Au moment historique qu’il nous est donné de vivre, la transmission - tradition qui nous relie au passé, est dévalorisée, tout comme le passé lui-même. Au milieu des cendres du passé, cependant, il y a une grande richesse cachée. La découvrir, l’assumer et l’assimiler est ce qui incombe à chaque génération et à chaque époque. Chaque génération est une création, mais pas « à partir du néant », mais bien « à partir de la tradition », à partir de l’accueil purificateur et sélectif du passé proche ou lointain.
APERÇUS
- Comment savons-nous que ce qui est écrit dans la Bible est authentique ? L’étude de la transmission de la Sainte Écriture peut nous aider à répondre à cette question.
- Pourquoi le rejet de la tradition s’oppose-t-il à l’histoire et à la science ? Pensez à ce qui se passerait si nous nous fiions uniquement à tout ce qui arrive et se dit dans le moment présent.
MOTS CLEFS :
Transmission : Tradition
I. INTRODUCTION
Si l’on veut s’opposer au rejet de la tradition, il faut mettre en valeur la signification positive. Tout d’abord, la tradition est une condition d’identité d’une personne ou d’un groupe humain. Le passé garde nos racines biologiques et culturelles, religieuses et morales. Le travail de chaque génération n’est pas de couper l’arbre et de semer une nouvelle plante sur la planète terre, mais de tailler l’arbre pour qu’il grandisse avec une vigueur nouvelle et donne de nouveaux fruits. Les Pères de l’Église n’ont pas cessé de regarder la tradition, comme modèle éternel de la foi et de la conduite chrétienne. Saint Cyrille de Jérusalem, entre autres, dans ses fameux catéchismes, recommandait aux chrétiens la fidélité à la tradition : « maintenez les traditions, que vous recevez maintenant et inscrivez-les dans votre cœur... (ici l’évêque remettait aux chrétiens la formule du credo). On t'a remis un trésor de vie et le Seigneur te demandera compte de ce dépôt le jour où il apparaîtra ».
Ensuite, la destination universelle de la révélation d’une part et le destin historique de l’homme d’autre part, exigent la transmission – tradition de la révélation. Si par impossibilité la chaîne de la transmission - tradition s’était rompue, l’humanité serait revenue, dans ses relations avec les hommes, aux « hominidés (*) » d’il y a des millions et des millions d’années, et dans ses relations avec Dieu, au point zéro. La parole révélatrice de Dieu resterait ensevelie dans la froide caverne d’un passé sans nom.
Quand nous parlons de transmission - tradition de la révélation nous nous référons à tout le processus de ce phénomène, depuis le commencement, à travers les nombreuses générations, jusqu’au présent. Ce qui nous intéresse, nous, c’est la transmission - tradition depuis la naissance de ce fait jusqu’au moment où le canon biblique (*) est arrivé à son apogée et à son accomplissement. Il est évident, en outre, que ce qui nous intéresse n’est pas la totalité de l’étendue de la tradition humaine, mais uniquement la tradition révélée dans tout le substrat de la Sainte Écriture. Nous sommes intéressés par la tradition religieuse et par tout le reste en tant que véhicule de la parole divine.
Après cette brève introduction définissons la transmission et la tradition :
Transmission : c’est l’acte par lequel le peuple de Dieu, guidé par des hommes choisis, communique à la génération suivante la révélation divine jusqu’au moment où ladite révélation se fige en texte sacré et canonique.
Tradition : ce sont les événements, coutumes et vérités contenues dans la révélation et qui, transmis par voix orale ou écrite au long de nombreux siècles, sont restés définitivement modelés dans la Sainte Écriture
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II. LE FAIT DE LA TRANSMISSION – TRADITION
Le fait de la transmission est un phénomène indéniable, inséré dans la nature historique et sociale de l’homme. Par l’expérience humaine on transmet ce que l’on considère précieux pour les générations futures. Dans la Bible, on transmet la Parole et l’action de Dieu sur la nature et surtout sur l’histoire. Les écrivains sacrés ont eu conscience de ce fait et nous en ont laissé la trace dans leurs écrits. Ils ont manifesté cette conscience à différentes époques dans leurs livres au genre littéraire divers et cela tant dans l’Ancien que dans le Nouveau Testament
Dans le Deutéronome (4, 9), Moïse, se souvenant de la révélation de Dieu à l’Horeb, adresse la parole à son peuple : « Ne vas pas oublier ces choses que tes yeux ont vues et ne les laisse, en aucun jour de ta vie, sortir de ton cœur ; enseigne-les, au contraire, à tes fils et aux fils de tes fils ». Le psaume 78, 3-4, où l’auteur essaie de mettre devant les yeux de son peuple les leçons l’histoire d’Israël, parle ainsi : « nous l’avons entendu et connu, nos pères nous ont appris, nous ne le tairons pas à nos enfants. »
Paul, à plusieurs occasions, emploie la formule : « je vous ai transmis ce que j’ai moi-même reçu… ». Dans toutes ses épîtres se trouvent des textes provenant de la tradition apostolique dans laquelle il se trouve lui-même immergé et qu’il communique à ses communautés. Tout cela parce que Paul est très conscient de ce que « la foi naît de la prédication et la prédication de la parole du Christ. » (Rom.10, 17 )
2- Exigences de la révélation elle-même.
La transmission - tradition n’est pas seulement un fait vérifiable dans le texte sacré, il est bien davantage une exigence de la révélation elle-même. La révélation de Dieu commence par une bénédiction, une promesse et une alliance. Abraham reçoit de Dieu la bénédiction et la promesse : « Je bénirai ceux qui te béniront et je maudirai ceux qui te maudiront…(bénédiction). Par toi seront bénies toutes les races de la terre (promesse) (Genèse 12, 3). Et ensuite l’alliance : « Ce jour là Yahvé conclut une alliance avec Abraham en disant : à ta descendance j’ai donné ce pays, depuis le fleuve d’Égypte jusqu’au Grand fleuve, le fleuve Euphrate... » (Genèse 15,18 ).
Dieu est fidèle à son alliance et à sa promesse et le peuple d’Israël n’a cessé de les transmettre de génération en génération. Comme Dieu est fidèle, la promesse doit s’accomplir malgré les difficultés et au milieu des vicissitudes de l’histoire et l’alliance n’est pas rompue par l’infidélité humaine, mais Dieu s’en sert pour lui montrer son amour et établir une alliance parfaite et définitive dans le sang de Jésus-Christ.
Le Christ assume en lui-même et personnalise la promesse. Il en fait une réalité et établit l'alliance par son offrande sacrificielle sur la croix. Avec le Christ on fait un pas de la promesse de descendance biologique à l’alliance messianique : de l’alliance de la loi à l’alliance de la grâce.
Une nouvelle tradition et transmission, reliée à la précédente mais nouvelle et originale s’inaugure avec le Christ Jésus. De cette façon Jésus-Christ est constitué point d’aboutissement de la tradition d’Abraham et, en même temps, point de départ de la nouvelle tradition chrétienne.
3- Impératif divin
La transmission - tradition est aussi un impératif divin inéluctable puisqu'il va de l’identité de chaque israélite et de tout le peule d’Israël. L’impératif divin jaillit comme une nécessité de sa fidélité sponsale envers Israël : qu’ils n’oublient pas Yahvé, leur époux ; de même, qu’ils lui soient fidèles.
« Il avait commandé à nos pères de le faire connaître à leurs enfants, que la génération qui vient le connaisse, les enfants qui viendront à naître ; qu’ils se lèvent, qu’ils racontent à leurs enfants, qu’ils mettent en Dieu leur espoir, qu’ils n’oublient pas les hauts faits de Dieu et ses commandements qu’ils les observent». (Psaume 78, 56,7ª ).
Les Apôtres vivent sous ce même impératif divin. Les Actes nous racontent que Pierre, devant les membres du Sanhédrin qui leur interdisaient de parler au nom de Jésus, répondit au nom de tous : « Jugez s’il est juste devant Dieu de vous obéir à vous plutôt qu’à Dieu. Nous, nous ne pouvons pas cesser de dire ce que nous avons vu et entendu » (Ac 4, 19). Si le salut ne s’obtient que grâce à l’acceptation de l’Évangile de Jésus-Christ, la transmission de génération en génération est absolument nécessaire et impérativement obligatoire. « Nous ne pouvons pas ne pas le faire » comme le disait Pierre lui-même.
III - FONCTIONS DE LA TRANSMISSION - TRADITION
1 - Fonction conservatrice
L’acte de transmettre n’a de signification que s’il est fait pour conserver ce que l’on transmet (tradition ). Comme l’on transmet la vie pour la conserver et pour que l’humanité ne s’éteigne pas, de la même façon, on transmet les lois qui régissent la constitution d’une nation, les coutumes familiales, les traditions religieuses, etc…afin qu’elles survivent dans l’avenir pour les nouvelles générations.
De ce point de vue la transmission - tradition a une relation avec l’idée de culture, cet ensemble de principes, de normes, de lois de vie, de coutumes, de valeurs, etc qu’ont légué à l’humanité l’Égypte, la Grèce, Rome, l’Europe chrétienne, l’empire inca ou aztèque. Elle est en relation aussi avec l’histoire, maîtresse de vie, de sorte que l’homme apprenne à vivre dans le présent en voyant comment on a vécu dans le passé, en l’assumant de façon critique. Ainsi donc, parmi les fonctions de la transmission - tradition, celle qui se distingue indubitablement le plus est la fonction conservatrice. Transmettre quelque chose (tradition) implique de façon intrinsèque, non seulement la volonté de conserver ce que l’on transmet, mais aussi la conservation elle-même. D’une certaine manière, transmettre c’est conserver.
Au long des siècles de la transmission biblique, celle-ci s’est d’abord réalisée à l’intérieur de la famille, du clan ou de la tribu. Ce n’est que si la famille, le clan ou la tribu, étaient capables de conserver leurs traditions qu’ils avaient l’assurance d’une survie historique. Dans le cas contraire, ils étaient absorbés par d’autres clans ou tribus, sans laisser de trace dans la succession des événements de l’humanité. Ce qui vaut pour la famille, le clan ou la tribu, est également valable pour une nation. Si, durant l’exil babylonien et les siècles qui ont suivi, Israël n’avait pas cherché son identité en tant que nation dans tout le bagage dogmatique moral et culturel légué par le passé, il aurait, sans aucun doute, succombé sous la griffe de l’empire assyrien, babylonien, persan, grec ou romain.
Quand, au Ve siècle, le judaïsme se constitue et déjà la Torah (*) (le Pentateuque : Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome) et une grande partie des écrits prophétiques acquièrent leur forme définitive, les écoles rabbiniques surgissent afin de conserver fidèlement le texte sacré et de l’actualiser pour chaque époque et chaque génération. En plus du texte écrit et des méthodes mnémotechniques (par exemple répétitions fréquentes à haute voix, formules concises sous forme de sentences, emploi de la mise en parallèle, mots mnémotechniques, etc.), la fonction conservatrice de la transmission - tradition se manifestait dans le culte où beaucoup de textes canoniques de l’Ancien Testament et du Nouveau, ont acquis leur forme définitive.
2 - Fonction constitutive
Intimement liée à la fonction conservatrice se trouve la fonction constitutive. Ce qui s’est transmis peu à peu arrive à son moment de maturation, et se transforme en texte immuable et permanent dans lequel le peuple d’Israël, ou le peuple chrétien, écoute la parole du Dieu vivant et trouve les modèles de son identité et de son existence juive ou chrétienne. La transmission - tradition est alors constituée, par la force de sa valeur permanente et de son origine divine, en Écriture Sainte, expression définitive de la volonté de Dieu.
Ce que Dieu, révélateur et principal auteur de l’Écriture, a considéré nécessaire au salut de l’humanité, est resté comme consacré par le canon biblique sous les espèces de la parole humaine. C’est l’auteur divin lui-même qui a révélé les Écritures, a guidé et assisté l’Église dans le choix des livres normatifs de son identité et de sa vie qui, en même temps que l’Eucharistie, constituent sa nature la plus intime et la plus essentielle. Ce que Dieu a révélé progressivement au long des siècles, une fois constitué texte sacré, canonisés par l’Église, à des moments précis de l’histoire, se transforme en Parole vivante, impérissable et éternelle, qui lance son cri d’appel et de salut aux quatre points cardinaux de la planète.
3 - Fonction rénovatrice
Deux mots pour terminer sur la fonction interprétative et innovatrice de la transmission - tradition. Les études d’exégèse des deux derniers siècles ont mis en évidence le travail interprétatif et innovateur interne de la Bible elle-même, précisément pour que la transmission – tradition soit significative et parlante pour les destinataires d’un texte à un moment déterminé de l’histoire, antérieur à la fixation définitive et constitutive de l’Écriture. Le NT, dans son ensemble, interprète et actualise à partir de la nouveauté du Christ, tout l’AT. L’exode est interprété de façon nouvelle par le groupe sacerdotal en exil à Babylone, quand Cyrus en l’an 538 leur permit de retourner dans leur propre patrie. L’alliance du Sinaï reçoit un nouveau souffle avec la promesse d’une nouvelle alliance inscrite non pas sur des tables de pierre, mais plutôt dans le cœur des hommes. La Pâque juive reçoit une lumière nouvelle et transformante de la pâque chrétienne dans le sang du Christ. La tradition de Jésus est méditée et mieux comprise, sous l’action de son Esprit, par la communauté apostolique après la Pentecôte.
4 - Fonction eschatologique.
La transmission – tradition tend par la force de son dynamisme intérieur même à atteindre un objectif précis : dans l’Ancien Testament, la permanence, dans l’histoire, de la présence salvatrice vivante et actuelle du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, à travers la Révélation faite par Dieu au peuple d’Israël. Dans le Nouveau Testament, la présence historique salvatrice du Dieu de Jésus–Christ, vivant et glorieux, par l’intermédiaire de l’Église, dépositaire de la révélation et de la tradition chrétiennes. Les vicissitudes politiques, institutionnelles, religieuses, etc., changeront au long de l’histoire du peuple israélite, mais la relation vitale avec le Dieu des Pères restera comme élément essentiel de la transmission – tradition. L’Église, à son tour, traversera historiquement des situations et des époques très différentes, mais dans la transmission – tradition ecclésiale le centre sera toujours occupé par le Dieu de Jésus-Christ, l’HommeDieu.
A travers cet « eschaton » (*) historique, la transmission - tradition, une fois cristallisée dans la Sainte Écriture, se projette vers l’eschaton définitif, dans l’au-delà, quand le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et le Dieu de Jésus-Christ sera tout en tous, et que l’homme atteindra la plénitude de la vérité dans le mystère de Dieu. C’est la raison pour laquelle la constitution sur la révélation divine affirme : « l’Église chemine à travers les siècles vers la plénitude de la vérité, jusqu’à ce que s’accomplissent pleinement en elle les paroles de Dieu ». Dans l’au-delà, la Parole de Dieu, transmise par les hommes, et qui vit dans l’Écriture et dans l’Église, arrivera à être pleinement vérité salvatrice et appartiendra à tous les sauvés. Alors, la transmission - tradition s’achèvera et sera remplacée par le « gaudium » de la contemplation du mystère de Dieu.
5 - Fonctions coexistantes
De cet exposé on déduit que les fonctions de la transmission - tradition peuvent être distinguées les unes des autres et que nous pouvons les séparer de façon analytique, mais sans perdre de vue qu’elles coexistent, qu’elles s’appuient et se complètent réciproquement, qu’elles sont hiérarchisées et subordonnées à la Parole définitive, Jésus-Christ, alpha et oméga de toute l’Écriture : oublier ou omettre l’une d’entre elles c’est mutiler et appauvrir la richesse et le contenu de la transmission - tradition.
Si la tradition juive n’avait pas conservé le souvenir de la première pâque, au pied du Sinaï, cet événement n’aurait jamais été institué texte canonique et, ni Jésus, ni l’Église ensuite, n’auraient interprété la passion - mort - résurrection de Jésus-Christ comme la pâque nouvelle et définitive, le sommet du passage de Dieu dans l’histoire. L’Apocalypse n’aurait pas non plus, décrit la Jérusalem nouvelle dans laquelle il n’y aura plus de temple parce que l’agneau est son temple ; il n’y aura pas besoin de la lumière du soleil, puisque l’Agneau sera sa lampe, il n’y aura pas de malédiction, parce que le trône de Dieu et de l’Agneau est au milieu d’elle, et ses serviteurs l’adoreront ; ils verront son visage et porteront son nom sur leur front (Ap 21, 22-23 et 22, 3-4). Sans conservation, il n’y a pas constitution et, en leur absence, ni l’interprétation, ni l’innovation, ni l’élan eschatologique ne sont possibles.
IV - LE MILIEU AMBIANT DE LA TRANSMISSION -TRADITION
1 - Dans l’Ancien Testament.
Il s’agit de considérer quels ont été les lieux, ou les circonstances, où la révélation divine s’est réalisée et où la transmission - tradition a été possible. Selon la nature des livres sacrés, des péricopes ou des cycles de textes (par exemple le cycle d’Abraham : Gn 12-25 ; ou le cycle des paraboles : Mt 13), comme ambiances plus propices à la formation des traditions et de leur transmission, on peut distinguer :
a) Les divers sanctuaires israélites (Béthel, Silo, Sichem, Gilgal, Hébron, etc.) et, en particulier, le culte dans le Temple de Jérusalem.
b) La cour royale, surtout aux moments de splendeur (David et Salomon) ou de rénovation (Ezéchiel, Josias).
c) Les périodes de crise qui sont éclairées par la parole prophétique et les fulgurations apocalyptiques (chute de Samarie, exil, persécution à l’époque des Maccabées).
d) Dans le judaïsme tardif, l’école rabbinique et la synagogue acquièrent une importance comme lieu de transmission.
2 - Dans le Nouveau Testament
a) En ce qui concerne le christianisme, le lieu par excellence de la transmission est le culte chrétien. Les textes les plus proches de l’origine, (les plus anciens), du cycle de la passion et un grand nombre des textes de la vie publique, se sont transmis et fixés dans l’ambiance du culte dominical.
b) Par rapport au culte, comme chemin de préparation à ce dernier, se trouve la prédication primitive ou kérygme, dans laquelle on insiste surtout sur le mystère pascal chrétien selon les Écritures (relecture de tout l’AT à la lumière de la passion - mort - résurrection de Jésus-Christ et vice versa ).
b) Comme complément du culte, on fait la catéchèse auprès de ceux qui sont déjà baptisés. Par cette ambiance de catéchèse, on transmet une grande partie des Évangiles de l’Enfance, de nombreux textes de la vie publique et quelques particularités du cycle de la passion et des apparitions.
c) Non moins importante pour la transmission - tradition est l’ambiance missionnaire, soit relative aux juifs (textes surtout polémiques) soit relative aux païens (discours missionnaires, miracles...).
d) Dans le reste du NT (tout comme, dans une certaine mesure, à l’intérieur des Évangiles) le milieu ambiant (Sitz im Leben), ce sont les communautés déjà constituées auxquelles s’adressent le plus fréquemment les apôtres ou leurs disciples (école apostolique) pour expliquer certains aspects doctrinaux relatifs au mystère du Christ, pour corriger des déviations, pour écarter et défendre les communautés des faux prophètes et docteurs, pour enseigner le comportement chrétien dans certaines situations de la vie personnelle ou sociale, pour soutenir et encourager dans les moments de persécutions ou de crises.
L’étude de l’ambiance de la transmission - tradition de la Bible met en évidence le caractère fragmentaire et occasionnel d’un grand nombre d’écrits de l’AT et du NT, sans que pour cela, il ne soit plus vrai que tout ce qui est nécessaire à notre salut est contenu dans les textes scripturaires.
La révélation ou parole de Dieu à l’homme, a dû « s’incarner » en parole humaine pour être intelligible et ainsi être transmise. L’histoire de la transmission écrite de la révélation suit fidèlement l’histoire de la mise en canon des livres sacrés ; il s’agit, cependant, de deux procédés différents et qui ne coïncident pas nécessairement.
1 - Les langues de la Bible
Les livres canoniques de la Bible ont été écrits en hébreu, en araméen et en grec. La majeure partie de l’AT a été écrit en hébreu. En araméen on trouve quelques fragments vétérotestamentaire : Es 4, 8-6, 12-26 ; Dan 2, 4-7, 28. Ont été écrits en grec : 2M, le livre de la Sagesse et tous les écrits du NT.
La Bible a été écrite en trois langues, parmi elles deux sont sémitiques (*) tandis que l’autre est indoeuropéenne (*). Dieu est souverainement libre de choisir les langues par lesquelles faire parvenir sa révélation à l’humanité. Pour autant, il n’est pas licite de tomber dans la « sémitolâtrie » et de penser que le grec a trahi l’idiosyncrasie de la langue et de l’âme sémite ; le grec est également apte à transmettre la révélation divine. Qui opposerait de façon excessive la pensée hébraïque à la pensée grecque au point d’identifier la révélation avec la première, tomberait dans une impasse et ne ferait pas honneur à la libre action de Dieu, pour qui le dessein biblique du salut est susceptible d’être traduit et exprimé en d’autres langues et d’autres cultures.
2 - Le matériau de l’Écriture
On ne compte aucun texte originel de la Bible, pas même du NT. Et même au IIIe siècle déjà, les textes originaux néotestamentaires avaient disparu. Ceci s’explique par le fait que le matériau qu’on utilisait couramment au Ier siècle après Jésus-Christ et pendant les nombreux siècles précédents, était le papyrus beaucoup plus abondant et plus économique que le parchemin, mais en même temps plus exposé aux offenses du temps. Le papyrus dut cependant être le matériau employé pour les autographes aux époques de l’Ancien Testament comme dans celles du Nouveau.
On avait l’habitude de donner au texte écrit sur papyrus la forme d’un rouleau de dix mètres de long sur 25 à 30 cm de large. Les extrémités étaient renforcées avec deux baguettes de bois qui permettaient de le dérouler plus facilement. D’ordinaire le rouleau de papyrus est peu résistant. Sur le rouleau, on avait l’habitude d’écrire d’une écriture continue sans séparer les mots les uns des autres.
