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Unité 2 (sujet 4)

L’Eglise accueillie par l’homme dans la foi.


Posons le problème.

La Sainte Ecriture.

Le Magistère.

La réflexion théologique.


Pour que l’action de rassemblement du Dieu Trinité donne effectivement naissance à l’Eglise en tant que communauté historique, il est nécessaire que l’homme la connaisse par la prédication et l’accueille en acceptant d’être baptisé au nom de la Trinité. C’est pourquoi, il est lui aussi une cause réelle, bien que secondaire, de l’Eglise.


POSONS LE PROBLEME


Nous avons analysé comment l’Eglise tire son origine de l’action du Dieu Trinité. Le Père invite tous les hommes à partager en son Fils la vie divine ; Jésus réalise cette invitation en fondant l’Eglise sur les apôtres ; et l’Esprit Saint lui donne naissance et la première impulsion le jour de la Pentecôte. Cela veut-il dire que l’homme soit totalement passif, qu’il ne joue aucun rôle dans l’origine de l’Eglise ? Le fait que Dieu soit à l’origine de l’Eglise exclut-il la participation de l’homme à sa naissance ?

Non, l’homme n’est pas étranger à la naissance de l’Eglise et ne peut pas l’être. Dieu le Père, du fait qu’il nous appelle à être ses enfants dans le Christ par la puissance de l’Esprit Saint, attend notre libre acceptation dans la foi. Et s’il l’attend, c’est qu’il nous veut actifs. Par conséquent, pour que l’Eglise naisse, le libre appel du Dieu Trinité et sa libre acceptation par l’homme dans l’acte de foi, sont tous deux nécessaires, pour des raisons différentes. L’Eglise ne naît pas au moment où Dieu appelle les hommes mais au moment où ceux-ci acceptent cet appel.


LA SAINTE ECRITURE.


1. Dans les actes des apôtres, nous pouvons facilement découvrir que la foi dans l’annonce de la Résurrection du Christ Jésus est efficace pour attirer de nouveaux membres au sein de la communauté primitive. Saint Luc nous a conservé, sans aucun doute avec quelques nuances qui lui sont propres, les discours de Pierre dans les premiers jours de l’Eglise :

2 14-36 : Après la descente de l’Esprit Saint.
3 12-26 : A la foule après la guérison de l’infirme.
4 8-12 : Aux membres du sanhédrin.
5 29-32 : De nouveau au sanhédrin.

2. Dans tous ces discours, il y a une insistance manifeste de la part de l’auteur sacré à mettre en évidence que le fruit de ces prédications est l’adhésion de tous ceux qui croient au groupe des disciples. Ce fruit : la nouvelle adhésion est indiquée par des verbes comme « s’unir, se joindre, adhérer, se multiplier. »

2,41 : « il y eut environ 3OOO personnes qui se joignirent à eux. »
2,47 : « Le Seigneur adjoignait chaque jour à la communauté. »
4, 4 : « Beaucoup étaient devenus croyants et leur nombre s’élevait à environ 5OOO personnes.
5,14 : Des multitudes de plus en plus nombreuses d’hommes et de femmes se ralliaient au Seigneur.
6,1 : « Le nombre des disciples augmentait »
6,7 : « Le nombre des disciples augmentait considérablement, etc……


3. Ces adhésions nouvelles grâce auxquelles grandit peu à peu la communauté primitive de Jérusalem manifestent une dynamique intéressante. Dans les textes que nous venons de citer apparaît, avec des variantes diverses, une triple constante : celle de l’annonce (kérygme) de la résurrection de Jésus, proclamée par les apôtres, celle de la foi (pistis) manifestée dans le baptême ; celle de l’adhésion au groupe des disciples (ekklesia). Entre ces réalités, si nous observons attentivement, nous remarquerons qu’il n’y a pas qu’une simple juxtaposition dans le temps, mais une véritable relation de cause à effet. L’annonce de la résurrection cherche à susciter la foi, celui qui entend cette annonce, y répond en proclamant sa foi et en se faisant baptiser, et l’Esprit Saint fait des apôtres et de ceux qui accueillent leur proclamation une communauté de croyants. C’est pourquoi, l’Eglise est présentée, d’une part comme le fruit de l’action unificatrice de Dieu qui parvient à l’homme à travers la prédication des apôtres, et d’autres part, comme le fruit de l’acceptation de l’homme manifesté par la profession de foi et le baptême.


LE MAGISTERE


1. La constitution dogmatique « Lumen gentium », bien qu’elle ne s’attarde pas sur ce point, ne manque pas de le mentionner. Elle déclare dans le n° é : « Dieu a décidé de réunir les croyants au Christ dans la Sainte Eglise »
A travers cette phrase, on voit clairement que, pour que l’appel divin engendre la Sainte Eglise, il faut qu’il passe par la foi de l’homme. Sans cette foi, proclamée publiquement par le baptême, l’Eglise n’existerait pas en tant que communauté historique.

2. Le décret « Ad gentes divinitus » enseigne que l’Eglise, par la volonté du Père, tire son origine de la mission du Fils et de l’Esprit Saint. Mais il ajoute, au numéro suivant, que ce projet ne se réalise pas « d’une façon presque secrète dans l’esprit des hommes », vu que Dieu a voulu établir leur communion avec Lui (dans l’Eglise) d’une façon publique, en faisant en sorte que son Fils entre dans notre histoire en tant que vrai homme. Et il ajoute au N°4 qu’à la fin de sa vie terrestre, le Christ a insufflé son Esprit sur les apôtres, et de cette façon, en eux et à travers eux « L’Eglise non seulement s’est manifestée publiquement à la foule mais la prédication de l’Evangile a commencé ». Dieu a donc voulu que les hommes soient actifs.
Le catéchisme enseigne également ceci : « Dieu a crée le mo,de en vue de la communion à sa vie divine, communion qui se réalise par « la convocation » des hommes dans le Christ et cette « convocation », c’est l’Eglise. (58) Et quand il dit ceci : «Le baptême incorpore à l’Eglise. Des fonds baptismaux naît l’unique peuple de Dieu de la Nouvelle Alliance » (59) C’est pourquoi, il est évident que le Concile reconnaît au sacrement, célébré par un homme, une participation dans la naissance de l’Eglise.

LA REFLEXION THEOLOGIQUE


Nous avons vu comment l’acte de foi, par lequel l’homme accueille l’appel divin, influe aussi sur l’être de l’Eglise. Ce fait, simple en apparence suscite quelques points d’interrogation qui dépendent des éclaircissements. Que devons-nous entendre par la « foi » ? Comment Dieu et l’homme peuvent-ils être tous les deux à la source de l’Eglise sans qu’il y ait conflit ? En quel sens la communication de la foi donne t-elle naissance à l’Eglise ?

1. En général, la foi se définit comme étant l’adhésion donnée librement à tout ce qui est révélé par Dieu, non parce que cette révélation est évidente en elle-même, mais en vertu de l’autorité de Dieu lui-même qui ne peut ni se tromper ni nous tromper. (60) Cette définition est tout à fait valable, mais il est nécessaire de l’entendre dans toute sa profondeur pour ne pas la réduire à un ensemble de vérité abstraites.
Procédons par étapes : D’après St Thomas, la foi est une démarche de toute la personne humaine, car la raison y a sa part, mais mue par la volonté. C’est tout l’homme, qui, par son intelligence et sa volonté, accepte tout ce que Dieu lui révèle. Le Concile Vatican II exprime cela très bien quand il enseigne : « Par la foi, l’homme se livre entièrement et librement à Dieu, il lui rend l’hommage intégral de son consentement et de sa volonté, en adhérant librement à ce que Dieu révèle. » (61)

En second lieu, nous devons veiller à ne pas réduire l’ampleur de l’objet révélé, car Dieu ne nous communique pas un système de vérités abstraites, mais quelque chose de beaucoup plus grand. C’est lui-même qui se donne à nous et nous manifeste son plan de salut. « Dieu a voulu, dans sa bonté et sa sagesse, se révéler lui-même et manifester le mystère de sa volonté » (cf. eph, 1,9) (62) Le Dieu Vivant qui cherche le Salut de tous les hommes est beaucoup plus qu’une vérité abstraite. Il est la source de toute vérité, de toute bonté, de toute vie. Mais, cela ne signifie pas et ne doit pas être explicitée par des formulations précises. (63)

Ce que nous venons de dire permet de voir qu’à l’origine de L’Eglise, il y a un dialogue interpersonnel, entre un Dieu Trinité qui se manifeste Lui-même comme le Sauveur des hommes blessés et dispersés par le péché, et les hommes qui consciemment et librement, accepte l’action guérissante et unificatrice de Dieu. Par conséquent, il n’est pas faux de penser que L’Eglise, en un certain sens, est la rencontre de Dieu et de l’homme.
Le Concile Vatican II dira avec une plus grande précision qu’elle est le signe et l’instrument de notre union intime avec Dieu.

2. Il est une seconde question à laquelle nous devons répondes. Comment Dieu et l’homme peuvent-ils être l’un et l’autre cause de l’être de l’Eglise sans qu’il y ait conflit entre eux ? Manifestement, pour éviter le conflit, la causalité divine et la causalité humaine doivent se situer à des niveaux différents. Le Dieu Trinité est la cause efficace, première et absolue de l’être de l’Eglise, du moment que la décision de venir à la rencontre de l’homme pécheur pour le racheter « dans le Christ » et dans son Eglise, vient uniquement de Lui. Il est souverainement libre et ne dépend de personne quand il le décide. Par contre, la causalité de l’homme sur l’être de l’Eglise est secondaire et relative. Nous pouvons comprendre ce caractère second et relatif si nous faisons deux réflexions. Voici la première : pour faire parvenir à l’homme son annonce du salut »dans le Christ ». Dieu a voulu se servir de la prédication des apôtres. « Comment invoqueraient-ils quelqu’un en qui ils ne croient pas ? Et comment croiraient-ils en Lui s’il ne leur a pas été annoncé ? »(Rom,10-14)
M%ais en plus, il y a le fait que l’acte de foi n’est qu’une réponse à l’appel divin, et donc, le présuppose. Par conséquent, Dieu et l’homme sont les causes véritables de l’être de l’Eglise ; sans la participation de chacun, « la communio sanctorum » ne serait pas une réalité dans l’histoire. Mis ce sont des causes selon un mode et à un degré différents.
Cela dit, il est bon de remarquer que le caractère secondaire et dépendant de la causalité humaine, loin d’anéantir l’homme, l’élève et l’ouvre à une réalité supérieure à lui-même : Le Dieu Trinité.
Ainsi, non seulement il accepte librement l’appel à faire partie du Corps du Christ qu’est son Eglise, mais par la prédication de celle-ci, il devient lui-même un élément vivant par l’intermédiaire duquel Dieu continue à appeler les hommes.

3. Cette convergence de la causalité divine et de la causalité humaine dans l’être de l’Eglise st tout particulièrement manifesté par le Baptême, sacrement de la foi et porte de l’Eglise. Le « Catéchisme » dit à ce propos : « L’annonce de la Parole de Dieu illumine de la vérité révélée les candidats et l’assemblée, et suscite la réponse de la foi, inséparable du Baptême. » En effet, le Baptême est d’une façon particulière, « le Sacrement de la foi » puisqu’il est l’entrée sacramentelle dans la vie de foi » (65) Dans tout ce processus, l’homme est-il resté passif et a t-il été un simple réceptacle de l’action divine ?

Non, et nous pouvons le constater à travers deux faits. Le premier, c’est que la vérité révélée et l’illumination intérieure atteignent le catéchumène par l’annonce de la Parole. IL est vrai que cette annonce et l’illumination intérieure ne sont pas une seule et même chose car l’annonce est une parole humaine, tandis que la vérité révélée vient de Dieu. Mais c’est Dieu lui-même qui a voulu qu’elles soient inséparables. « Comment croiraient-ils en Lui, si personne ne leur a annoncé ? (Rm 10,14) et il a fait même en sorte que ces actions ne soient pas juxtaposées, mais intimement mêlées. Dieu se manifeste au catéchumène, il l’éclaire intérieurement et il l’invite à entrer dans le Corps du Christ au moyen de la prédication humaine. L’homme est l’instrument de Dieu.

Voici le second fait : celui qui est baptisé ne subit pas l’action divine, comme si elles l’asservissait et qu’on la lui imposait, mais en toute liberté de conscience, il l’accueille quand il accepte d’être baptisé au nom de la Trinité. C’est à dire que sa foi est nécessaire pour que l’Esprit Saint l’incorpore effectivement au Christ, ou autrement dit, qu’il l’adjoigne à l’Eglise du Christ.


VOCABULAIRE

Foi : adhésion donné librement à tout ce qui est révélé par Dieu, non parce que cette révélation est évidente en soi, mais à cause de l’autorité de Dieu Lui-même, qui ne peut ni se tromper ni nous tromper. Saint Thomas, en expliquant le « distinguo » augustinien « credere Deum, credere Deo, credere in Deum » affirme que dans la l’acte de foi, la raison n’adhère pas parce qu’elle voit, mais parce qu’elle est mue par la volonté qui fait confiance à Dieu, lequel est la vérité première (S. Th. II, II ae q. 2,a2)
En réalité, c’est tout l’homme, avec son intelligence et sa volonté, qui fait confiance à Dieu.
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