« Or, il se trouve que je sais, par extraordinaire, la vérité sur la plus disputée des choses et le plus ancien des procès : Dieu existe, je l’ai rencontré ».
(André FROSSARD, Dieu existe, je l’ai rencontré. Fayard, Paris 1969, p 10)
Tout catholique est, en tant que tel, apôtre. Il a reçu de Dieu la mission d'annoncer au prochain que Dieu existe et que Dieu aime. Pour remplir avec succès cette mission, il est nécessaire que le catholique sache exposer avec conviction cette première vérité de sa foi : Dieu existe. L'existence de Dieu est une vérité que la raison humaine peut saisir, même sans l'aide des Saintes Écritures et de l'enseignement de l'Église.
Cependant, il convient que le catholique, avant de commencer sa mission de conquérant des âmes, connaisse ce qu'enseignent l'Écriture Sainte, les Pères de l'Église et le Magistère en ce qui concerne la possibilité pour la raison humaine d'arriver à la certitude que Dieu existe. Pour cette raison, ce chapitre est consacré à la pensée catholique au sujet de l'existence de Dieu.
I. L'enseignement de l'Écriture Sainte
II. L'enseignement des Saints Pères
III. L'enseignement du Magistère de l’Église
Pistes de réflexion
- Savez-vous que l'homme, avec son intelligence, peut arriver à la certitude de l’existence de Dieu ? Réfléchissez au fait que dans la culture contemporaine, "pensée négativiste" selon laquelle l'homme ne peut rien dire de certain sur l'existence de Dieu, est à la mode.
- Savez-vous que la Bible enseigne que Dieu a laissé beaucoup de traces de sa présence et que l'homme qui ne croit pas peut arriver à Dieu en étudiant ces traces ? Réfléchissez sur le fait que l'existence de Dieu est le problème le plus important pour la vie de tout homme.
- Savez-vous que beaucoup de chrétiens pensent, de façon erronée, que seul celui qui a la foi peut savoir que Dieu existe ? Réfléchissez sur le fait que l'Église n'a jamais enseigné que l'existence de Dieu est une vérité que seul peut connaître celui qui a la foi.
Mots clés - Foi et raison - Dieu existe
I. L'enseignement de la Sainte Écriture 1. Le fait que Dieu existe est affirmé en premier lieu à chaque page de la Sainte Écriture, laquelle est pour le catholique, Parole de Dieu. La Bible enseigne qu'on peut aussi arriver à connaître son existence avec les seules forces de raison humaine, et quiconque ose le nier est qualifié “d'insensé ”. Ainsi, lisons-nous au premier verset du Psaume 14 "L'insensé" a dit dans son cœur : "plus de Dieu" ; également au premier verset du psaume 53 est écrit : "L’insensé" a dit dans son cœur : "plus de Dieu"..
2. Pour le fameux "Dictionnaire Biblique" de John Mekenzie, dans l'Ancien Testament, l'insensé est "une personne sans intelligence, coupable devant Dieu parce qu'elle refuse sciemment de reconnaître sa présence et son action (cf : mot "insensé").
3. Tous ceux qui nient l'existence de Dieu sont également considérés comme insensés dans le "Livre de la Sagesse" : "Oui, foncièrement vains tous les hommes qui ont ignoré Dieu, et qui, par les biens visibles, n'ont pas été capables de connaître celui qui est, et n'ont pas reconnu l'Artisan en considérant les œuvres" (Sg 13,1).
4. Dans cet important passage biblique est indiqué le chemin que la raison humaine, même sans le secours de la révélation divine, peut et doit parcourir pour découvrir l'existence de Dieu : partir de la considération des choses créées pour arriver à leur Créateur ; de l'analyse des perfections de la création à la contemplation des perfections du Créateur.
5. Pour saint Paul, les païens aussi sont capables de comprendre que Dieu existe. L'Apôtre des gentils écrit que : "Ce que l'on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste ; Dieu le leur a manifesté. En effet, depuis la création du monde, ses perfections invisibles, son éternelle puissance et sa divinité, sont visibles dans ses œuvres pour l'intelligence" (Rm 1, 19-20).
6. Si on peut connaître Dieu naturellement au moyen de la raison humaine, tous ceux qui nient son existence par leur faute... "sont inexcusables, puisque, connaissant Dieu, ils ne lui ont rendu ni la gloire, ni l'action de grâce qui reviennent à Dieu ; au contraire, ils se sont fourvoyés dans leurs vains raisonnements et leur cœur insensé est devenu la proie des ténèbres" (Rm 1, 21).
7. Le catholique, fortifié par la pensée de saint Paul, n'apprécie pas culturellement les philosophies qui nient l'existence de Dieu. Évidemment, tout catholique doit aimer ceux qui se déclarent athées, prier et lutter pour que leur esprit s'ouvre à la lumière de la foi et qu'ils se convertissent. Mais il garde la certitude que sur les questions importantes, - Dieu, l'immortalité de l'âme, la nature de l'homme, le sens de la vie, les choix moraux -, la pensée athée n'a rien à apprendre à celui qui croit.
8. Aujourd'hui, malheureusement, cette ferme conviction va jusqu'à susciter un malaise chez beaucoup de croyants. Des personnalités, des universitaires qui se sont illustrées dans divers domaines de l'activité humaine, parfois de façon insigne, ne manquent pas de manifester leur incroyance avec une certitude cassante : Dieu n'existe pas, affirment-ils. Face à de telles opinions, beaucoup de catholiques se sentent désarmés et se réfugient dans un relativisme défensif : à chacun sa façon de penser, qui mérite l'estime et le respect de toutes manières, même si on ne la partage pas. En matière de foi, cette attitude nous paraît erronée. Le Cardinal Giacomo Biffi affirme : "Nous ne devons pas nous préoccuper outre mesure de ce que disent sur ces questions importantes des hommes célèbres, prix Nobel, athlètes ou chanteurs parce que sur ces sujets, ils peuvent être analphabètes" (L'Avvenire, 18 avril 1997).
9. En conclusion, les Saintes Écritures nous enseignent que Dieu existe sûrement, et tout homme, même celui qui ne croit pas, peut aller avec sa raison jusqu'au Créateur, en contemplant les perfections de son œuvre créée.
II. L'enseignement des Saints Pères 10. Depuis l'antiquité chrétienne, on considère comme "Père de l'Église" celui qui, en enseignant le contenu de la foi, engendrait des fils spirituels, c'est-à-dire, de nouveaux croyants. Saint Paul écrit : "En effet, quand vous auriez dix mille pédagogues en Christ, vous n'avez pas plusieurs pères. C'est moi qui, par l'Évangile, vous ai engendrés en Jésus-Christ" (1 Co 4, 15). Dans ce qui suit, nous exposerons la pensée de quelques Pères de l'Église. Il convient que les catholiques, surtout les militants, connaissent le contenu de cette pensée pour pouvoir réaliser leur œuvre d'évangélisation.
11. Clément d'Alexandrie (Athènes, 150-212 environ), homme de grande culture, converti dans sa jeunesse, père de la philosophie chrétienne, directeur d'une des meilleures écoles de théologie, celle d'Alexandrie, écrivait : "La Divine Providence se manifeste à la simple vue des choses visibles, toutes créées avec art et sagesse, et qui se développent dans l'ordre et se manifestent dans l'ordre" (Stromata 5 p.69).
12. Tertullien (Carthagène 160-220), le premier grand théologien de l'Église latine, adversaire intrépide de l'hérésie agnostique, adhéra malheureusement à l'hérésie montaniste. Il écrivit dans son célèbre Apologeticus « [¼] et voici la plus grande faute de ceux qui ne veulent pas connaître celui qu'ils ne peuvent ignorer. Voulez-vous une confirmation de ses œuvres si nombreuses et merveilleuses, qui nous maintiennent dans l'être, nous soutiennent, nous recréent, et même nous terrorisent ? » (L'Apologetico, Paoline, Roma 1950 p.104).
13. Lactance (Numidie, autour de 250 - Trèves, autour de 325), considéré par saint Jérôme comme l'homme le plus cultivé de son temps, précepteur du fils de l'empereur Constantin, écrivait dans le "liber de vita beata" : "Nous pouvons connaître Dieu par les yeux ou par tout autre sens fragile du corps, mais nous devons le regarder avec les yeux de l'esprit en voyant ses œuvres splendides et merveilleuses" (9 PL 6,764).
14. Saint Augustin (350-430), un des plus grands penseurs de tous les temps, écrivait : "Interroge la beauté de la terre, de la mer, de l'air impalpable et répandu partout ; interroge la beauté du ciel... interroge toutes ces réalités. Toutes te répondront : regarde-nous et observe comme nous sommes belles. Leur beauté est comme un hymne de louange. Or, ces créatures, si belles et si changeantes qui les a créées, sinon quelqu'un qui est beau de manière immuable ? (Sermo 241).
15. En ce qui concerne l'existence de Dieu, la pensée catholique nous offre une seconde donnée : les Pères de l'Église enseignent que les réalités visibles sont un signe qui renvoie au Dieu invisible. A ce propos, l'exhortation de saint Augustin à interroger la création apparaît comme une invitation explicite à nous interroger sur la cause, la raison d'être de la création - c'est la tâche de la philosophie - pour arriver à affirmer l'existence d'un Créateur.
16. Le catholique retient comme un trésor la doctrine des Pères de l'Église et l'expose aussi à ses frères dans la foi, qui tiennent des positions similaires à la pensée nihiliste d'après laquelle la raison humaine ne peut rien affirmer avec certitude sur Dieu.
III. L'enseignement du magistère ecclésiastique 17. La constitution Dei Filius, approuvée par le Concile Vatican I (1869-1870) dit ceci : "Notre Sainte Mère l'Église affirme et enseigne que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude à la lumière naturelle de la raison humaine à travers les choses créées".
18. Cette vérité est si fondamentale pour le catholique que l'excommunication est prévue à l'encontre de ceux qui la contestent : "Si quelqu'un dit que le Dieu un et véritable, notre Créateur et Seigneur, ne peut être connu avec certitude à la lumière naturelle de la raison humaine à travers les choses créées, qu'il soit anathème". "Anathème" équivaut ici à "excommunié".
19. En affirmant que la raison humaine en se basant sur ses capacités, peut arriver à la certitude intellectuelle de l'existence de Dieu, le Concile ne prétend pas pour autant soutenir que c'est une tâche facile. Et il ne prétend pas dire non plus que tous les hommes, en réalité, arrivent avec la seule raison à la certitude de l'existence de Dieu ; le Concile se limite à affirmer seulement le pouvoir de la raison.
20. Dans son serment antimoderniste de 1909, saint Pie X enseigne ceci : "Avant tout, nous professons que Dieu, principe et fin de toutes choses, peut être connu avec certitude et pour cela, démontré à la lumière de la raison naturelle à travers les choses créées (cf. Rm 1, 20), c'est-à-dire, à travers les choses visibles de la création, de la même façon qu'on peut remonter à la cause à travers ses effets".
21. Pie XII écrit dans son encyclique "Humani Generis" du 12 août 1950 : "Tout le monde sait bien à quel point l'Église estime la valeur de la raison humaine, dont la tâche est de démontrer avec certitude l'existence d'un seul Dieu personnel".
22. Le Concile Vatican II (1962-1965) reprendra les enseignements du Magistère et les confirmera ultérieurement : "Dieu, qui crée et conserve toutes choses par le Verbe, donne aux hommes dans les choses créées un témoignage incessant sur Lui-même (Dei Verbum, 3).
23. Et plus loin : "Le Saint Synode professe que l'homme peut connaître Dieu avec certitude par la raison naturelle, au moyen des choses créées" (Dei Verbum, 6).
24. Paul VI aussi, dans une de ses catéchèses du mercredi, enseignait ceci : "Comment fait-on, comment fait-on pour connaître Dieu ? C'est la grande question qui tourmente l'esprit contemporain [¼]. Il faudrait donc que nous renoncions à cette conquête ? L'athéisme contemporain répond : nous devons y renoncer [¼] par contre, l'Église ne renonce pas à la conquête de Dieu. Disons qu'elle ne refuse pas à la raison humaine, la capacité d'arriver à la connaissance de Dieu" (27 novembre 1968).
25. En ce qui concerne l'existence de Dieu, la pensée catholique nous offre une troisième donnée : l'enseignement des Conciles et des Papes confirme que la raison humaine est capable d'arriver à la certitude intellectuelle de l'existence de Dieu, en partant de la réflexion sur les choses créées.
26. Le catholique, prenant en compte son combat apologétique et se rappelant cet enseignement de l'Église, constate, une fois de plus, que se manifeste cet étrange phénomène que certains appellent "l'hétérogenèse" des fins". Il se rappelle que l'époque moderne est née à partir du dogme du siècle des lumières de la toute puissance de la raison, considérée comme étant capable de vaincre les superstitions religieuses et d'écarter définitivement tout Credo, par conséquent le catholicisme aussi, considéré comme dogmatique, et pour cela, irrationnel. Après deux siècles de combat contre la religion, l'époque contemporaine, face à ses échecs colossaux, a fini par nier la raison et affirmer une pensée faible et relativiste. Seule l'Église catholique et la culture engendrée par la foi, défendent la dignité et le pouvoir de la droite raison.
27. Nous avons exposé les points fondamentaux de la pensée catholique sur l'existence de Dieu. Évidemment, les certitudes que nous avons rappelées n'ont pas de valeurs pour l'incroyant, parce qu'elles tirent leur origine de l'Écriture Sainte, de l'enseignement des Pères et de celui du Magistère. Cependant, il nous a semblé utile de les présenter pour deux raisons :
- parce que nombreux sont les catholiques qui, à ce sujet, ont des idées confuses, souvent proches précisément de la pensée nihiliste ;
- parce que toute réfutation des positions contraires à la foi, mission indispensable au catholique, présuppose une connaissance, au moins élémentaire, des fondements de ses propres convictions.
28. Évidemment, le catholique possède d'excellents instruments pour démontrer le fondement de ses convictions même auprès d'un incroyant. Pour démontrer que Dieu existe, il se servira du pouvoir de la raison, qui est commune et aux croyants et aux incroyants.