monde et sentir que mon effort pour vaincre le mal par le bien est efficace, dépasse tout sentiment, toute parole.
Dans ce sens le style du Père Maciel et l'esprit de la Légion du Christ se sont révélés à moi comme providentiels pour l'Eglise dans le monde d'aujourd'hui. Le Pape réclame que les chrétiens se lancent dans la rue pour prêcher l'Evangile, en utilisant les meilleurs moyens les plus modernes pour arriver à transformer la société par le message évangélique. J'ai pu constater comme le Père Maciel et la Légion du CHrist ont réussi à influencer la société en proposant le message évangélique d'une façon attrayante et engageante.
L'expérience de ces onze ans dans la Légion m'a appris que Dieu donne le cent pour un dans cette vie, quand on suit avec effort et fidélité la mission pour laquelle Il nous a créés. J'ai laissé la mer, mais j'ai trouvé l'océan. J'y ai aussi appris qu'il n'y a rien de plus grand dans cette vie que le dévouement total aux hommes, dont nous ne pouvons atténuer beaucoup les souffrances, mais que sans notre goutte d'amour versée dans cet océan, celui-ci aurait une goutte de plus d'amertume.
J'ai ressenti, avec notre père fondateur, la peine de ne pouvoir faire plus pour le Christ et son Eglise ; je sens le besoin impérieux d'étendre le Règne du Christ dans le monde, d'inviter plus d'âmes privilégiées à cette grande aventure, la plus grande qui puisse être amenée à bien dans ce monde.
Au soir de notre vie nous serons jugés sur l'amour ; l'amour, ce sont les œuvres et pour cela nous n'avons qu'un temps déterminé, très court. Nous sommes pressés car le monde se meure et s'éteint par manque du Christ. A la fin de notre vie il ne restera que ce que nous avons fait pour Dieu et pour nos frères les hommes.