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Unité 2 (sujet 1)

L’Eglise réunie par le Père.

L’ EGLISE REUNIE PAR LE PERE




Etat de la question.



A. L’Ecriture Sainte


1) Yaweh réunit son peuple et sauve le monde par lui.
2) Révélation du mystère de Dieu en Jésus-Christ.
3) L’Eglise, icône de la Trinité.



B. La Tradition.


C. Le Magistère.


D. La Réflexion théologique.



1) Créature du Père
2) Fille du Père
3) Gloire du Père








Le Père Eternel, pour sauver les hommes qui avaient péché, a
décidé de réunir ceux qui croient au Christ dans la Sainte
Eglise, préfigurée dans l’histoire du peuple d’Israël et de
l’Ancienne Alliance et préparées par elles.





ETAT DE LA QUESTION



Les Pères grecs, pour exprimer le mystère du salut que Dieu propose à tous les hommes, et tout spécialement au peuple d’Israël, avaient l’habitude d’employer le mot « oikonomia ». Par ce mot, ils voulaient signifier que Dieu, par une suite d’intervention (actes et paroles) dans l’histoire du peuple élu, a révélé et réalisé peu à peu son plan de salut. Cette conception – dont la théologie du Moyen-Age et de la Contre-Réforme a peu tenu compte – est celle qui encadre toute la doctrine de Vatican II sur l’origine de l’Eglise. Le Concile présente l’Eglise comme étant le fruit d’un plan selon lequel le Père réunit et sauve tous ceux qui croient en son Fils premier-né : elle est le lieu et l’instrument visible de cette réunion salvatrice. Nous essaierons, dans ce chapitre, de découvrir comment l’Eglise forme réellement une partie du plan divin de salut, et par conséquent, comment le Père a donné une impulsion causale sur sa naissance.



LA SAINTE ECRITURE


La constitution « lumen Gentium » affirme que tous les hommes, avant et après le péché, par décision de Dieu le Père, sont appelés à participer à la vie divine par leur configuration au Fils, lequel est de façon indissoluble image de Dieu invisible et premier-né de toute créature (Cl 1,15 ; Rm 8,29). Par cette affirmation elle ne fait que rappeler la doctrine paulinienne, selon laquelle autant la création de l’homme que sa rédemption ont dans le Christ leur cause formelle et instrumentale. Cette doctrine met en relief avec une clarté singulière le parallélisme que l’apôtre établit entre « tout fut crée par Lui et pour Lui » et il a plu à Dieu de tout réconcilier par Lui et pour lui. (Col 1, 16-20)

Eh bien, le plan divin, éternel dans son origine et historique dans sa réalisation, est désigné par Paul avec le terme grec « mysterion » : qui fut « caché au long des siècles et que Dieu a manifesté maintenant à ses saints » (Col 1, 26) De ce plan divin, que Paul annonce aux juifs et aux gentils, l’Eglise forme partie intégrante, vu que Dieu a décidé de réunir en son sein tous ceux qui croient au Christ. Par le fait même, le Concile peut conclure en affirmant que, par la volonté du Père, l’Eglise a été préfigurée dès l’origine du monde et qu’elle fut préparée de façon merveilleuse tout au long de l’histoire du peuple d’Israël. Mais cette affirmation est-elle justifiée par la révélation divine ? C’est ce que nous prétendons démontrer, et nous le ferons en constatant trois faits.

1. Yaweh réunit son peuple et sauve par lui.


a) On croit assez communément que l’expérience religieuse la plus forte du peuple d’Israël réside dans l’exode, car dans le départ qui le libère de l’esclavage d’Egypte, dans l’Alliance du Sinaï et dans son cheminement pour s’établir en terre de Canaan, il découvre l’intervention de Yaweh. Cette expérience est si forte qu’elle devient pour Israël la clé grâce à laquelle il interprète son passé et son avenir et soutient sa foi ; en Yaweh, maître de l’histoire humaine réalisant peu à peu ses plans à travers cette histoire.


b) Mais, en quoi consistent ces plans divins ? Quel est leur contenu ? Si nous analysons le message de l’Ecriture, ne serait ce qu’à grands traits, nous trouverons deux éléments de la plus haute importance. D’abord, Yaweh fait d’Israël le peuple qui lui appartient en propre, en le libérant de la servitude d’Egypte et en établissant avec lui une Alliance ; c’est pourquoi, il est la « qalah Yaweh » Ensuite, c’est à travers ce peuple qu’Il cherche à unir et à sauver toutes les autres nations.


L’époque de la promesse. Au début, Dieu demande à Abraham de partir de son pays, de laisser sa famille et de se mettre en marche vers une destination inconnue ; et il lui fait la promesse suivante : «Je ferai de toi une grande nation et je te bénirai(…)


Par toi seront bénis toutes les nations de la terre » (Gn 12,2-3). Cette promesse nous fait déjà entrevoir des éléments du plus grand intérêt. L’intention divine de former, à partir d’Abraham un peuple nouveau et de le combler de ses bénédictions est claire ; il est également très clair que Dieu veut bénir, à travers la descendance d’Abraham, toute les familles de la terre. C’est pourquoi, il établit une relation personnelle avec un homme, mais avec une intention qui dépasse l’individu, vu qu’elle prétend former un peuple, et par lui, bénir toutes les nations. Le contenu de la bénédiction divine est explicité dans le chapitre 15 de la genèse, de tradition Yawiste, et dans le chapitre 127, de tradition sacerdotale : la bénédiction devient alliance et appel. Yaweh vise le »qahal ».

La réalisation. Plus tard, au temps fixé, Yaweh constitue les descendants d’Abraham en peuple, part sa libération de l’esclavage d’Egypte (Ex, chap 3 à 15 ) et par l’Alliance du Sinaï. Ces faits, interprétés par Israël comme une intervention divine, sont profondément gravés dans sa conscience et constituent la clé au moyen de laquelle il interprète toute son histoire et ses relations avec Dieu. La preuve, ce sont les festivités de la Pâque, qui marquent le début de l’année (Ex 12,2) et doivent être célébrées perpétuellement (v. 14) ; le fréquent rappel de ces événements dans les hymnes religieux (Ps. 68,8 ; 77, 20sq ; 78 ; 81,1 ; 105 ; 106 ; 114,1 ; 135,8sq ; etc…) dans la prédication des prophètes (Ba 1, 20 ; Dn 9, 15 ; 01 11, 1sq) et dans les écrits sapientaux (Sg18, 1sq).


L’exode est donc l’axe central de l’expérience religieuse d’Israël, c’est en Lui qu’est explicité le contenu salvifique de la bénédiction promise à Abraham. En effet, les Israëlites sont bénis par Dieu et deviennent son peuple. La présence de Dieu au milieu de ce peuple fait qu’il est saint et qu’il est appelé à la sainteté : « Soyez saints parce que je suis saint » (Co 11, 44-45 ; 19,2 ; 20,26). Cela permet d’entrevoir que la bénédiction promise à Abraham et répandue sur le peuple d’Israël est salvifique au sens plein du terme, implique la libération de la servitude unique et l’exigence de la sainteté au moyen de l’accomplissement de la loi. Ce caractère plénier du salut est confirmé par l’histoire du peuple déjà établi en terre de Canaan, car une fois installée en terre promise, Israël continue à appartenir à Yaweh qui le sauve de ses ennemis par l’intermédiaire des juges, le guide par les rois et l’appelle à la fidélité par la parole des prophètes. Juges, rois et prophètes sont les instruments de l’action de Yaweh : c’est par eux qu’il agit ou qu’Il parle. Et quand ils gênent son action, Il les répudie.

c) Enfin, en face des infidélités continuelles du peuple élu, Yaweh, qui est fidèle à son dessein, intervient en cherchant parmi les fils d’Israël un « petit reste » (Is. 4,3) ; c’est à dire, un groupe d’âmes humbles qui restent fidèles à l’Alliance, et avec lesquelles Il puisse établir une alliance nouvelle et éternelle (Jn 32, 31 sq), et par leur intermédiaire, continue à appeler tous les hommes. (is. Chap. 56 à 60). Ce petit reste formera le Nouvel Israël, gardera la loi gravée dans le cœur, sera conduit par le Messie, descendant des rois David (Ex 34, 23-24), et sur tous les membres du nouveau peuple, Il répandra son esprit à la fin des temps. (Ez. 36,26). Ce « reste d’Israël » vit animé par l’espérance de l’intervention eschatologique et salvatrice de Yaweh.



2) Le Mystère de Dieu est révélé en Jésus-Christ.


Comme nous le voyons, le dessein mystérieux de Dieu dans l’Ancien Testament était orienté vers l’avenir, vers une ère messianique où Yaweh porterait à son accomplissement plénier sa décision de former un peuple saint ; et il visait le Messie, Oint de Yaweh et Fils de David qui le conduirait. Eh bien, d’après le Nouveau testament, la réalisation de cette espérance est liée à la personne de Jésus, à sa prédication et à ses œuvres. C’est en Lui que le dessein sauveur du Père arrive à sa pleine épiphanie et à son entière réalisation.

a) Jésus annonce que le royaume messianique de Yaweh est arrivé, que les temps sont accomplis : « les temps sont accomplis et le Royaume de Dieu est proche ; convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (Mc 1,15). Dire que les temps sont accomplis suppose que Jésus a conscience, de la continuité entre le royaume messianique promis par Yaweh dans l’Ancien Testament et le royaume annoncé par lui-même, Jésus.



b) Plus encore, Jésus a conscience que l’accomplissement des promesses messianiques est lié à sa personne. Il le manifeste à Nazareth, mettant en relation avec lui-même, les signes messianiques donnés par Isaïe 61,1-2 : « Ces paroles de l’Ecriture que vous venez d’entendre, s’accomplissent aujourd’hui. » (Lc 4,21) Il le laisse entendre également quand les disciples de Jean Baptiste lui demandent si c’est Lui qui devait venir et Il répond en opérant les signes annoncés d’avance par le prophète Isaïe en divers passages (Is. 26,19 ; 35,5-6 ; 42,7 ; 61,1). L’affirmation par laquelle il conclut son débat avec les pharisiens est également révélatrice : « Si c’est par l’Esprit de Dieu que j’expulse les démons, alors c’est que le royaume de Dieu est arrivé parmi vous. (Mt, 12,28).

c) Enfin, Jésus se présente comme étant l’épiphanie (la manifestation) suprême des mystères du Royaume messianique. Le terme «mystère » qui dans l’Ancien Testament désigne le plan que Dieu révèle et réalise peu à peu dans l’histoire, apparaît dans la réponse que Jésus donne à propos des paraboles. Il dit en Mc 4,11 : « A vous le mystère du Règne de Dieu est donné, mais pour ceux du dehors tout leur est présenté en paraboles… »(cf : Mt 13,11 ; Lc 8,10). Sa réponse suppose qu’expliquer les paraboles à ses disciples et leur faire connaître les mystères du Royaume, c’est tout un. Cette fonction de révélation de Jésus est confirmée et explicitée avec une plus grande clarté par le «logion » de Mt 11,25-27). Dans ce texte, qui certes, ne comporte pas le mot « mystère », de nombreux auteurs trouvent cependant une relation avec le «mysterion » de Daniel, à cause de son caractère épiphanique et parce qu’il est destiné aux petits (cf : Dn 2,23). Jésus se présente comme le Fils, comme étant le seul qui connaisse le Père, et le seul médiateur de la révélation. Sans Lui les hommes ne peuvent pas connaître les mystères de Dieu, parce que le Père a fait connaître ses desseins seulement à son Fils, et Lui les révèle à qui Il veut : aux petits et aux humbles c’est pourquoi, c’est en Jésus que se réalise la révélation suprême du dessein de Dieu, tel que l’ont annoncé les prophètes.

3) L’Eglise est l’icône de la Trinité.


Saint Paul va plus avant et parle du mystère « du Christ et de l’Eglise ». c’est l’auteur sacré qui emploie le plus cette expression, et on peut dire que toute sa théologie est axée sur cette réalité. Ce seraient les traits fondamentaux qui dessinent le mystère divin d’après lui. Dieu le Père, par une initiative gratuite de sa part, révèle aux hommes par l’intermédiaire de l’Esprit Saint un dessein, une sagesse mystérieuse et éternelle (1Cor, 2, 7-10 ; Eph, 3, 3-7). Ce mystère se manifeste pleinement dans le Christ (Rm 16, 25 ; Col1, 26-27) car Dieu veut que par Jésus Christ et par la force de son Esprit nous soyons ses Fils adoptifs (Rm 8, 15-17) ; il veut, par conséquent que le Christ soit la Tête des hommes et de la création (eph, 1, 4-10) de telle sorte que nous soyons tous « un dans le Christ » ; enfin, il appelle non seulement les juifs mais aussi les gentils à faire partie de l’Eglise, Corps du Christ (Gl 3, 27-29 ; Cl 1, 24-27).

Les éléments qui précèdent, bien que centrés sur le Christ, ont cependant une dimension ecclésiale. On parle de fils adoptifs dans le Fils et de participation à un même héritage, et avec ces expressions est suggérée désormais l’idée d’une maison, d’une famille dont le père est Dieu. Cette idée de l’unité et de communion est confirmée encore plus clairement quand le Christ est présenté comme étant le Tête et l’Eglise son corps. Par conséquent, le mystère du Père culmine dans le Christ et entraîne notre intégration dans l’Eglise. A cause de cela, il n’est pas étonnant que St Paul conclue en disant que l’Eglise est la plénitude de Celui qui est tout en tous (Eph, 1, 22-23), de Celui en qui réside et manifeste la plénitude de la divinité (Col2, 3-9). C’est pourquoi l’Eglise n’est pas une structure ajoutée pa r les hommes au plan de Dieu ; elle est bien plutôt partie prenante du plan divin. Le salut que Dieu cherche à opérer par le Christ est communautaire. Cette dimension communautaire impulsée par Jésus Christ avant sa mort, jaillit le jour de la Pentecôte chez les disciples qui reçoivent un même Esprit, se groupent autour du témoignage et de l’enseignement des Douze, et se réunissent pour la fraction du pain et des prières (Act, 2, 42). Telle est la communauté qui a le Christ pour tête et est aimée par Lui comme son propre corps et son épouse. (Eph2, 23-32)


LA TRADITION



Les Pères de l’Eglise, fidèles à l’Ecriture qui présente le dessein divin comme une sagesse «mystérieuse, cachée, destinée par Dieu dès avant les siècles, à notre gloire » et qui, comme l’affirme l’Apôtre, nous a été révélé par Dieu par l’intermédiaire de l’Esprit Saint. (1 Cor2, 6-10) considèrent que la signification profonde des diverses réalités de l’Ancien Testament se manifeste et se réalise en plénitude dans le Christ et dans la communauté ecclésiale.

Leurs remarques théologiques sur l’Eglise présupposent la conviction qu’il existe une relation dynamique entre les deux testaments, en ce sens que l’Ancien est la figure du Nouveau et le prépare. Ainsi, par exemple, Saint Cyprien, parlant de la relation qui existe entre la loi mosaïque et le Christ dit ceci : « le salut était déjà présent dans l’image ; or cette image s’efface au moment où paraît la Vérité.(10) »Origène, pour sa part, affirme que «la force de l’Evangile agissait déjà dans la loi, et c’est en se fondant sur la loi qu’on peut comprendre les évangiles. »(11) Et saint Augustin synthétise de façon lapidaire la relation entre les deux testaments par cette fameuse sentence : « in vetere novum latet et in novo vetus patet » (le nouveau est caché dans l ‘Ancien et l’Ancien est manifesté dans le Nouveau) (12)

A la lumière de cette conviction, les Pères considèrent que l’Eglise du Christ, faisant partie du dessein divin, fut préfigurée et préparée dans l ‘Ancien testament. D’après eux, l’Eglise a déjà eu son origine spirituelle dans le juste Abel «et même en Adam », et les réalités anciennes annonçaient déjà par l’avance des éléments constitutifs de l’Eglise. Ainsi, par exemple, le premier Adam étant la tête de l’humanité, préfigure le Christ, nouvel Adam ; le couple Adam-Eve atteint la plénitude dans l’union du Christ et de son Eglise ; l’exode en tant qu’événement de libération atteint toute sa vérité dans le baptême par lequel l’Eglise nous libère du péché ; le peuple élu de l’Ancienne Alliance se manifeste totalement dans le Nouvel Israël ; et la Loi prépare l’Evangile.

Origène écrit ceci : « Ne voyez pas que je considère que c’est seulement à partir de la venue du Sauveur dans notre nature humaine que l’Eglise soit son épouse. Elle existe dès l’apparition du genre humain et dès la création du monde. Mieux, guidé par Saint Paul, je découvre que l’origine de ce mystère se situe au delà, avant la création du monde » (13)

Lisons aussi saint Augustin : « les élus à cause du Christ ne sont pas uniquement ceux qui ont été sanctifiés à partir de sa venue…, mais tous ceux qui, depuis la création du monde, ont vu, comme Abraham, le jour du Christ et l’ont salué remplis d’une allégresse divine.(14)
Ailleurs, il dit encore : «L’Eglise n’a pas été absente du début de l’humanité. Abel fut son premier Saint. Lui aussi a été immolé en tant que témoin du sang du Médiateur qui allait venir, ce sang qu’un frère impie allait verser un jour. » (15)


LE MAGISTERE



Le Concile Vatican II, fidèle à l’Ecriture et à la Tradition, recueille et explicite en maints passages ce qui est exposé ci-dessus. Le passage fondamental est sans doute le N) 16 de la Constitution «Dei Verbum » où il proclame la relation dynamique qui existe entre les deux Testaments : « L’intégralité des livres de l’Ancien testament, incorporés à la prédication évangélique atteignent et manifestent la plénitude de leur sens dans le Nouveau Testament, et à leur tour, ils l’éclairent et l’expliquent. »
Par conséquent, tout ce qu’il a affirme sur l’Eglise dans le numéro 2 de la Constitution «Lumen Gentium » est logique.

Le Père Eternel a établi de réunir les croyants dans le Christ au sein de la Sainte Eglise. Celle-ci apparaît préfigurée dès l’origine du monde et préparée merveilleusement dans l’histoire du peuple d’Israël et dans l’Ancienne Alliance ; elle a été instituée dans les derniers temps, manifesté par l’effusion de l’Esprit et elle atteindra glorieusement la plénitude de son développement à la fin des temps. Alors, comme on le lit chez les Pères, tous les justes à partir d’Adam «Depuis le juste Abel jusqu’au dernier élu » seront réunis avec le Père dans l’Eglise universelle. »

Il convient de relever dans ce texte quelques éléments importants. D’abord, la décision du Père de réunir tous ceux qui croient au Christ dans la Sainte Eglise, ne correspond pas à un caprice, mais à la fidélité divine. Dieu a créé les hommes avec sagesse et par amour et il les a rendus participants de sa propre vie. Et quand ils ont péché, se sont séparés de Lui et divisés entre eux, Dieu est resté fidèle à son amour en leur offrant le salut dans le Christ et dans son Eglise. L’Eglise n’est pas le fruit de la simple initiative humaine. Ensuite, l’Eglise est présentée comme étant en union étroite avec le Christ, comme la communauté dans laquelle le Père rassemble ceux qui croient en son Fils. C’est pourquoi, le Concile ne la considère pas comme étant une réalité absolue, mais relative, c’est à dire, en liaison avec Celui qui est la pleine épiphanie et la pleine réalisation du salut divin. Troisièmement, l’appel du Père a comme destinataire ceux qui »croient au Christ. » Ce fait laisse entrevoir que l’appel divin (action première) ne supprime pas la foi de l’homme mais au contraire l’appelle et la suscite (action seconde). Quatrièmement, l’Eglise n’apparaît pas comme un simple moment de l’histoire du salut, mais comme une réalité qui y est intimement mêlée.


LA REFLEXION THEOLOGIQUE


D’après ce que nous avons vu, l’Ecriture et la Tradition nous présentent l’Eglise comme étant voulue par le Père, comme étant le fruit de son appel divin. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Comment pouvons-nous pénétrer plus profondément dans la relation filiale que l’Eglise a, avec le Père ?

1. Créature du Père.


Si l’Eglise est le fruit de l’appel, du Père, c’est Lui qui est la cause originelle de l’être de l’Eglise. Ce ne sont pas les hommes qui sont à la racine de l’arbre de l’Eglise. C’est Dieu le Père qui en est la racine. Les hommes qui la composent aujourd’hui, tout comme ceux de la communauté primitive d’après Pâques et les chrétiens des siècles passés, n’ont fait qu’accepter – librement, cela oui – l’appel que leur a lancé le Père. Or, comment préciser davantage l’affirmation selon laquelle le Père est la cause première de l’Eglise ? L’action causale du Père, nous pouvons la qualifier de causalité efficiente, vu qu’il donne l’être à la communauté ecclésiale. Le Père, à travers son Fils et l’Esprit Saint, fait naître parmi les hommes une communauté animée par la vie trinitaire qui lui est communiquée et à laquelle elle participe, communauté qui n’existait pas avant en tant que telle. Certes, les membres de la communauté rassemblée par le Père jouissaient déjà de l’être personnel en eux, mais maintenant, ils commencent à être une nouvelle création. Le Deutéronome ne voit l’action par laquelle Yaweh a constitué l’Ancien Israël en un peuple qui lui appartienne comme une nouvelle création : « N’est-il pas ton Père, celui qui t’a créé, celui qui t’a fait et t’a fondé ? » (Dt, 32,6). Et Saint Paul voit également ceux qui sont rassemblés par le Père dans l’Eglise comme des créatures nouvelles : « C’est pourquoi, si quelqu’un est dans le Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là.» (2Cor, 5-17) C’est même idée qui est sous-jacente au parallélisme que les Pères établissent entre la naissance de l’Eglise et la création d’Eve : de même que Yaweh a tiré la femme du côté de l’homme, de même a-t-il créé l’Eglise à partir du côté du Christ.

2. Fille du Père.

Si nous affirmons que le Nouveau peuple de Dieu est une création nouvelle, nous ne pouvons pas reléguer dans un passé résolu l’influence du Père sur l’Eglise. L’acte, par lequel le Père appelle tous les hommes à participer à sa vie en s’incorporant au Christ son Fils, est un acte permanent qui accompagne l’Eglise à tous les moments de son histoire. C’est pourquoi, la dépendance à l’égard du Père qui est le culte de l’Eglise est ontologique et constante. Elle ne se réduit pas au premier moment de son existence, comme si après, elle avait été autonome, maître de son être. A aucun moment de son existence, de son cheminement vers la gloire du Ciel, l’Eglise ne cesse de dépendre ontologiquement de Dieu le Père. Cette dépendance permanente explique que nous puissions appeler l’Eglise «Fille du Père.» C’est Lui qui lui donne l’être sans cesse et qui la nourrit et l’éduque tout au long de son histoire.

3. Gloire du Père

Cette dépendance absolue à l’égard du Dieu rassembleur est ce qui fait la grandeur de l’Eglise, car elle la place au sein de son plan mystérieux de salut pour les hommes qui ont péché. Si cela est la vérité, si l’Eglise fait partie intégrante du mystérieux dessein divin tel que l’expose ST Paul (Eph1, 3sq ; Col1, 15sq), alors c’est en elle que Dieu répand sa vérité, sa bonté et sa beauté. En lui donnant l’être, Dieu - qui est la vérité et bien même rend l’Eglise participante de sa vérité et de sa bonté. C’est pourquoi la dépendance absolue de l’Eglise vis à vis de Dieu devient sa gloire. C’est ce qu’implique «la disposition totalement libre et secrète de sa sagesse et de sa bonté » (L, 6,2) par lesquelles Dieu a décidé de réunir les hommes en vue de leur salut.


C’est dans ce but qu’il a créé les hommes jusqu’à les faire participer à sa vie divine, c’est à cause de ce salut qu’Il ne les abandonne pas après qu’ils aient péché ; c’est à cause du salut, enfin, « qu’Il les a prédestinés à être conformes à l’usage de son Fils, pour que Celui-ci soit le premier-né d’une multitude de frères. » (Rm8,29)
Quel merveilleux paradoxe !


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Vocabulaire

Figure : Les Pères de l’Eglise et les théologiens appellent « figures » les réalités, les personnages et les événements de l’Eglise Sainte qui servant à nous faire entrevoir des réalités plus profondes.

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