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Chapitre 7

Méthodes d'interprétation biblique


Interpréter un texte c’est le faire parvenir vivant et parlant à l’homme contemporain. Quand il s’agit d’interpréter la Bible, l’Église qui en est dépositaire, nous donne quelques critères ou principes théologiques qui devront conduire une interprétation correcte. Outre ces principes théologiques, une méthode scientifique d’interprétation est également requise. L’exégèse catholique par elle-même n’exclut aucune méthode, mais celle qu’on adoptera devra être confrontée aux principes théologiques pour voir s’il y a compatibilité entre eux. Dans le cas où cette compatibilité n’existerait pas, pour appliquer la méthode l’exégète devra d’abord «la modifier », en l’adaptant aux besoins d’une herméneutique catholique.



I. Introduction.
II. Méthode exégétique diachronique.
III. Méthode exégétique synchronique.



APERÇUS:

- Peut-on interpréter les textes sacrés en découvrant leur véritable sens ? Une première lecture de la Bible nous montre que c’est un écrit difficile à comprendre et dans beaucoup de cas étranger à notre mentalité actuelle.

- La science a-t-elle quelque chose à dire en ce qui concerne l’interprétation de la Bible ? Étudiez ce chapitre et bien qu’il soit très technique, vous y trouverez une réponse satisfaisante.


MOTS CLEFS :

Méthode diachronique. Méthode synchronique



I. INTRODUCTION



L’histoire de l’exégèse montre ouvertement la pluralité de méthodes utilisées selon les époques historiques. Il est évident que dans le NT on utilise la méthode rabbinique d’interprétation dans quelques textes évangéliques et pauliniens. Les méthodes philosophiques et allégoriques, utilisées dans l’étude des textes profanes, ont servi aux Pères pour l’exégèse Biblique. Et ainsi, d’époque en époque, jusqu’à maintenant. Toutes les méthodes sont bonnes et utilisables pourvu qu’elles respectent la lettre et l’esprit du texte scripturaire. Les unes seront plus scientifiques, d’autres moins. Les unes s’appliqueront avec un plus grand respect à la lettre du texte pour en approfondir l’esprit, d’autres feront plus attention à l’esprit mais à partir du sens littéral et scientifique du texte. Chaque méthode apporte sa contribution spécifique à la compréhension de l’Écriture et chacune permet une réflexion de plus en plus grande de la foi des croyants. Aujourd’hui les méthodes utilisées se divisent en diachroniques (celles qui étudient le texte sacré dans son processus de formation) et synchroniques (celles qui étudient le texte sacré en tant que tel.)



II. MÉTHODE EXÉGÉTIQUE DIACHRONIQUE.


Méthode diachronique : c’est celle qui analyse les textes sacrés dans leur processus de formation



1. La critique textuelle.

La critique textuelle est la science qui essaie de reconstruire à partir des manuscrits disponibles, le texte original de l’Écriture Sainte. Jusqu’à la découverte de l’imprimerie, le texte biblique s’est transmis par des manuscrits. Les originaux se sont perdus ou ont été détruits, et il nous est resté les copies du texte original ou des traductions, certaines très anciennes. Les manuscrits que nous possédons actuellement vont du IIe siècle ap JC au XVIe siècle. Les principaux sont constitués par les papyrus du début du IIIe siècle et les grands codex du IVe siècle. De plus on trouve quelques témoignages indirects dans les œuvres des Pères.

La critique textuelle est nécessaire pour corriger d’éventuelles transformations accidentelles ou délibérées de la part des copistes. Par exemple :

- 1S 2, 2 : « Il n’y a pas de Saint comparable au Seigneur (il n’y en a pas d’autre en dehors de toi), il n’y a pas de roc comme notre Dieu ». La phrase entre parenthèses rompt le parallélisme poétique que forment les deux autres. Dans les LXX, cette phrase est ajoutée à la fin du verset. Un commentateur a prétendu donner plus de force aux affirmations sur l’unité de Yahvé.

- Mc 9, 29. La phrase «cette espèce ne peut être expulsée par aucun moyen, si ce n’est par la prière », se trouve amplifiée dans la majorité des manuscrits avec l’adjonction de «et le jeûne ». Il s’agit d’une addition qui révèle l’importance accordée à la pratique du jeûne par l’Église primitive.

2. La critique littéraire.

a) les sources littéraires.

La critique littéraire analyse les textes bibliques pour détecter et reconstituer d’éventuelles sources utilisées dans la formation de la Sainte Écriture, mettant en évidence les insistances théologiques et la vie ambiante. Les buts de la critique littéraire sont multiples : dans le cas des synoptiques (*), éclairer les relations d’interdépendance entre les Évangiles et reconstituer les sources ; dans le quatrième Évangile, mettre en évidence les étapes de la rédaction (nouvelle élaboration de sources, strates, etc…) ; dans les épîtres pauliniennes, le caractère de compilation ou non, de certaines épîtres ou la dépendance littéraire des épîtres les plus tardives (par exemple Éphésiens et Colossiens) par rapport aux premières (par exemple Galates et Romains).

Par exemple, dans le Pentateuque, se trouvent mélangées ou interposées, quatre sources littéraires : la source yahviste, l’élohiste, la deutéronomiste et la sacerdotale. Gn 1-2, 4a, appartient à la sacerdotale tandis que Gn 2, 4b-3, 25 est yahviste.

Dans le NT nous trouvons du matériel de triple tradition, par exemple la parabole du semeur (Mc 4, 1-9 et ses parallèles) ; de double tradition, commune à Marc et à Matthieu (Mc 7, 1-13 et Mt 15, 1-9) ou commune à Marc et à Matthieu (Mc 7, 1-13 et Mt 15, 1-9) ou commun à Marc et à Luc (Mc 9, 38-40 et Lc 9, 49-50) et la source «Q» commune à Matthieu et à Luc (Mt 11, 25-27 et Lc 10, 21-22). Nous trouvons même des sources propres à chaque évangéliste, par exemple Mc 4, 2-29 ; Mt 18, 23-33 et Lc 19, 41-44.

b). Les genres littéraires.

En plus de l’analyse des sources, la critique littéraire comprend l’analyse des genres ou formes littéraires de chaque texte. Nous nous limiterons ici à une brève présentation des genres littéraires les plus importants de l’AT comme du NT.

A. ANCIEN TESTAMENT.

1. Genre historique : narration, sous diverses formes littéraires, d’événements du passé proche ou lointain, en tant qu’ils constituent le fondement et l’identité d’une famille, d’une tribu, d’un peuple ou d’une nation. Ce genre se trouve dans le Pentateuque, le livre de Josué, celui des Juges, les deux livres des Rois, les deux livres des Chroniques, celui d’Esdras et de Néhémie et les deux livres des Maccabées.

2. Genre juridique : ensemble de matériel légal, de diverses nuances et sous différentes formulations qui règlent les différents aspects de la vie d’une ville ou d’une nation. On le trouve surtout dans le Pentateuque, en particulier dans l’Exode, à partir du chapitre 20, et dans tout le Lévitique, mais des parties juridiques se trouvent aussi dans d’autres livres historiques.

3. Genre prophétique : narration, souvent poétique, d’expériences de Dieu, sous forme de révélations et de visions, par lesquelles Dieu manifeste sa domination sur les hommes et les peuples en jugeant leurs actes et les invitant à la conversion et à l’espérance. Par exemple, les différents livres prophétiques de l’AT.

4. Genre relatif à la Sagesse : textes poétiques par lesquels on nous transmet la réflexion religieuse d’un individu ou d’un peuple au sujet des grandes questions de la vie humaine et de son comportement existentiel : réflexion qui culmine dans la prière ou la psalmodie. A ce genre appartiennent les Psaumes, Qohelet, Siracide, Job, Le Cantique des Cantiques, le Livre de la Sagesse.

5. Genre didactique : créations littéraires, à résonances historiques, qui prétendent édifier leurs lecteurs par leur enseignement, soit religieux soit moral. Appartiennent au genre didactique Job, Ruth, Esther, Jonas, Tobie, Judith.

6. Genre apocalyptique : écrits qui, par l’intermédiaire de symboles et d’images audacieuses et catastrophiques, s’adressent à des lecteurs en période de crise, pour leur redonner force et consolation dans le présent et espérance dans le futur. Dans l’AT on en trouve dans Daniel et Ezéchiel.

B. NOUVEAU TESTAMENT.

Parmi les écrits du NT on trouve les genres littéraires suivants : Évangiles, Actes des Apôtres, Épîtres et Apocalypse. Les Épîtres et l’Apocalypse existaient déjà comme genres littéraires et ont été adoptées par les écrivains du NT, par contre, les Évangiles et les Actes des Apôtres sont des créations chrétiennes.

(1). Évangile : L’Évangile est une proclamation, basée sur la tradition apostolique et en forme de narration historique, des paroles et des actes de Jésus de Nazareth, crus et proclamés comme sauveurs pour tout homme en sa propre situation concrète.

(2). Actes des Apôtres : présentons les traits fondamentaux de ce genre :
1 - Une narration historico-théologique,
2 - ayant pour protagoniste l’Esprit Saint,
3 - qui guide la progression et la diffusion de la Parole Divine jusqu’aux confins de la terre,
4 - par l’intermédiaire des apôtres et disciples de Jésus-Christ,
5 - en utilisant des traditions orales et écrites existantes dans les premières communautés chrétiennes.

(3). Épîtres : en général, les Épîtres du NT suivent la formule hellénistique du genre :
1) Nom de l’expéditeur, du destinataire, formule de salutation.
2) Avant de rentrer dans le vif du sujet, on place une action de grâce à Dieu.
3) La lettre se termine par des salutations, ou plus fréquemment, des souhaits de bénédiction de la main de celui qui représente celui qui signe à la place de l’expéditeur de la lettre.

(4). Apocalypse : évolution du genre prophétique par son orientation de confiance dans l’avenir, pénétré d’une vision de Sagesse, qui s’exprime par l’intermédiaire de symbole audacieux qui parlent de catastrophes et d’événements ultimes, afin de soutenir et de donner confiance aux croyants dans des périodes de crise et de persécutions.

3. Critique des traditions.

L’étude des textes bibliques, surtout des Évangiles synoptiques permettent d’affirmer qu’avant la fixation écrite de quelques textes, des récits sur Jésus, des paroles de Jésus, des formules de foi, etc… étaient transmises oralement. La critique des traditions essaie de détecter la préhistoire orale de tels textes. Elle cherche à découvrir les modifications que les textes, originellement en circulation sous la forme de péricopes isolées, ont subies au cours de la transmission orale ; de même, elle prétend découvrir le groupe transmetteur responsable d’éventuelles nouvelles élaborations déjà au stade de la tradition orale. Ce même processus s’applique aussi aux traditions orales et écrites de l’AT.

Il est évident, par exemple, que la multiplication des pains a du être initialement un récit très simple : Jésus, dans le désert a nourri une grande foule, avec quelques pains et quelques poissons. La tradition liturgique a établi une relation entre le miracle et l’institution de l’Eucharistie. Ceci se voit clairement en comparant le récit de la multiplication des pains et les gestes de la Cène du Seigneur avec ses disciples (Mt 26, 26 ; Mc 14, 22 ; Lc 22, 19). De cette façon le récit primitif a été l’objet d’un premier développement grâce à la tradition liturgique.

4. Critique de la rédaction.

L’analyse des écrits bibliques selon la critique ou histoire de la rédaction se propose de reconstituer le processus de rédaction et le rôle du rédacteur. En particulier, on doit étudier de quelle façon le texte a acquis sa forme définitive, quels étaient les matériaux à la disposition du rédacteur ; quel point de vue l’a guidé dans la sélection, le remaniement et la systématisation des matériaux, quels éléments il ajoute, à quels lecteurs il s’adresse.

C’est non seulement pour les Évangiles, mais encore pour tous les écrits de l’AT et du NT que vaut l’affirmation de ce que le rédacteur est compilateur, écrivain, théologien et « évangéliste ». Il recueille et sélectionne le matériel nécessaire, le re-élabore au point de vue stylistique et thématique, le systématise et le distribue et, parfois l’intègre avec des additions plus ou moins longues. Ce travail si complexe crée un nouveau texte au caractère unitaire et personnel.

Si nous en restons à l’exemple de la multiplication des pains, la rédaction de Marc souligne l’incompréhension des disciples (Mc 6, 62) et la portée christologique de l’événement (Mt 6, 34). De son côté, la rédaction de Matthieu souligne la compassion de Jésus pour la foule, comme Marc, mais omet la mention des brebis et du berger et abrège le dialogue entre Jésus et les Apôtres. Finalement, selon la rédaction de Luc, le miracle apparaît comme un signe du Royaume de Dieu (Lc 9, 11). Nous nous trouvons dans l’ultime étape qui correspond au texte canonique de la multiplication des pains et des poissons.

5. Critique historique.

La lecture d’un texte sous l’angle historique a pour objet d’unir les affirmations d’un texte et la réalité historique. Elle essaie d’éclaircir la relation entre texte et événement, le passage du fait historique au texte écrit. Dans la recherche des faits historiques on interroge les textes bibliques pour savoir, par rapport aux événements exposés dans le texte, ce qui s’est réellement passé. N’étant pas d’abord un texte de caractère historique mais plutôt un témoignage de foi, la Bible ne fournit pas toutes les informations qu’un historien désirerait. Cependant, ces affirmations permettent d’esquisser une image historiquement certaine des faits ; dans le cas du NT, on a également une description de Jésus et de l’Église dans ses origines. Comment est-il possible de remonter du texte à l’histoire avec un procédé dont la méthodologie est correcte ?

Depuis l’origine même des Évangiles canoniques on a toujours cru sans aucun doute et affirmé que l’histoire de Jésus s’y exprime. Les Évangiles, par conséquent, ont été considérés comme historiques. Les divergences entre les évangélistes trouvaient leurs solutions par d’autres voies, mais ne mettant absolument pas en doute la vérité historique des textes sacrés. Pendant de nombreux siècles on en est tranquillement resté sur cette croyance.

Avec le siècle des lumières (*) (illuminisme rationaliste) on est passé d’une histoire sainte à une véritable histoire de Jésus, préoccupée des problèmes que pose l’historiographie. La recherche s’est alors engagée sur deux voies :

a) Reconstruction psychologique d’une autre histoire de Jésus libérée de toute interprétation et dénommée fidéiste (*). Jésus devient l’image de son historien : maître des lumières, génie romantique, philosophe kantien, moraliste puritain, révolutionnaire social ou prophète fallacieux de la proclamation de la fin des temps.

b) Situation des Évangiles à l’intérieur du monde des idées religieuses, fréquemment qualifiées de mythologiques. L’événement historique est affaibli ou nié au bénéfice de l’histoire des idées et des sujets mythiques qui se dégradent continuellement.

Les deux voies d’accès au Jésus de l’histoire par l’intermédiaire des Évangiles se basent sur une conception positiviste de l’histoire, dont le postulat fondamental : « l’histoire comme perception du fait tel qu’il est » pêche par épistémologie (*) ingénue et naïve. Cette manière de comprendre l’histoire veut se passer complètement de la vision de foi des événements racontés dans les Évangiles. Si, comme nous l’avons vu plus haut, nous tenons compte du fait que les actes de la vie de Jésus sont racontés après leur interprétation à la lumière de la foi, nous comprendrons à quel point cette vision est dépourvue de la saine et nécessaire critique dont on a besoin pour comprendre vraiment la signification des écrits évangéliques.

Il faut un nouveau concept d’objectivité historique. Celle-ci ne signifie pas la reproduction ou reconstruction parfaite et fidèle du fait dans sa seule matérialité. Elle consiste, plutôt, à capter l’événement dans l’unité qu’il forme avec la signification perçue par la personne qui l’a vécu, à rentrer dans les perspectives de la personne qui le réalise pour en juger dans le cadre d’un projet de vie. Cette conception historiographique comporte des postulats :

(1) L’affinité et la « sympathie » avec le fait par l’intermédiaire du texte qui abolit la distance culturelle qui sépare l’historien du texte.

(2) La distanciation temporelle. L’histoire a besoin de prendre du recul pour pouvoir comparer et passer au crible les multiples documents sur un événement déterminé. Il faut aussi que l’historien puisse insérer ledit événement dans la trame d’autres événements et mettre ainsi en évidence son poids et sa valeur historiques.

(3) Tout événement historique implique que son évocation soit fondée sur les faits qui se transmettent. L’historien doit percevoir cette capacité évocatrice des faits dans le texte écrit et, de son côté, doit être capable de les évoquer pour ses lecteurs. L'évocation n'est pas un rajout tardif à l’histoire véritable, mais constitue au contraire une réalité unie au fait et à son sens.

(4) Derrière chaque parole ou acte de Jésus se cache une revendication d’autorité divine. La tâche de l’historien sera de rechercher le Jésus de l’histoire dans son intégrité humano-divine.

Dans cette conception de l’histoire la condition de croyant n’est pas défavorable et n’a pas non plus à être laissée de côté à l’heure de faire de l’histoire sur Jésus. C’est plutôt une condition favorable car elle situe l’historien dans la perspective dans laquelle ont été écrits les Évangiles, la perspective de la foi. La foi ne l’exempte pas des exigences scientifiques, mais la science historique sur Jésus trouve son authentique statut herméneutique dans la foi. N’importe quel historien non chrétien peut aborder le Jésus de l’histoire et son histoire de Jésus pourra offrir des éléments de valeur, mais il n’arrivera jamais à la réalité historique intégrale de Jésus car il lui manquera la dimension herméneutique de la foi qui lui permettrait d’entrevoir la parole ou l’acte de Jésus dans la profondeur de son sens pour Jésus lui-même et la communauté croyante d’après Pâques.
Si l’on considère du point de vue historique la multiplication des pains, on doit faire le test d’authenticité historique, en appliquant les critères de l’historicité, valables pour l’historiographie actuelle : témoignage multiple, discontinuité avec l’ambiance de l’environnement ou avec la communauté primitive, conformité de l’épisode avec l’espérance messianique du temps de Jésus, etc… L’application de tels critères donne garantie et assurance sur le fait historique de la multiplication des pains et des poissons.



III. MÉTHODE EXÉGÉTIQUE SYNCHRONIQUE



Le document de la Commission Biblique Pontificale, de l’année 1993, intitulé : « Interprétation de la Bible dans l’Église », expose trois méthodes synchroniques et une série d’approches de la Bible dans une perspective particulière, comme peut l’être la tradition, les sciences humaines, etc…


Méthode synchronique : c’est celle qui analyse le texte, non pas dans sa phrase de formation, mais au contraire à l’état définitif, et, s’agissant de la Bible, canonique



1. Méthodes synchroniques.

Le document du Vatican présente trois méthodes synchroniques : l’analyse rhétorique, l’analyse narrative et l’analyse sémiotique (*).

a) L’analyse rhétorique se limite à analyser les discours qui se trouvent dans la Bible. Ces discours sont analysés selon les parties du discours dans la rhétorique classique : exorde ou entrée, narration, démonstration, réfutation et épilogue. Avec cette méthode on peut analyser les discours de Jésus dans les Évangiles ou les discours qui se trouvent dispersés au long des Actes des Apôtres. La méthode peut être appliquée de la même façon à l’Ancien Testament, par exemple, aux discours de Moïse dans le Deutéronome, aux discours de la Sagesse dans les livres sapientiaux, ou aux discours de divers personnages dans les livres historiques.

b) L’analyse narrative étudie uniquement les textes narratifs de la Bible, c’est-à-dire une grande majorité. En considérant les éléments propres d’un récit, biblique ou non, l’analyse cherche à révéler qu’une compréhension nouvelle et originale du texte peut être perçue à travers tel ou tel élément. Quels sont les éléments principaux de l’analyse narrative ?

(1) Le protagoniste, l’antagoniste et les comparses.

(2) L’analyse du processus narratif, avec le début de l’action, le nœud et le dénouement.

(3) Les circonstances du récit : le lieu, le temps et l’ordre de déroulement de l’action.

(4) S’agissant d’un récit biblique, qui est l’histoire du salut et qui est ordonné au salut des hommes, on doit passer de l’exposé au message. Quel est le message perçu par l’analyse des éléments indiqués ci-dessus ? Prenons, par exemple, Lc 23, 2-25, récit que nous pourrions intituler le Jugement de Jésus. L’analyse narrative met en évidence, de manière vigoureuse, la magnifique cohérence de Jésus (protagoniste) et la terrible incohérence des antagonistes et comparses : les scribes et les pharisiens, Pilate, Hérode, la foule.

c). L’analyse sémiotique part de deux présupposés :

(1) Lire et interpréter un texte c’est découvrir et établir les différentes relations existant entre les éléments du même texte.

(2) Les relations fondamentales de n’importe quel texte sont l’opposition ou l’équivalence. L’opposition se fonde surtout sur les termes antithétiques : mort/vie, froid/chaleur, lumière/obscurité, maladie/guérison, ancien/neuf, unir/séparer, etc… L’équivalence se trouve principalement dans les synonymes : vouloir/aimer, souffler/encourager, temple/sanctuaire. Opposition ou équivalence se basent surtout sur le parallélisme et constituent la grille la plus simple de l’analyse sémiotique, qui est le modèle binaire. Le parallélisme est la correspondance qui se trouve entre un verset et un autre (par exemple Pr. 18, 7 « La bouche du sot est sa routine, et ses lèvres un piège pour sa vie »), un des termes d’un verset et l’un des termes d’un autre (par exemple Pr. 16, 3 « Recommande tes œuvres à Yachting, et tes projets se réaliseront »).

Prenons comme exemple Mc 7, 32-37. On identifie d’abord les répétitions : sourd/muet, parler/ne pas parler, oreilles/langue, s’ouvrir/dire… ; ensuite on divise le texte en deux phases parallèles. Le sourd-muet avant le miracle (phase A) et après le miracle (phase B). En troisième lieu on établit les équivalences entre les deux phases surdité/audition, mutisme/parole ; oreilles fermées/oreilles ouvertes, non-communication/communication ; langue liée/langue déliée. Finalement on organise le récit en séquences parallèles : (1) Situation de non-parole (v.32)- situation de parole (v.35) ; (2) demande positive : supplique (v.32) demande négative interdiction (v.36) ; (3) transgression (v.33)-transgression (v.36) ; (4) appel créateur(v.34) : appel à la reconnaissance (v.37).

2. Quelques approches.

Pour avoir une vision d’ensemble sur les méthodes exégétiques synchroniques, je me limite à indiquer maintenant les diverses approches que présente le document du Vatican.

a). Approches basées sur la tradition : l’approche canonique et celle basée sur les traditions interprétatives juives.

b). Approches basées sur les sciences humaines : approche sociologique, approche anthropologique culturelle, approche psychologique et psychanalytique.

c). Approches basées sur le contexte historique : approche libérationiste, approche féministe.

d). Lecture fondamentaliste de la Bible.

(Si vous désirez approfondir la connaissance de ces diverses approches, vous pouvez lire le document de la Commission Biblique Pontificale.).
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