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Unité 2 (sujet 3)

L’Eglise mise en marche par l’Esprit Saint.


Etat de la question



La Sainte Ecriture.


1. Jésus promet l’Esprit Saint aux disciples.
2. Jésus réalise sa promesse.
3. L’Esprit Saint fait naître l’Eglise.


La Tradition.


1. Les Pères de l’Eglise.
2. Le Magistère.


La réflexion théologique.


1. Rôle « épiphanique » ou aussi constitutif de la Pentecôte ?
2. Relation avec la source du Père et du Fils.
3. L’Esprit Saint, âme de l’Eglise ?






L’Esprit Saint, en descendant sur les douze Apôtres le jour de la Pentecôte, réalise pleinement les propriétés messianiques et la promesse faite par Jésus à ses disciples avant sa mort, suscitant la naissance de l’Eglise en tant que communauté de foi, d’apostolat et de vie nouvelle.







ETAT DE LA QUESTION

Toute action « ad extra » est commun aux trois personnes de la Sainte Trinité, comme le dit St Thomas, là où il y a unité de nature, il doit y avoir une causalité et une action commune. (40)
Cependant, nous remarquons clairement que dans la Sainte Ecriture, certaines oeuvres sont attribuées à telle ou telle personne divine, et non aux trois. Par exemple, le Fils est le seul qui s’incarne, même si c’est le Père qui le livre au monde par amour (Jn 3, 16) et si l’Esprit saint intervient (Lc, 1, 35). Jésus lui-même, avant de souffrir, dit à ses disciples qu’il faut qu’Il s’en aille vers le Père, pour qu’Ils reçoivent l’Esprit Saint. Certaines fois, il dit que c’est le Père qui l’enverra (Jn 14, 16-26), d’autres fois, qu’Il l’enverra Lui-même (Jn 15, 26)
Et il attribue à l’Esprit Saint la mission de compléter son oeuvre (Jn 16, 7-15). En se basant sur cette réalité, le Concile complète sa doctrine sur l’Eglise en attribuant à l’Esprit Saint la mission de compléter l’oeuvre de Jésus en faisant naître l’Eglise. (41)

En parlant de l’influence de l’Esprit Saint sur la naissance de l’Eglise, le Concile abandonne la vision restrictive qui était assez communément répandue dans les manuels d’ecclésiologie et que Congar appelle « Christonomisme ». ce terme indique normalement l’importance prédominante, et en un certain sens, excessive, qu’on a donné à partir du Moyen-Age et de la Contre Réforme aux aspects christologiques de l’Eglise et à sa dimension visible et institutionnelle, aux dépens de sa dimension spirituelle. Le Concile remit le rôle du Christ et la fonction de l’Esprit Saint dans un tout organique, et aussi, l’Ecclésiologie de l’Ecriture et des Pères brille à nouveau avec toute sa richesse.

LA SAINTE ECRITURE.

1. Jésus promet l’Esprit Saint aux disciples.
Bien que l’Esprit Saint soit présent dans tous les Evangiles, dans celui de Jean il apparaît comme le don promis au groupe des disciples. Devant l’imminence de sa mort, Jésus promet à ses disciples de ne pas les laisser orphelins et les assure qu’Il priera le Père pour que celui-ci leur envoie l’Esprit Saint (Jn 14, 15). Dans d’autres passages, il dit même que c’est Lui en personne qui le leur enverra (Jn 16, 7) pour qu’Il demeure avec eux et soit en eux (Jn 14, 17). Il leur révèle qui est l’Esprit Saint et quel rôle il aura : il l’appelle le Consolateur (Jn 14, 16, 26 ; 16,7) et l’Esprit de Vérité (14, 17 ; 16, 13) , il dit qu’il leur enseignera et leur rappellera tout ce que Lui-même a dit durant sa vie terrestre (14, 26), qu’il les guidera jusqu’à la vérité toute entière, et qu’il leur annoncera ce qui doit arriver (16, 13). Il établit, en outre, une relation entre son oeuvre et l’action de l’Esprit, car celui-ci ne parlera pas de son propre chef, mais tout ce qu’il communiquera à ses disciples, il l’aura reçu de Jésus (16, 13-15) et ainsi, il Lui rendra gloire.

2.Jésus réalise sa promesse.
Ce qui avant la Passion avait été une promesse, Jésus le réalise après sa Résurrection. Dès le dimanche de Pâques, par un geste symbolique accompli dans l’intimité du Cénacle, il communique l’Esprit Saint aux douze (Jn 20, 22-23), et leur donne le pouvoir de pardonner les péchés et de poursuivre dans le temps la mission que Lui-même a reçue du Père. Mais le don solennel et public de l’Esprit Saint est accompli le jour de la Pentecôte (Act, 2, 1-4).
Saint Luc donne à son récit un caractère nettement communautaire, car l’Esprit Saint descend sur le groupe de disciples qui, en compagnie des apôtres (dont le nombre a été réduit à onze après la mort de Judas) est resté réuni sur ordre du Christ.



La plupart des commentateurs s’accordent à reconnaître que la phrase « Ils étaient tous réunis en un même lieu » de (Act2, 1) ne concernent pas tout le groupe des disciples , mais le groupe réduit dont il donne les noms en 1, 13-14 et auxquels il enjoint de ne pas se séparer et d’attendre à Jérusalem la réalisation de la promesse.

Pierre lui-même, dans son premier discours prononcé devant la foule attiré par le phénomène (du parler en langues diverses), affirme bien clairement sa conviction que c’est Jésus ressucité qui a répandu sur eux l’Esprit (Act, 2,23), réalisant ainsi la promesse qu’Il leur avait faite et inaugurant la nouvelle ère et le peuple nouveau qu’avait prédit le prophète Joël dans l’Ancien Testament (3,1-5).


L’ESPRIT SAINT INAUGURE L’EGLISE.

L’Effusion de l’Esprit du Christ fait réellement des Apôtres et des autres disciples une communauté, il la manifeste publiquement et il lui donne la première impulsion. Si nous analysons attentivement le récit de St Luc dans les Actes, nous pouvons y découvrir trois aspects de cette nouvelle communauté. L’Esprit lui donne la première impulsion en tant que communauté de Foi en Jésus de Nazareth qui, crucifié par les impies mais ressuscité par Dieu, a été fait Seigneur et Sauveur (Act. 2, 36). C’est le sujet de base dans les discours de pierre : après avoir guéri l’infirme (3, 12sq), devant le sanhédrin (4, 24sq), et c’est dans le cœur de la prière qu’élève devant Dieu la communauté primitive en butte à la persécution (4, 24sq). L’Esprit pousse l’Eglise pour qu’elle soit la communauté du kérygme, qui confesse publiquement Jésus. Pierre, Etienne, Philipe, remplis de l’Esprit, prêchent Jésus. C’est aussi l’esprit qui les fait parler avec courage, « meta parrisias » (Act 2, 29 ; 4, 31)
Ceux qui croient à la Parole, reçoivent l’Esprit Saint (Act 2, 38 ; 10, 44 ; 15, 8). Enfin, après avoir reçu l’Esprit Saint, les disciples de Jésus commencent à être au sein même du peuple juif, une communauté distincte réunie autour des apôtres, car elle fréquente assidûment l’enseignement que ceux-ci dispensent, ses membres mettent leurs biens en commun et sont fidèles à la fraction du pain et aux prières (Act.2, 42).

LA TRADITION.

Les Pères de l’Eglise.

Ils ne manque pas de souligner l’union étroite qui existe entre l’esprit Saint et l’Eglise. En voici quelques exemples :

a) Pour St Irénée, la mission du Fils et celle de l’Esprit sont unies dans l’œuvre divine, qu’elles sont comme les deux mains du Père. (45) Il ne conçoit pas qu’on puisse les séparer et encore moins les opposer. Et s’avançant davantage, il nous présente l’Esprit, les Apôtres et l’Eglise comme des réalités inséparables dans l’histoire du Salut : « Les apôtres ont institué et fondé l’Eglise en faisant participer les croyants et en répandant sur eux le même don de l’Esprit qu’eux-mêmes avaient reçu du Seigneur. »(46)
Dans un passage célèbre pour sa clarté, il confirme de nouveau l’union indissoluble entre l’Esprit et l’Eglise : « Là où est l’Eglise, là est l’Esprit de Dieu. Et là où est l’Esprit de Dieu, là est l’Eglise et toute grâce, car l’Esprit est la vérité. Ceux qui n’ont pas l’Esprit, ne se nourrissent pas au sein de leur Mère et ignore la source très pure qui jaillit du Corps du Christ. »

b) Saint Augustin précise davantage ce qu’est cette union en la comparant avec le lien existant entre l’âme et le corps : «Ce que l’esprit, c’est à dire, est pour nos membres, l’esprit l’est de la même façon pour les membres du Christ, pour le Corps du Christ qu’est l’Eglise. C’est pourquoi l’apôtre, après avoir écrit « qu’ils n’étaient qu’un seul corps », ne suggère pas par là que c’est un corps mort. Alors, il est vivant ? Oui. En vertu de quoi ? De l’Esprit, car l’apôtre ajoute : « ils n’avaient qu’un seul Esprit » (47) Cette vision anthropologique du lien entre l’Esprit du Christ et l’Eglise a un solide fondement scripturaire et a été amplement commentée par la théologie catholique. Il convient cependant de ne pas en forcer les limites et d’avoir toujours présent à l’esprit le fait que c’est une analogie.

LE MAGISTERE DE L’EGLISE.

a) L’encyclique Divinum Illud de Léon XIII (1887) :

« Ecclesia, quae iam concepta, ex latere ipso secundi Adami velut in cruce dormientis orta erat, sese in lucem bominum insigni modo primitus dedit die celeberrima Pentecostes. Isaque die beneficia sua Spiritu Sanctus in mystico it ad Apostolos suos promissum de Spiritu Sancto mittendo, qui doctrinae, ipso afflante, traditae completurus ipse esset et quodammodo obsignaturus depositum. »(48)

Cette encyclique de Léon XIII contient deux affirmations : l’Eglise est née publiquement le jour de la Pentecôte et c’est ce même jour que l’Esprit Saint a commencé à répandre ses dons sur le Corps mystique du Christ. Entre la 1ère et la 2ème phrase il n’y a pas de mot de liaison qui indique une relation de cause à effet. Cependant, on peut en déduire dans une certaine mesure cette relation de la simultanéité que supposent les mots « ipsae diae » et de la progression de l’action que suggèrent d’une certaine façon ces trois verbes : «concepta erat » « orta erat » « in lucem sese dedit ». cette suggestion s’accentue ensuite quand il dit que c’était ainsi (ita) que la mission de l’Esprit saint réalisait la promesse faite par le Christ à ses apôtres, car Lui qui, par ses inspirations, complèterait et scellerait le dépôt doctrinal qui leur avait été confié.


b) Encyclique Mystici Corporis de Pie XII (1943).

Cette encyclique reprend pratiquement la même doctrine. Il est intéressant de souligner que, comme dans l’encyclique précédente plusieurs étapes dans la naissance de l’Eglise sont signalées ici : » in ho avit, consumavit, manifestavit, promulgavitque ». L’Esprit Saint intervient à la 3ème étape du processus grâce à sa venue, l’Eglise est manifestée publiquement, et son existence, est en un certain sens, promulguée :

« Divinus enim Redemptor mystici Ecclesiae templi aedificationem tum inchoavit, cum concimando sua tradidit praecepta ; tunc consummavit, cum clarificatus a cruce pependit ; ac tum denique manifestavit promulgavitque, cum adspectabtit modo Praclitum Spiritum in discipulos misti ».


Plus tard, elle affirme de nouveau : « ac sedus ad Patris dexteram, sponsam suam adspectabili spiritus sancti adventu, cum sonitu flaminis vihementis ognisque luisguis manifestare ac promulgare voluit. »(50) Et elle l’explique en affirmant que, de la même manière que l’Esprit saint est descendu sur le Christ pour manifester dans le Jourdain, de la même manière il descend sur l’Eglise le jour de la Pentecôte pour la rendre visible aux yeux de tous.
c) Constitution Lumen Gentium (n°’) de Vatican II (1964).

« Consumada la obra que el Padre encomendo al Hijo realizar sobre la tierra (cf. Io17,4), fue enviado el Espiritu Santo el dia de Pentecoste a fin de santificar indefinimdamente a la Iglesia y para que de este modo los fieles tengan acceso al Padre por medio de Cristo en un mismo Espiritu (cf. Eph2, 18). »

L’Esprit Saint complète l’œuvre de Jésus en sanctifiant ceux qu’Il a réunis. Cette sanctification dépasse le simple ordre moral et signifie que tous les croyants participent à la vie du Fils et à son union a avec le Père. C’est pourquoi, l’Esprit Saint impulse la vie nouvelle de l’Eglise, et en la sanctifiant constamment, sans limite dans le temps, la conduit vers la Parousie.

LA REFLEXION THEOLOGIQUE.

Quel rôle joue l’Esprit Saint dans la naissance de l’Eglise ? Quel lien a t-il avec le rôle du Père qui a décidé de la fonder, avec le rôle de Jésus-Christ, que nous avons appelé son fondateur ? Ce sont deux questions dont les réponses nous permettront de comprendre un peu comment l’Eglise naît de Dieu, et comment l’auteur à titre distinct, de l’unique action « ad extra » de la Très Sainte Trinité.

1. Pôle seulement épiphanique, ou aussi constitutif ?

Par tous de l’idée de l’Encyclique Mystici Corporis, selon laquelle l’Esprit Saint, en descendant sur Jésus, le présente au monde comme étant Fils de Dieu ; et, en descendant sur les Apôtres rend visible aux yeux du monde l’Eglise du Christ. Dans les deux cas, le rôle épiphanique ou révélateur de l’Esprit Saint est manifeste, car l’Eglise, depuis des temps anciens l’a reconnu dans les paroles du Credo : »Il a parlé par les prophètes » (51). Mais ce rôle épiphanique, épuise t-il tout l’apport de l’Esprit Saint dans la naissance de l’Eglise ? L’Esprit Saint ne joue t-il pas en quelque sorte un rôle constitutif ? Oui, l’Esprit Saint joue aussi un rôle en quelque sorte causal et constituant.

a) L’Ancien Testament a progressivement identifié l’Esprit (ruah) avec la puissance de Dieu, qui prend possession et transforme les hommes par lesquels il sauve peu à peu Israël. En plus, l’Esprit apparaît peu à peu comme être personnel qui crée une vie nouvelle. Tel est le cas des juges : Otniel, Gédéon, Jephté (Jg , 3,10 ; 6,14 ;11,29) et des rois : Saul, David (1 Sam10, 1 ; 16,13). C’est la même chose pour les prophètes. Il s’en empare et les pousse irrésistiblement à parler : Am 3,8 ; Jr 20,7 ; Ez 2,2), les fait prédire les desseins divins (Ez 11, 15 sq) et remplit de puissance leurs paroles (1R 17, 1, 14, 24). Dans le cas du Messie, l’action vivifiante de l’Esprit sera encore plus puissante : Celui-ci lui donnera l’onction par les dons( Is.11, 2sq) et reposera sur Lui pour que, en tant que serviteur souffrant, (Is. 42,1 ; 61,1sq) il soit capable de sauver le peuple par son sacrifice. Enfin, la force créative de l’Esprit, dans la restauration messianique, se répandra avec une telle profusion (Is.44,4) sur le « petit reste » qu’elle le fera revivre et le fera devenir le Nouvel Israël (Ez. 37).
b) A la lumière de l’Ancien Testament sur l’Esprit de Yaweh, qui y apparaît comme puissance qui fait surgir un nouvel être, on comprend mieux la figure de l’Esprit Saint, qui dans le Nouveau Testament apparaît désormais comme une personne divine ayant le pouvoir de donner la vie nouvelle et de rendre saints ceux auxquels il accorde le nouvel être dans le Christ. Voyons quelques passages : dans Jn, 3, 3-8, Jésus parlant avec Nicodème au sujet de la nécessité de naître de nouveau pour voir le Royaume des Cieux, donne comme source de cette nouvelle naissance, l’ Esprit. Dans ce passage, Saint Jean répète 3 fois la préposition « ek tou pneumatos ». Dans Lc1, 35, l’ange attribue à l’Esprit Saint, qui viendra en Marie, l’incarnation du Fils de Dieu. La puissance de l’Esprit Saint sans l’intervention d’aucun homme, suscitera l’éclosion de la nature humaine de Jésus dans le sein de Marie. D’après Rm8,11, pour St Paul, c’est le Père qui, avec la force de son Esprit, non seulement ressuscite le Christ et le fait Seigneur, mais c’est aussi Lui avec l’Esprit qui ressuscitera le croyant pour une nouvelle vie. Que l’Esprit Saint soit présent par son action à la naissance de l’Eglise, du fait qu’il s’agit d’une nouvelle création, ne doit pas nous étonner (Act2, 16-21.) C’est le Nouvel Israël, au sein duquel Dieu réunit de façon définitive tous ses enfants dispersés, qui naît. Pierre, le jour même de la Pentecôte, prend conscience que l’effusion de l’Esprit sur le groupe des Apôtres inaugure l’ère messianique définitive, qu’avaient annoncée les Prophètes.


ROLE RESPECTIF DE CHACUNE DES TROIS PERSONNES DIVINES DANS LA NAISSANCE ET LA VIE DE L’EGLISE.

D’une part, c’est le Père qui a décidé de sauver les hommes en les réunissant dans l’Eglise, et c’est le Christ qui la fonde. Mais d’autre part, l’Esprit Saint intervient aussi dans sa naissance, et son rôle n’est pas seulement épiphanique, mais aussi constituant. Comment expliquer le rôle respectif de chacune des personnes divines dans la naissance de l’Eglise ?

a) D’après St Thomas, toute action « ad extra » de la Sainte Trinité est unique, parce que la nature divine est unique. Cependant, il soutient le bien-fondé d’un caractère propre aux actions de chacune d’elles. Léon XIII, dans son encyclique »Divinum illud » fonde la possibilité de ces actions distinctes sur « un lien et une certaine affinité entre l’œuvre et les attributs personnels de chaque personne, c’est pourquoi cette œuvre est attribuée davantage à telle personne plutôt qu’à une autre ». Cette façon de parler, en outre, s’accorde d’une certaine façon avec la façon de s’exprimer de la Sainte Ecriture et des Pères de l’Eglise. Il y a des actions divines qui, bien qu’étant communes aux trois personnes, sont plutôt attribuées à l’une d’elles : la création est attribuée au Père, l’incarnation au Fils, l’œuvre de sanctification au Saint Esprit. Eh bien, nous appuyant sur ces bases, nous pourrions dire que :
b) Le Dieu Trinité est la cause efficiente de l’Eglise. C’est Lui qui réunit tous les hommes dans l’unique Eglise, où Il réalise de façon visible le salut définitif. Or, dans cette œuvre unique doit être reflétée d’une façon ou d’une autre, l’être de Dieu qui est communion de personnes. Le propre du Père est de réunir ceux qui croient au Christ dans la Sainte Eglise (qui convoquat). C’est le propre du Fils d’être l’agent historique de cette réunion (per quem convoquat). Et c’est le propre de l’Esprit de constituer la force grâce à laquelle il réunit les croyants(quo convoquat).






3. L’ESPRIT SAINT : AME DE L’EGLISE.

Nous avons fait allusion plus haut à la phrase de St Augustin : « Quod est ui corpore nostro anima, id est Spiritus Sancus in Corpore Christi quod est Ecclesia » (54)
Cette même idée est reprise et développée par Léon XIII dans son Encyclique « Divinum illud »(55). Le Pape y fait état de l’action vivifiante de l’Esprit dans la conservation et la transmission de la vérité, dans l’institution (sic) des évêques qui engendrent par leur ministère fidèles et prêtres, dans la rémission des péchés et dans le don des charismes.
Pie XII également, dans son encyclique « Mystici Corporis » (29), revient sur ce sujet, mais il le fait d’une façon plus large et en faisant appel à la Sainte Ecriture. Il présente l’Esprit Saint comme l’Esprit du Christ, car c’est le Christ qui le répand sur l’Eglise. L’Esprit saint est celui qui pousse tous ses membres à une grande ressemblance avec leur divin rédempteur, Lui qui engendre les nouveaux fils adoptifs de Dieu et qui les conduit jusqu ‘à la participation à la gloire de Dieu. Et surtout, c’est l’Esprit qui est le trait d’union des membres du Corps du Christ entre eux et avec le « Christ-tête ». Le nouveau « Catéchisme de l’Eglise Catholique » reprend ce thème quand il parle de l’Eglise comme étant le Temple de l’Esprit Saint. Considérer l’Esprit Saint comme étant l’âme de l’Eglise est, pour cela de bonne doctrine catholique, fondée sur une solide base scripturaire et patristique et faisant partie du Magistère de l’Eglise.

a) Dans quel sens peut-on dire que l’Esprit Saint est l’âme de l’Eglise ? On ne peut évidemment pas prendre cette expression au sens littéral. L’Eglise n’est pas un corps physique, pas plus que l’Esprit Saint n’est la forme substantielle de l’Eglise. Autant le mystère de l’Esprit saint que celui de l’Eglise se situent au delà de tout anthropomorphisme (hilemorfismo). Cependant, nous pouvons découvrir une certaine analogie entre le rôle de l’âme dans le corps humain et celui que l’Ecriture attribue à l’Esprit Saint. C’est pourquoi les Pères de l’Eglise tout comme le Magistère ont employé ce terme en lui prêtant un certain sens analogique.
b) Comme toute analogie, celle-ci a aussi un certain degré d’ambiguïté. Le terme peut se comprendre de façon exacte, mais certains peuvent aussi l’employer de façon erronée. C’est pourquoi il a besoin d’être nuancé. L’expression « âme de l’Eglise » possède l’avantage indéniable de nous faire voir les actions exercées par l’Esprit Saint au sein du Corps du Christ, qu’est l’Eglise, comme étant plus proches de notre expérience humaine. C’est Lui qui est son « principe » vital, vu qu’en recevant l’Esprit Saint, nous devenons ontologiquement fils de Dieu dans le Christ, intégré à son corps. C’est Lui qui en agissant à travers la Parole et le Magistère de ses pasteurs mène l’Eglise vers la pleine connaissance de la vérité, et lui qui, agissant par les sacrements développe chez les fidèles la vie divine jusqu’à réaliser en eux la plénitude de la Gloire. C’est lui qui distribue ses grâces et ses charismes parmi les membres de l’Eglise, fidèles comme pasteurs, pour que tous, de façons diverses mais harmoniques coopèrent à l’édification de l’unique Corps du Christ. A cause de tout cela, nous pouvons constater la force de l’analogie. Il faut cependant reconnaître ses limites. Prendre l’expression dans son sens étroitement littéral serait confondre l’ordre naturel (âme et corps) avec l’ordre surnaturel (Esprit Saint, Eglise) ; nous risquerons d’emprisonner dans un schéma purement humain et philosophique une réalité divine, qui même si elle nous est révélée et si nous la connaissons partiellement, se situe cependant toujours au delà de toute compréhension humaine. A l’heure actuelle, en plus, comme l’anthropologie aristotélicienne n’est pas à la mode, un grand nombre de spécialistes refusent cette façon de s’exprimer sans s’attarder à analyser avec un peu d’attention la valeur éventuelle de l’expression. C’est pour cela que certains théologiens préfèrent la remplacer par d’autres plus conformes aux philosophies modernes. Pour notre part, nous croyons que c’est une expression utile, même s’il faut l’utiliser avec précision et circonspection.



VOCABULAIRE

Le kérigme : Le mot peut se comprendre dans deux sens : l’acte même de proclamer l’Evangile ou ce qui est proclamé : que Dieu nous a sauvé définitivement par la mort et la Résurrection de Jésus. Cette proclamation précède l’enseignement détaillé au sujet de Jésus et du Christianisme.
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