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Chapitre 5

La vérité biblique



L’Écriture contient la vérité salvatrice parce qu’elle est inspirée par l’Esprit Saint. La canonicité ne produit pas la vérité, mais la certitude de ce que toute la vérité dont l’homme a besoin pour être sauvé se trouve dans les livres canoniques, et de ce que, par là, ces livres sont exempts de toute erreur relative au salut et au dessein sauveur de Dieu.



I. Introduction.
II. Établissement historique de l’infaillibilité et solutions.
III. Principes fondateurs de la vérité biblique.



APERÇUS.

- Pourquoi dit-on que la Bible contient la vérité s’il est évident qu’il y a des affirmations qui ne correspondent pas à ce que dit la science ? Le « cas Galilée » est connu de tous.

- Que faut-il rechercher dans la lecture de la Bible ? Pour une réponse satisfaisante à cette question quelques critères importants sont à connaître


MOTS CLEFS :

Vérité salvatrice Infaillibilité





I. INTRODUCTION



L’Église a le droit et le devoir de défendre la vérité de la Bible et elle n’a pas cessé de le faire durant son histoire pluriséculaire. Il est évident qu’en attaquant l’erreur, on défend implicitement la vérité qu’il faut proclamer, exposer et protéger.

L’Histoire des siècles derniers nous a démontré, d’autre part, qu’on doit chercher un équilibre entre les deux extrêmes : entre la négation inadmissible de l’infaillibilité et la crédulité fondamentaliste (*) qui fait rire les non chrétiens.
Il y a deux raisons principales pour lesquelles l’exégèse actuelle, ratifiée par le Concile Vatican II (DV, 11), préfère le terme « vérité salvatrice » à infaillibilité.


Vérité salvatrice (ou biblique) : c’est le principe par lequel on affirme que Dieu a fait connaître tout ce dont l’homme a besoin de savoir pour vivre et être sauvé



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1. Raison théologique :

Dieu ne s’est pas révélé et n’a pas inspiré les livres sacrés pour qu’ils ne contiennent pas d’erreur, mais pour manifester la vérité concernant le salut de l’homme. Étant, par son origine même, communication de la vérité divine, elle est exempte de tout ce qui contient fausseté et erreur quant au dessein sauveur de Dieu.

2. Raison historique :

Dans l’histoire le terme « infaillibilité » est resté uni, durant trois siècles, à des événements et des situations historiques pénibles pour la vie de l’Église (cas Galilée, la question biblique relative à la vérité historique de la Bible et surtout des Évangiles) et avec une position presque uniquement apologétique (*) et défensive. Avec le Concile Vatican II, la perspective historique a changé. L’Église s’intéresse davantage à exposer la vérité de l’Évangile qu’à soutenir l’absence de l’erreur dans la Parole divine.

Éclaircissons, enfin, dans cette introduction du sujet, le concept de vérité biblique et d’infaillibilité :


Infaillibilité veut dire la qualité de la Bible, par laquelle la révélation de Dieu qui y est contenue, est exempte de toute erreur



L’infaillibilité, par conséquent, ne regarde pas tant les données scientifiques et historiques qu’offre la Sainte Écriture, que la révélation de Dieu qui nous est transmise par elles et en elles.



II. EXPOSE HISTORIQUE DE L’INFAILLIBILITÉ ET SOLUTIONS



Que la Bible ne puisse se tromper ni induire en erreur fait partie de la tradition juive et du dogme chrétien. Malgré tout, déjà dans le judaïsme, on était conscient des discordances, au moins apparentes, entre les livres de l’AT. Les difficultés augmentèrent avec le christianisme, face à la continuité entre l’AT et le NT. Parcourons l’histoire de ce sujet depuis les commencements de l’ère chrétienne jusqu’à notre temps.

1. Les quatre premiers siècles.

On pourrait résumer la position des hommes (juifs et païens) en face de l’Écriture chrétienne, par les paroles de Paul, se référant au Christ crucifié, « scandale pour les juifs, folie pour les païens » (1Co 1, 23)

a) Scandale pour les juifs : Pour les juifs, particulièrement les rabbins, le christianisme n’était pas la vérité ultime et définitive, mais une doctrine erronée. Jésus est vu comme un magicien et un faux messie. La prédication chrétienne sur la nouvelle alliance, le nouveau culte, la parole définitive, était complètement erronée. Devant une position si claire du judaïsme, Justin s’efforce de démontrer le messianisme de Jésus et la nouveauté du christianisme à partir de l’AT, en partant d’une interprétation exégétique (*) rigoureuse qui démontrerait la réalisation de tous les oracles de l’AT en Jésus de Nazareth. Justin lui-même, face aux discordances bibliques, expliquera qu’elles ne sont qu’apparentes ou que, si on trouve des discordances, c’est simplement parce qu’on n’a pas bien compris le texte. Le problème de l’infaillibilité ne se pose pas encore, mais uniquement celui de la discordance entre divers textes bibliques.

b) Folie pour les païens : Le christianisme a dû se défendre vigoureusement contre les attaques provenant du paganisme. Ceci entraîne un glissement du concept sauveur de vérité vers la conception grecque. Ce fut un glissement inévitable parce que, pour pouvoir discuter avec quelqu’un, il faut se mettre dans son propre camp. Contre les attaques nombreuses et insidieuses de Celse et Porphyre, les apologistes (*) eurent pour tactique de venir sur le champ de bataille et ils ont indubitablement réussi à gagner la guerre. Malheureusement, la conséquence en a été que « la vérité grecque » fut l’unique vérité dans la théologie postérieure et que l’étude de la Bible ne soit faite que dans cette optique. Pour expliquer les discordances bibliques, cette conception de la vérité a poussé nombre de Pères à recourir à l’interprétation allégorique (*) de certaines péricopes (*), comme unique façon de maintenir la vérité biblique qui, autrement, paraissait compromise. Dans une ambiance païenne, le problème de l’infaillibilité ne se posait pas non plus ; face aux attaques, on ne dit pas que la Bible est infaillible, mais on cherche à mettre en relief qu’elle communique la vérité.

2. De saint Augustin jusqu’au XVIe siècle

Saint Augustin recueille tout l’héritage du passé sur le sujet. D’une part, face au manichéisme, il souligne le caractère de salut du message chrétien. « (Le Seigneur) voulait faire des chrétiens, non des scientifiques ». D’autre part, l’absence de contradictions dans l’Écriture fut répétée avec force par saint Augustin : « Si, dans ces écrits, je trouve quelque chose qui ait l’apparence d’être contraire à la vérité, sans le moindre doute je pense ou bien que le manuscrit ancien est défectueux, ou bien que le traducteur n’a pas été capable d’exprimer fidèlement la pensée ou encore que je n’ai rien compris ». Il est significatif que Léon XIII, tout comme la constitution Dei Verbum, aient trouvé dans saint Augustin les principes théologiques pour formuler la théorie de la vérité salvatrice.

Pendant le régime de la chrétienté (du Ve au XVIIe siècle), la Bible a été considérée comme le livre par excellence de toutes les vérités : historiques, philosophiques, scientifiques et religieuses. Pour saint Thomas, la vérité de l’Écriture n’est pas une question de fait, mais de droit, puisqu’elle dérive de la connaissance prophétique dont les auteurs sacrés ont joui. En même temps, il a affirmé que cette vérité doit faire l’objet d’un examen critique. Par exemple, pour résoudre les difficultés du premier chapitre de la Genèse il enseigne :

a) Qu’il faut maintenir fermement la vérité de l’Écriture.

b) Quand l’Écriture permet diverses interprétations, il faut écarter celles que la raison démontre être inexactes.

Le temps passant, la vérité biblique s’affirme comme vérité logique ; et ainsi l’Écriture devient un livre de propositions, dans lequel chacune jouit de la même rigueur, qu’il s’agisse de sciences naturelles, d’histoire, de religion ou de philosophie. En science théologique, on a souligné la vérité absolue de la Bible comme attribut premier de la Parole de Dieu, étant donné que toute la force démonstrative de la théologie comme science, procédait de la vérité certaine des principes premiers, qui étaient les affirmations bibliques. Ainsi on en est arrivé à une exclusion sans nuance de l’erreur dans l’écriture. Non seulement on soutient l’infaillibilité de la Bible, mais aussi le caractère absolu d’une telle infaillibilité. Par exemple, Jos 10, 13 : « Et le soleil s’arrêta et la lune s’immobilisa… » est considéré comme une proposition sur laquelle se fonde le système géocentrique de l’univers.

3. L’époque des conflits avec les sciences.

Du XVIIe au XIXe siècles, le développement des sciences astronomiques, paléontologiques et historiques a mis en doute une telle infaillibilité, créant entre les hommes de science, les théologiens et le magistère ecclésiastique un grand nombre de tensions.

a) Les sciences astronomiques : L’observation astronomique a découvert peu à peu, des lois qui n’étaient pas en conformité avec les énoncés de la Bible. Tôt ou tard le conflit devait éclater entre la position des théologiens et l’orientation de la science. Le cas Galilée constitue la pointe de l’iceberg de ce conflit avec sa théorie du déplacement de la terre autour du soleil. La mentalité scolastique, formée à base de lecture logique des textes bibliques, n’était pas en mesure d’effectuer la conversion mentale qu’exigeait le problème suscité par Galilée. On ne doit pas oublier, malgré tout, que Galilée n’a pas été condamné parce qu’il exposait sa théorie (on lui a permis de continuer à la soutenir en privé), mais parce qu’il n’avait pas obéi au mandement de l’Inquisition Romaine de ne pas l’exposer ni la défendre publiquement en parole ou en écrit.

b) Les sciences paléontologiques : Au XIXe siècle, le darwinisme, ou théorie de l’évolution des espèces, augmenta de nouveau la tension entre science et foi, entre vérité biblique et vérité scientifique. Le polygénisme, dérivé de la théorie de l’évolution, ne paraissait pas être en conformité avec les données bibliques sur l’apparition de l’homme sur la terre, selon la Genèse. A la théorie évolutionniste s’est opposé le concordisme. Ainsi, par exemple, les jours de la création de Gn 1 correspondaient avec les périodes géologiques de la science évolutionniste. Un tel concordisme s’avéra un échec du point de vue de la science aussi bien que de celui de l’exégèse.

c) Les sciences historiques : L’affrontement avec les sciences historiques aggrave la situation. D’un côté, les progrès de l’archéologie et de l’étude des langues orientales et des littératures extra bibliques permirent une meilleure connaissance de l’Orient ancien et de son histoire et, en même temps, la réfutation de la valeur de la Bible en tant que source d’information historique. D’un autre côté, la révélation chrétienne tant de l’AT que du NT étant éminemment historique, le problème devint plus aigu parce que la vérité biblique est inséparable de l’histoire, bien qu’il faille éviter de les identifier.

4) Propositions de solution de l’exégèse catholique.

Devant les problèmes posés par les sciences exactes et historiques à l’infaillibilité biblique, qu’ont fait les théologiens et le magistère de l’Église ?

a) La première série de réponses des théologiens se concentra sur le maintien de l’infaillibilité mais en limitant son extension. Par exemple, en la rapportant aux questions doctrinales de dogme et de morale. (A. Rokling, J.H. Newman, M. D’Hust.).

L’encyclique Providentissimus Deus de Léon XIII (décembre 1893), a répondu à ces essais imparfaits de solution. Elle affirme : « Il serait absolument funeste de restreindre l’inspiration uniquement à certaines parties de la Sainte Écriture ou de considérer que l’auteur sacré s’est trompé. On ne peut, en effet, admettre la conception de ceux qui se débarrassent de ces difficultés sans hésiter à dire que l’inspiration divine s’étend uniquement aux questions de foi et de mœurs» (EB 124)

b) Un autre type de réponses se centre principalement sur l’intention des auteurs sacrés et la mentalité de leur temps. Par exemple, quand les auteurs sacrés citent des textes d’autres auteurs, ils ne se portent pas garants de leur véracité (F. Prot) ou quand ils racontent des événements ou des expériences, ils le font à partir de la réalité phénoménologique (des faits), non intrinsèque (MJ. Lagrange) ou la théorie des genres littéraires (MJ. Lagrange).
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Aucune de ces explications n’a paru satisfaisante au Magistère de l’Église. Il n’y a que celle des genres littéraires, d’abord refusée (EB 161), qui ait été reconnue comme bonne solution par Pie XII en 1943 (EB 558). La constitution Dei Verbum, enfin, a réalisé le plus grand changement de perspective qui se soit présenté depuis la patristique. Elle a dépassé le concept de vérité scientifique et logique appliqué à l’Écriture et a placé la vérité biblique dans le domaine de l’efficacité salvatrice de la Parole.




III. PRINCIPES FONDATEURS DE LA VÉRITÉ BIBLIQUE.



Au moment culminant de l’histoire humaine et du drame de la rédemption, un homme puissant (Pilate) demande, entre l’inquiétude, le scepticisme et l’ironie : Qu’est-ce que la vérité ? Mais il n’a pas attendu la réponse. Et cette question est restée comme symbole et figure de l’homme historique qui, au long des générations, s’affronte lui-même en même temps qu’à la Parole de Dieu vivant dans le Christ Jésus (cf Jn 19, 37-38). Pour nous chrétiens il existe par dessus tout : LA VÉRITÉ.
En passant d’un concept à une personne, la vérité s’unifie et se simplifie, et cependant elle ne perd ni sa multiplicité ni son universalité, car cette personne est le Verbe de Dieu, et c’est le Sauveur du monde.

La conception biblique de la vérité est personnelle. Elle est, dira saint Paul : « La Parole de vérité, l’Évangile de votre salut » (Ep 1, 13). Saint Jean, à son tour, affirme que « la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ » (Jn 1, 17). Et Jésus lui-même confessera à ses disciples : « Je suis le chemin, la vérité et la Vie » (Jn 14, 6). Par sa mort et sa résurrection Jésus prononce la Parole définitive de la vérité, le salut par la croix.

Toute science et concept primordial de celle-ci procèdent de principes fondateurs (principes premiers) à partir desquels se construisent les concepts et la science elle-même. Quels sont les principes fondateurs de la vérité biblique ? P. Grelot les résume à trois, un de caractère théologique, l’autre littéraire et le troisième, historique. Ils seront l’objet de notre exposé.

1. Premier principe : L’objet formel de la vérité biblique est le salut de l’homme. Tout autre contenu n’est considéré que dans sa relation, plus ou moins grande, avec le salut. Dans la Bible, soit qu’il s’agisse d’un événement historique, d’une donnée scientifique ou d’un objet astronomique, on en parle dans la mesure où on y découvre Dieu, quelque chose qui parle de Dieu. Par exemple, l’attention de l’auteur sacré s’oriente non tant vers le fait historique de l’Exode, qu’à l’amour et à la puissance que Dieu a manifestés dans cette victoire d’Israël sur les Égyptiens. Le détail des chiffres, les noms propres de lieu ou de rois ne l’intéressent pas par eux-mêmes. L’auteur sacré n’est pas un historien, et il ne veut pas faire œuvre d’historien dans le sens du positivisme (*) moderne. L’inspiration a été accordée à l’auteur humain en vue d’un message déterminé qu’il a à communiquer, d’une révélation pour le salut de l’homme.

Que penser alors de la relation entre Bible et philosophie, ou sciences naturelles, ou histoire ?
a) Il est certain que la Bible ne cherche absolument pas à donner une explication rationnelle des choses, mais certaines réalités et valeurs y sont affirmées, même si elles ne tombent pas sous le sens et, malgré tout, elles illuminent d’une lumière particulière la nature profonde de l’expérience humaine : par exemple, le concept de Dieu comme absolu personnel, ou la relation de Dieu et du monde en termes de création. Ces concepts expriment la vérité biblique, non pas en tant que concepts philosophiques, mais plutôt en tant qu’ils concernent le salut de l’homme.

b) Pour les sciences, la conception physique du monde rapportée par les auteurs sacrés nous paraît totalement confuse, plus encore que la physique aristotélicienne elle-même. Cependant, les sciences (astronomie, paléontologie (*), biologie, etc…) sont en relation avec les mystères. Il est nécessaire, par conséquent, de distinguer pour ne pas créer d’équivoque. La vérité biblique concerne le mystère de la création mais Dieu et les auteurs inspirés laissent entière, et loin de leur intention, la question du mode de la création, des parties laissées aux causes secondes dans la production des effets dus à l’acte divin créateur, des étapes à travers lesquelles s’est déroulée l’histoire de la création, etc…

c) Avec l’histoire on exige une plus grande précision. Nous devons réprouver une conception positiviste de l’histoire, guidée par le principe : « Histoire vraie égale histoire exacte. » En réalité l’exactitude des détails, dans la connaissance historique, est subordonnée à la valeur particulière de cette expérience vivante dans laquelle ils s’intègrent, et qui constitue, avec les conséquences du fait, la vérité objective de l’histoire. Comme, en plus, l’objet de l’histoire est l’homme, l’étude historique réclame une bonne dose d’intuition psychologique et une sympathie compréhensive envers les hommes du passé, dont il faut revivre l’expérience par la pensée pour pouvoir la communiquer aux hommes de notre temps.

Grâce à ce qui précède, nous devons reconnaître que le dogme chrétien est essentiellement historique et qu’il est ancré dans l’histoire : il est donc impossible d’exclure l’histoire de la vérité biblique. Le point déterminant sera de discerner de quelle façon l’histoire y prend part.

(1) L’écriture considère l’histoire humaine exclusivement du point de vue des relations entre les hommes et Dieu. Les événements de la vie d’Israël et de l’Église primitive manifestent les actions de Dieu dans le temps. L’histoire humaine intéresse en tant qu’histoire sainte et, en tant que telle, elle est objet de la vérité biblique.

(2) Les auteurs sacrés jugent intentionnellement toute chose en fonction du dessein divin du salut qu’ils essaient d’évoquer. En réalité ils donnent peu de poids à la matérialité des faits et soulignent surtout leur relation avec le mystère du salut et avec ce qu’il signifie.

(3) Les jugements de valeur, au moins implicites, que les auteurs sacrés donnent sur les événements racontés, ne se réfèrent pas directement aux détails et, par conséquent, ceux-ci doivent être considérés dans l’ensemble de l’événement ou de l'expérience rapportés.

(4) Il est nécessaire d’avoir présent à l’esprit que la réflexion sur le sens de l’histoire suppose toujours la réalité des faits. Sans cette réalité historique on trahirait la nature de la vérité hébraïque et chrétienne.

2. Second principe : Pour accéder à la vérité biblique, la connaissance et le bon usage des genres littéraires sont indispensables. La vérité, communiquée par écrit, s’exprime et se manifeste par l’intermédiaire de genres et formes littéraires. Il est indispensable, pour capter la vérité biblique, de bien préciser le genre ou la forme littéraire d’un texte précis car chaque genre ou chaque forme à une qualité particulière de vérité. Le récit épique présente la vérité sous une forme différente de celle d’un texte lyrique, et celui-ci le fait sur un mode différent d’un écrit didactique. La vérité resplendit d’une lumière différente dans une parabole ou dans le récit d’un miracle.

En parlant de l’herméneutique biblique (*), nous décrirons, même brièvement, les genres et les unités littéraires de la Bible.

3. Troisième principe : La vérité biblique progresse au cours de l’histoire et arrive à son apogée et à sa plénitude en Jésus-Christ, chemin, vérité et vie. La vérité de l’Écriture n’est pas une vérité d’oracle, qui arrive entière et complète à l’homme inspiré en un moment de transe extatique, ni non plus l’œuvre d’un instant précis où Dieu infuse d’un seul coup sa vérité chez l’auteur sacré. Non, ces hommes méditent, à la lumière de Dieu, les faits, les paroles, les événements rendus féconds et illuminés par l’Esprit Saint et se servent d’une réflexion pluriséculaire. D’autre part, dans la Bible, Dieu dévoile son dessein, sa doctrine, comme le fait un père quand il dévoile les mystères de la vie à ses enfants. On peut constater, par-là, un progrès de la vérité révélée depuis les premières générations jusqu’à la fin du NT. Et non seulement dans le domaine scientifique, qui ne concerne pas directement le message, mais aussi dans le domaine dogmatique et moral. Dieu pousse à écrire certains, quelque mille ans avant le Christ, d’autres au commencement de l’ère chrétienne, mille ans après. Chacun écrit un chapitre de l’unique et grand livre dont Dieu, comme seul auteur, a tracé les grandes lignes de développement jusqu’à son accomplissement final.

L’écriture est le livre de la pédagogie divine et c’est la raison pour laquelle l’affirmation des vérités révélées s’intensifie à mesure que le temps passe. Dans l’AT, cependant, on ne trouve pas une base suffisante pour la théologie chrétienne. Jésus lui-même, dans sa vie terrestre, a voulu laisser dans l’ombre quelques points que seule la résurrection pouvait éclairer pleinement et que les apôtres ont compris plus tard, sous l’influence de l’Esprit Saint. Par exemple, le mystère du royaume dans sa relation avec l’Église ; le mystère du Messie qui devait souffrir et ainsi entrer dans sa gloire. Il ne s’agit pas de nouvelles vérités, mais de nouvelle lumière qui se projette sur les vérités déjà acquises.

Il y a aussi un progrès dans la vérité morale. L’AT n’est pas un livre d’histoires édifiantes, mais il montre au contraire les hommes tels qu’ils sont et non pas seulement comme ils devraient être. Face aux personnages qui ont un rôle dans l’histoire sainte, de l’AT ou du NT, on doit procéder avec discernement de l’esprit, puisqu’ils représentent, selon les cas, la fidélité authentique ou la conduite qu’on doit éviter. D’autre part, la révélation de la Loi de Perfection nous a été faite par le Christ (cf Mt 5, 48) en même temps que nous était donné l’Esprit Saint, grâce auquel la justice de la Loi peut se réaliser en nous (cf Rm 8, 3-11). Avant un tel moment, les commandements n’apparaissent jamais dans une situation parfaite, parce qu’ils restent extérieurs à l’homme (cf Rm 7, 1-13). Les garder dans son cœur (cf Dt 6, 6) est une grâce réservée aux temps de l’alliance nouvelle (cf Jr 31, 33). Certaines prescriptions de la Loi mosaïque ont été données « à cause de la dureté de cœur » (Mt19, 8) et Jésus devra les rectifier (cf Mt 5, 20-48), pour porter à leur achèvement la Loi et les Prophètes (cf Mt 5, 17-19). La vérité de l’Écriture est cependant le fruit de la totalité des textes sacrés.
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