PERCEVOIR L’ÉVANGILE SOUS UN ASPECT
« Si les membres de certaines Congrégations s’interrogent encore sur l’aspect particulier de la vie de Jésus-Christ que l’Esprit leur demande de mettre en valeur, il leur est suggéré de voir « vers quels gestes du Christ, vers quels mystères de sa vie » ils sont spontanément conduits. S’ils vibrent aux mêmes scènes et s’arrêtent aux mêmes passages, parce qu’ils s’y reconnaissent, c’est peut-être que le visage de Jésus-Christ qui s’y révèle constitue le charisme originel de leur Institut, qu’il correspond aux dons que l’Esprit leur a octroyés.
Toutefois, ce serait une erreur de croire que ce charisme originel peut recouvrir n’importe quoi.
En bref, le charisme s’enracine d’abord et avant tout dans la perception d’un certain visage de Jésus, une saisie particulière de son mystère. « Pour les fondateurs, c’est l’Esprit Saint qui a donné à la Parole de Dieu un éclairage nouveau. Tout charisme vient de là, toute Règle veut en être l’expression » (Repartir du Christ, 24B). Ce visage évangélique, privilégié par le fondateur (...), est accueilli par les membres de l’Institut parce qu’il s’harmonise avec leur être intégral et exprime ce qu’ils veulent vivre. Il s’ensuit pour eux une façon spéciale de se référer au Christ. Et, normalement, toutes les dimensions de leur vie sont marquées par cet aspect de son mystère, de sorte qu’ils en deviennent des témoins particuliers. Ajoutons que ce visage évangélique peut être incarné par d’autres fidèles, aussi valablement, mais d’une façon qui leur est propre.»
LE CHARISME, un visage évangélique à incarner et à manifester, Laurent Boisvert, Bellarmin, p.17.
La Spiritualité
« La spiritualité d’un Institut comprend une vision spécifique de tout l’Évangile et son incarnation dans la forme de vie qui est précisée surtout dans les Constitutions.
Il s’agit d’un « projet concret de relation avec Dieu et avec le milieu, caractérisé par des accents spirituels et des choix d’action déterminés, qui font ressortir et représentent l’un ou l’autre aspect de l’unique mystère du Christ » (Vita consecrata, 93 E).
Ce projet est essentiel à la spiritualité de l’Institut, mais pas nécessairement à celle du fondateur. Celui-ci, en effet, peut avoir vécu son intuition originale d’une toute autre manière, même après avoir donné naissance à l’Institut. D’où l’importance de distinguer la vision particulière de l’Évangile et les modalités selon lesquelles des personnes et des groupes l’actualisent.
Ce qui est commun au fondateur, aux membres de l’Institut et aux fidèles associés, c’est l’angle sous lequel ils perçoivent l’ensemble du mystère du Christ. C’est l’interprétation particulière de l’Évangile donnée par le fondateur, docile au souffle de l’Esprit. (...) Ce qui diffère, ce sont les modalités selon lesquelles ils donnent corps à cette perception.
Dans le cas des Soeurs de la Miséricorde, les associées participent pleinement à la spiritualité de la miséricorde, car ils perçoivent et vivent l’Évangile sous cet angle; mais ils le vivent autrement que les membre de l’Institut. Il en va de même pour les « tertiaires » franciscains; ils participent entre autres, à la spiritualité franciscaine, mais ne partagent pas la forme institutionnelle selon laquelle les Franciscains la vivent. »
Laurent Boisvert, op. cit., pages 22-23.
La Mission
« À l’instar du fondateur (...), un Institut n’a pas pour mission principale d’accomplir une oeuvre, même si tel est l’objectif immédiat de sa fondation et un élément essentiel de sa nature, mais de témoigner d’un aspect du mystère du Christ ou, ce qui revient au même, de révéler le visage évangélique que le fondateur (...) a privilégié. Il s’ensuit que, si les besoins, qui ont motivé sa fondation, perdent leur urgence ou sont assumés par la société, l’Institut demeure fidèle à ce visage évangélique en s’orientant vers de nouvelles œuvres ou de nouveaux services, à la condition toutefois que, dans toute la mesure du possible, ils correspondent à l’intuition initiale, à la perception de cette manière particulière de se référer à Jésus Christ.
Ses membres sont appelés à réaliser la mission de l’Institut en allant au large, dans de nouvelles formes de présence apostolique, là surtout où se rencontrent les petits et les pauvres. Ils n’ont pas à se limiter à la suppléance pastorale, même si leur présence est de plus en plus réclamée.
Quant aux fidèles laïcs en lien avec l’Institut, leur mission est identique à celle des membres. Elle ne consiste pas, en premier lieu, à soutenir les oeuvres et les activités de l’Institut, bien qu’un tel service soit louable, mais à manifester par ces oeuvres et par d’autres activités, surtout par l’ensemble de leur vie, la figure évangélique qui constitue le point d’ancrage et le pivot central de l’Institut. Leur lieu privilégié de cette manifestation est la sphère des activités séculières, les structures sociales humaines.
Laurent Boisvert, op. cit., pages 30-31.
Laurent Boisvert
Le charisme
Un visage évangélique à incarner
et à manifester
Bellarmin
ISBN 2-89007-954-6 • 7,95$ • 6 euros
Le charisme initial d'un Institut religieux comprend quatre éléments fondamentaux que l'auteur désigne par les mots: vision, incarnation, mission, fécondité. Chaque élément peut s'actualiser de façons diverses selon qu'il est vécu par le fondateur ou la fondatrice, par les membres de l'Institut ou par les fidèles qui leur sont associés.
La mission particulière de ces croyants consiste à témoigner du visage du Christ, de l'aspect de l'Évangile que la personne fondatrice a privilégié. De la qualité de ce témoignage dépend la fécondité de leur participation à l'édification de l'Église.
Professeur, conférencier et animateur de nombreuses sessions sur la vie religieuse, Laurent Boisvert est l’auteur de La pauvreté religieuse (Cerf, 1981), La consécration religieuse (Cerf/Bellarmin, 1988), Le célibat religieux (Cerf/Bellarmin, 1990), Thèmes de vie consacrée (Cerf/Bellarmin, 1998), Les charismes en vie consacrée (Bellarmin, 2000), Laïcs associés à un institut religieux (Bellarmin, 2001), Vivre la différence (Bellarmin, 2002).