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Chapitre 4

Le canon de l'écriture


La Bible est un livre inspiré parce qu’elle a Dieu comme auteur et qu’elle a été écrite sous la motion de l’Esprit Saint. Il est clair que l’inspiration ne provient pas de l’homme, ni même de l’Église, mais que l’inspiration est un don surnaturel de Dieu à l’Église et, à travers Elle, à l’humanité pour qu’elle trouve dans l’Écriture inspirée son chemin de salut. Devant l’Écriture inspirée surgit dans l’esprit humain une série de questions. Comment l’homme sait-il qu’un livre est inspiré ? Comment connaître quels sont les livres inspirés par Dieu ? Pourquoi ces livres, et non d’autres, sont-ils acceptés par l’Église comme sacrés ? Le canon de l’Écriture essaie de donner une réponse à ces questions : tous et seuls ces livres-là, ceux que l’Église reconnaît comme norme et règle de la foi et de la vérité salvatrice, sont inspirés. L’Église ne mène pas cette opération de façon arbitraire mais, au contraire, par l’application de critères tant internes qu’externes, par lesquels il lui est permis de discerner et de découvrir la règle de la foi et de la vérité dans un livre déterminé, comme dans un miroir.



I. Introduction.
II. Formation du canon
III. Le dogme de la canonicité
IV. Les critères de la canonicité.


APERÇUS.

- Pourquoi les églises chrétiennes évangéliques n’acceptent-elles pas tous les livres qui sont dans la Bible catholique ? L’étude du processus historique de reconnaissance de la canonicité des écrits sacrés vous donnera la réponse.

- Tous les livres de la Sainte Écriture ont-ils la même importance ? S’il en est ainsi un principe de l’AT devrait avoir la même valeur qu’un principe du NT.


MOTS CLEFS :

Canon Livres canoniques


I. INTRODUCTION



1) Nécessité du canon biblique

La fixation du canon biblique a constitué un besoin pour l’Église. En premier lieu, il était nécessaire de le faire à cause de l’universalité de l’unique Église. Pour maintenir une même règle de foi dans toutes les églises disséminées sur la terre il était indispensable de disposer d’un même canon. Face aux hérétiques (*) qui avaient fréquemment recours à des livres « secrets » (apocryphes) (*), il était en tout point nécessaire de délimiter clairement les livres normatifs de la foi, en les distinguant de n’importe quel autre, fut-il apocryphe ou non. En ce qui concerne le judaïsme avec lequel elle entra en polémique maintes fois, l’Église dut réaliser deux opérations différentes :

a) Établir le canon chrétien de l’Ancien Testament.

b) Fixer les Écritures chrétiennes, non en concurrence avec l’Écriture juive, mais comme son complément, son perfectionnement et sa plénitude.

L’existence même d’Écritures chrétiennes dénote la conscience lumineuse qu’avait l’Église primitive de ce que Jésus était le Messie attendu, préfiguré et prophétisé dans la Bible hébraïque, de ce que Jésus était la plénitude de la révélation de Dieu. Avec le temps, cette conscience amènera l’Église à distinguer entre Ancien Testament et Nouveau Testament, en soulignant la continuité par le nom (Testament), mais également l’originalité et la nouveauté de l’Écriture chrétienne (Nouveau).

2) Terminologie.

a) Canon, canonique, canonicité.



Canon : étymologiquement, le mot canon semble provenir du terme grec canon qui signifie « mesure ». Avec le temps, canon s’est converti en critère de la vérité d’une affirmation ou mesure, norme ou règle de quelque chose.


Jusqu’au IIIe siècle, il n’y a pas d’usage explicite du terme appliqué à la Sainte Écriture, même si on présuppose que le contenu de la règle de foi était éminemment biblique. C’est au IVe siècle que le terme « canon » commence à prendre le sens de catalogue normatif des livres inspirés. Saint Athanase, peu après 350, dit que le « Berger d’Hermas ne fait pas partie du canon » (EB 15). La raison en est que ce terme exprime précisément le caractère de norme fondatrice, c’est à dire le contenu objectif des livres inspirés comme norme de la vérité chrétienne.

De canon dérive canonique, terme utilisé pour la première fois au Concile de Laodicée de Phrygie (ca 360). Au canon 59, on établit que «dans l’assemblée on ne doit pas réciter des psaumes privés ou des livres non canoniques, mais seulement les livres canoniques du Nouveau et de l’Ancien Testament ». Les livres canoniques, par conséquent, en viendront à recouvrir l’ensemble des livres qui donnent la norme de la foi de l’Église. La canonicité, d’autre part, serait cette qualité de l’Écriture Sainte par laquelle celle-ci se constitue comme norme, règle, canon de la foi et de la vie du chrétien.


Livres canoniques (canon de la Bible) : ce sont la collection de livres de l’AT et du NT recueillis par l’Église, parce que, écrits sous l’inspiration de l’Esprit Saint, ils ont Dieu comme auteur et, par conséquent, sont normatifs de la foi.



b) Proto et deutérocanoniques.

Sixte de Sienne, dans les années postérieures au Concile de Trente, a introduit une distinction entre les livres de l’Écriture, entre les protocanoniques et les deutérocanoniques pour distinguer les livres acceptés par les réformateurs de ceux qu’ils n’acceptent pas. Nous pouvons dire que les livres protocanoniques correspondent à ceux qui ont été acceptés comme canoniques depuis toujours et sans discussion par toute l’Église, par contre, les deutérocanoniques sont ceux dont la canonicité a fait l’objet de quelques discussions.

c) Apocryphes et pseudo-épigraphiques

Étymologiquement, le terme «apocryphe » signifie chose cachée et désignait en principe ces livres que l’on destinait à l’usage privé des adeptes d’une secte. En ce qui concerne les livres canoniques, on appelle apocryphes ceux qui ont été rejetés par l’Église comme non canoniques même si, parfois, certains Pères et écrivains ecclésiastiques ont pu les considérer comme canoniques. Ces livres sont appelés pseudoépigraphiques par les protestants.



II. FORMATION DU CANON



Étant donné que l’AT s’est progressivement formé au cours des siècles et que le NT correspond à une période de 70 ans, le caractère canonique des différents écrits n’a été découvert et ne s’est imposé que peu à peu dans la vie du judaïsme et de l’Église. Tenant compte, par ailleurs, de ce que le canon passe par des vicissitudes différentes pour les juifs et pour les chrétiens, nous devons les analyser séparément. Par conséquent, nous développons le sujet sur les points suivants :

1) Formation du canon dans le judaïsme.

2) Formation du canon de l’AT dans le christianisme.

3) Formation du canon du NT.

1) Formation du canon dans le judaïsme

Dans Ex 31-32, la Loi se présente comme un texte écrit normatif du peuple d’Israël. La Torah ou Pentateuque sera, donc, le premier ensemble de livres qui sera accepté comme canonique. Cependant, dans ce processus de la formation du canon juif, le texte le plus significatif est constitué par le prologue du Siracide (ou Ecclésiastique), écrit pour la traduction grecque vers l’an 130 av JC. Il parle de «la Loi, les Prophètes et les autres (écrits) qui suivent » par l’intermédiaire desquels «nous ont été communiqués de nombreux et grands biens » et un peu plus loin il se réfère à la Loi, les Prophètes, et les autres livres de nos Pères. Il est clair qu’avec le mot Loi, il se réfère au Pentateuque, tandis que lorsqu’il parle des Prophètes, il s’agit sans doute des Prophètes antérieurs (Josué, Juges, 1 et 2 Samuel, 1 et 2 Rois principalement, même si d’autres livres peuvent être inclus) et des prophètes écrivains. Le groupe des "écrits" paraît être encore ouvert. Sous le nom d’Écrits on doit mettre les Psaumes, les Proverbes, le Cantique des Cantiques et l’Ecclésiastique ; peut-être aussi le livre de Job.

Pendant le 1er siècle il ne semble pas exister un canon fixe de la Bible hébraïque, même si on accepte comme livres sacrés la Loi et les Prophètes, à côté de quelques Écrits, en particulier les Psaumes. La nécessité d’un canon normatif s’est vue accélérée par la destruction du Temple de Jérusalem en 70 ap JC, qui a provoqué l’urgence d’une cohésion qui maintiendrait la propre l’identité juive et des discussions internes au sein du judaïsme, entre les pharisiens et les sectes juives d’inspiration apocalyptique. L’acceptation, par les chrétiens, de la Bible des Septante (*) a probablement été l’ultime motif pour que les juifs limitent le canon de l’AT aux livres les plus anciens et seulement à ceux qui de fait circulaient alors dans leur langue d’origine hébraïque ou araméenne.

2. Formation de l’AT chrétien.
Comme nous l’avons vu, l’Église n’a pu recevoir de la Synagogue un canon de l’AT déjà fixement établi. Considérons donc le processus de la formation du canon chrétien de l’Ancien Testament.

a) Les Pères de l’Église.
L’Église naissante hérite de la communauté juive d’une série de livres sacrés dont la liste n’était pas définitivement close. L’Église se posa le problème du canon et réalisa un grand effort d’éclaircissement et de fixation des livres sacrés de l’AT.

Les Pères Apostoliques (*) qui les citent selon la version grecque des septante, paraissent être familiarisés avec les deutérocanoniques de l’AT, mais ils citent aussi quelques apocryphes, ce qui permet de penser que le canon proprement dit n’est pas encore fixé. Origène, par exemple qui vécut entre le IIe et le IIIe siècle, sait très bien que quelques livres utilisés comme Écriture existent dans l’Église, mais qu’ils n’appartiennent pas au canon juif.

Origène, comme beaucoup d’autres Pères, distingue deux groupes de livres : celui des apocryphes, qu’il considère comme utiles, mais que l’on doit utiliser avec beaucoup de précaution ; et celui des livres scripturaires qui comprennent la Bible hébraïque et les deutérocanoniques, même si ces derniers ne sont pas lus par l’Église et ne font pas, non plus, l’objet de commentaires. Rufin d’Aquilée les appellera livres ecclésiastiques.

b) Le Magistère de l’Église

Avec le décret «pro Jacobitis » du Concile de Florence (1441), l’Église adopte une position claire sur le canon qui sera ultérieurement défini, «une fois pour toutes », par le Concile de Trente (1546), contre les réformateurs protestants qui se basaient sur le principe de la «sola Scriptura » et avaient opté pour le canon juif. Le texte proclame ainsi « …on juge opportun d’ajouter au présent décret le catalogue des livres sacrés, pour que nul ne puisse hésiter sur ceux qui sont les livres reconnus comme sacrés par le Concile lui-même » (Denz-Hun, 1501). Postérieurement Vatican I se référa au Concile de Trente (EB 77) et la Constitution «Dei Verbum » de Vatican II ne fait pas autre chose que de citer Vatican I (DV, 11).

3. Le canon du Nouveau Testament.
A l’époque apostolique on ne peut proprement parler de livres canoniques, puisqu’elle correspond à la période de leur composition. On peut affirmer qu’à la fin du 1er siècle, il existait une collection d’épîtres pauliniennes, dont l’importance nous est inconnue. En outre, les quatre Évangiles, bien que destinés à des communautés particulières, avaient acquis une importance singulière et étaient conservés parce qu’ils provenaient des apôtres ou de leurs disciples, ou à cause du prestige de la communauté à laquelle ils étaient destinés (Antioche, Rome, la Grèce, Éphèse). Finalement, se crée peu à peu une conscience canonique à l’intérieur des écrits néotestamentaires eux-mêmes (cf. 2Pi 3, 4-16 ; Ap 1, 1-3 ; 22, 18-19).

Dans la vie et la conscience de l’Église est apparu, peu à peu, le concept de «Nouveau Testament ». Saint Justin témoigne de la lecture des Évangiles dans la liturgie eucharistique à côté des écrits des prophètes. Méliton de Sardes parle des écritures juives comme de l’AT, donnant à entendre implicitement qu’il existe déjà un NT. Enfin, vers la fin du IIe siècle, Tertullien fut le premier à employer l’expression du NT pour désigner les écrits chrétiens sacrés.

Lorsque la tradition orale commence à devenir incertaine, incontrôlable et manipulable par les hérétiques, s’impose la nécessité d’écrits qui transmettent fidèlement cette tradition. Ce phénomène se vérifia dans la seconde moitié du IIe siècle. Les mouvements hérétiques (*) durent influer notablement sur l’accélération du canon dans l’Église : Marcion (*) avec son rejet de l’AT et avec la réduction du NT aux 10 épîtres pauliniennes et à l’Évangile de Luc ; le montanisme (*) avec son extension de l’inspiration à tout chrétien qui dans l’Église s’ouvrirait à l’Esprit toujours agissant, s’appuyant sur Jn 14, 16-26 ; 15, 26 ; 16 12-15.5.

L’apparition des premières listes fut décisive pour la constitution du canon néotestamentaire. Outre celle de Marcion, déjà mentionnée, la plus ancienne est le Fragment muratorien, qui représente l’emploi du NT à Rome, à la fin du IIe siècle (EB 1-7). Ensuite viennent les listes d’Origène et d’Eusèbe de Césarée. En Occident, les listes d’Athanase, d’Augustin, des conciles d’Hippone et de Carthage certifient l’unanimité des Églises, qui offrent déjà un canon complet. Cette liste sera confirmée par le concile de Florence et définie par le Concile de Trente.



III. LE DOGME DE LA CANONICITÉ



« Si quelqu’un ne reçoit pas ces mêmes livres dans leur intégrité, avec toutes leurs parties, pour sacrés et canoniques, comme on a coutume de les lire dans l’Église catholique et tels qu’on les trouve dans l’édition de la Vulgate ; s’il méprise de propos délibéré les traditions susdites, qu’il soit anathème » (Concile de Trente- session IV cf EB 79).

1. Il s’agit d’une véritable définition dogmatique, car elle déclare anathème celui qui n’accepte pas le contenu du paragraphe. La formule employée ici : « Si quelqu’un… qu’il soit anathème » était le propre de l’époque pour exprimer la volonté de définir un dogme de foi.

2. Dans le texte, on définit le caractère sacré et canonique des livres mais non leur authenticité ou leur pureté d’origine ? La qualité des auteurs des livres n’est pas définie. Un clair indice en est le changement effectué, par rapport au concile florentin, lorsqu’on nomme les auteurs des Évangiles. On ne dit pas «Évangile de Marc ou de Matthieu» mais «selon Marc ou selon Matthieu ».

3. L’expression «livres dans leur intégrité, avec toutes leurs parties». « Livres intégraux » veut dire tous et chacun des livres énumérés, sans aucune exception et sans aucune addition. « Avec toutes leurs parties » fait allusion à ces fragments particuliers par exemple de Marc, Jean, Luc dont on doutait de l’authenticité.

4. « comme on a coutume de les lire dans l’Église catholique» ? On fait mention en premier lieu, de l’usage pluriséculaire du canon biblique dans l’Église, comme le met en évidence l’histoire même de la formation du canon. La lecture des livres est, avant tout, la lecture liturgique, mais aussi la lecture théologique et la lecture spirituelle. Au Concile de Trente on donne un caractère officiel à la Vulgate, mais ce ne fut pas dans l’intention des Pères d’éliminer n’importe quelle autre traduction ou le recours à l’original hébreu ou grec.

5. En définissant le caractère sacré et canonique de tous les livres contenus dans la Bible, le concile désire affirmer, d’une certaine façon, que tous les livres jouissent de la même valeur et de la même autorité. Si le Christ est la plénitude de la révélation, les livres où on nous parle de la vie, de la doctrine et de la personne du Christ occuperont la première place dans une hiérarchie d’autorité. Ensuite, viendront ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont une relation directe avec le Christ (le reste des livres du NT). Le troisième rang dans la hiérarchie est occupé par les livres de l’AT qui enseignèrent et annoncèrent le Christ.



IV. LES CRITÈRES DE LA CANONICITÉ



La formation du canon a montré que la fixation et la reconnaissance définitives de celui-ci de la part de l’Église, n’a pas été une tâche facile et simple. Cependant, une chose est la formation, une autre la réalité du canon. Chaque livre sacré est canonique dès l’instant même où il est définitivement fixé par écrit. L’ensemble de la Bible jouit de canonicité lorsque le dernier livre qu’elle contient a été mis par écrit. Le processus pour reconnaître la canonicité de ces livres a été lent, parfois un peu complexe dans les facteurs qui sont intervenus, mais sûr parce qu’il a été guidé par l’assistance de l’Esprit Saint. Le même Esprit qui a inspiré les Écritures a assisté l’Église pour les reconnaître comme inspirées.

Entreprenons maintenant d’exposer les différents critères auxquels l’Église a eu recours dans la formation du canon biblique, critères qui doivent être vus comme instruments dont l’Église s’est servie, des uns parfois, des autres d’autres fois, pour découvrir et fixer le mystère de la canonicité. Parmi eux, cependant, certains ont une importance majeure : l’usage liturgique, l’orthodoxie (*) et l’origine mosaïque ou apostolique. Puisque le canon est typiquement chrétien, voyons séparément les critères appliqués par l’Église à l’AT et ensuite au NT.

1. Ancien Testament.

a) Premier critère : La Bible des septante (LXX). Il est indéniable que, lorsque le christianisme s’est ouvert à la gentilité et à la culture hellénistique, l’Écriture juive utilisée par les premiers chrétiens fut le texte grec des Septante (LXX). Pourtant, dans la Bible des LXX sont inclus aussi bien les livres proto que les livres deutérocanoniques de l’AT. L’usage officiel et public de la Bible grecque a guidé l’Église dans le discernement du canon vétérotestamentaire.

b) Second critère : Usage dans le culte. Il semble que dans la liturgie de la synagogue on lisait de façon cyclique, tous les trois ans, les livres de la Torah et des Prophètes. Avec le temps la lecture s’étendit aussi aux Écrits. L’usage cultuel (*) d’un livre signifie une reconnaissance au moins implicite de son caractère sacré. D’autre part, l’Église primitive a utilisé la Bible juive dans le culte dominical lui-même. Même en nous plaçant sur un terrain hypothétique, il faut supposer que les juifs de la diaspora (*)utilisaient pour leur culte tous les livres inclus comme sacrés dans la Bible des LXX. Cet usage a facilité, pour l’Église, le passage à la canonicité de tout l’AT.

c) Troisième critère : usage dans les écrits du NT. Il est vrai que tous les livres de l’AT ne sont pas cités dans le NT, mais ce n’est pas parce qu’ils ne sont pas expressément cités qu’on peut déduire qu’ils n’ont pas été utilisés et pris en compte dans la rédaction néotestamentaire. Malgré tout, l’usage des livres de l’AT par les apôtres, qui constituaient le canon vivant étant donné qu’ils transmettaient l’événement et le mystère de Jésus-Christ, a dû compter aussi dans le discernement du canon vétérotestamentaire.

2. Nouveau Testament.

a) Premier critère : Origine apostolique. Au début de la vie ecclésiale, les Écritures chrétiennes n’existaient pas. L’Église n’avait comme référence que l’autorité absolue de Jésus si transcendante qu’elle était considérée comme supérieure aux livres sacrés. Les apôtres, considérés comme dépositaires de la révélation historique de Jésus, étaient le canon vivant, les interprètes autorisés du message et de l’événement salvateur de Jésus. Durant la seconde moitié du premier siècle, les églises destinataires de quelques écrits apostoliques les conservèrent jalousement, et les ont peu à peu diffusés et échangés avec des écrits apostoliques d’autres églises. Peu à peu le canon vivant est devenu canon écrit.

Le fait que les écrits apostoliques n’aient pas été initialement cités comme écritures, ne signifie pas qu’ils n’étaient pas considérés comme ayant la même autorité. Encore mieux, ils étaient acceptés comme ayant une autorité supérieure, puisqu’ils avaient l’autorité de Jésus lui-même et des apôtres. Par conséquent, étant donné que les apôtres, et eux seulement, avaient reçu la mission de transmettre de façon authentique la révélation historique de Jésus, pour qu’un écrit puisse être tenu pour authentique il fallait qu’il soit d’origine apostolique, c’est à dire, qu’il ait été écrit par des apôtres ou par quelqu’un de leurs proches collaborateurs, peut-être même à la demande de l’apôtre.

b) Second critère : L’usage liturgique. C’est un critère valable pour l’AT, donc aussi pour le NT. Jésus étant le canon vivant par excellence du NT. Les premiers livres qui ont sûrement commencé à être utilisés officiellement dans la liturgie chrétienne furent les Évangiles, ou plutôt des textes pré-évangéliques, qui ont ensuite servi de base aux Évangiles canoniques. Nous savons par 2Pi 3, 14-16, qu’un « corpus » (corps ou ensemble) des épîtres pauliniennes était lu publiquement vers la fin du siècle. Il fallait examiner alors si un livre déterminé avait été lu dans les assemblées chrétiennes depuis les temps apostoliques où s’il y était entré seulement à des époques récentes. On sait qu’on lisait aussi en public d’autres écrits comme la Didaché (*), 1-2 Clément, Berger d’Hermas, Henoch, etc… qui n’ont jamais été recueillis par le canon parce que l’on a tenu compte d’autres critères par exemple l’orthodoxie ou l’origine apostolique.

c) Troisième critère : L’orthodoxie de l’écrit. Aucun livre ne pouvait être authentique s’il contenait une interprétation du mystère de Jésus contraire à l’orthodoxie, qui s’était formée avec la tradition vivante des apôtres. Des doutes sur le millénarisme (*) ou non de l’Apocalypse ont fait hésiter un temps de sa canonicité. L’Évangile de Pierre fut tenu pour apocryphe, justement pour raisons doctrinales. Eusèbe nous le raconte dans son Histoire Ecclésiastique ; Sérapion, évêque d’Antioche, vers l’année 190 a visité Rhossos de Cilicie, où il a trouvé la communauté en désaccord sur la lecture officielle d’un « Évangile de Pierre ». L’évêque a donné la permission de le lire, sans l’avoir lu lui-même personnellement. Quand, plus tard à Antioche, il eut la possibilité d’avoir ledit Évangile entre les mains, il se rendit compte, en le confrontant avec les Évangiles apostoliques, qu’il était hérétique et l’a interdit.

d) Quatrième critère : Des listes anciennes du canon. La formation d’une liste implique l’acceptation des livres énumérés comme livres d’un caractère particulier. Si, avec la liste des livres du NT, il y a une liste de ceux de l’AT, cela implique l’acceptation des livres néotestamentaires comme Écriture. Par ce critère les listes les plus anciennes sont celles qui ont le plus de poids, par exemple, le canon bref de Marcion ; le canon Muratorien : 22 livres sur les 27 (fin du II° siècle) ; la liste d’Irénée et de Tertullien avec 22 livres également. Dans la lettre écrite par Athanase pour la Pâque de l’an 367, on énumère déjà, sans hésitation, tous les livres du NT. Ce catalogue, dix-huit ans plus tard, en l’an 385, sera accepté par Jérôme et il le répandra lui-même en Occident grâce à sa traduction officielle latine (la Vulgate).

Une fois les critères présentés, il est clair qu’aucun d’eux isolément n’a suffi à l’Église pour déterminer la canonicité éprouvée d’un écrit. Il a fallut la conjonction de quelques-uns d’entre eux ou de tous pour donner à l’Église la certitude, sous l’assistance et la conduite de l’Esprit Saint, d’être en présence d’un livre sacré et, par conséquent, de devoir le reconnaître comme tel.
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