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Chapitre 3

Dieu, le mal, la liberté



« Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples, vous connaîtrez alors la vérité et la vérité fera de vous des hommes libres » (Jn 8, 31)



Il y a deux arguments que l'on utilise davantage pour nier l'existence de Dieu : la présence du mal dans le monde et le manque supposé de liberté auquel l'homme serait assujetti si Dieu existait. Il s'agit d'arguments profonds, qui maintiennent loin de Dieu beaucoup de gens y compris des hommes de valeur. Le catholique doit savoir proposer une solution qui surmonte ces obstacles, en montrant que Dieu ne supprime pas la liberté de l'homme et que ce n'est pas du mal que dépend l'explication ultime de la vie humaine.




I. Le problème
II. Dieu et le mal
III. Dieu et la liberté




Pistes de réflexion

- La présence du mal dans la vie de l'homme, surtout si ce sont les innocents qui en sont les victimes, peut-elle pousser au désespoir ? Réfléchissez sur le fait que Dieu ne peut être la cause du mal moral, du péché.

- Pour vous, qu'est-ce que la liberté ? La présence de Dieu peut-elle menacer votre liberté ?

- Quelle différence y a-t-il entre le péché (mal moral) et le mal physique, la souffrance, la maladie, la mort ? Quel est, pour Dieu, le plus grave ?




Mots clés

- Le péché - Le mal - La liberté





I. Le problème


1. Parmi les diverses raisons qui mènent à l'athéisme et que nous avons mentionnées au chapitre précédent, il y en a deux qui méritent une réflexion plus approfondie. Nous faisons remarquer également ici que nous sommes obligés de procéder à des simplifications qui pourraient paraître téméraires.

2. La première des raisons qui poussent certains à nier l'existence de Dieu, c'est la présence du mal dans le monde.

3. Pourquoi, nous demandons-nous, si Dieu est infiniment et suprêmement bon, permet-il que dans le monde se commette le mal ? Pourquoi tolère-t-il la souffrance des innocents, pourquoi n'empêche-t-il pas les maladies et n'arrête-t-il pas les désordres de la nature (tremblements de terre, inondations, éruptions volcaniques, etc), qui sèment la mort et la désolation et affectent indifféremment les bons et les méchants ? Pourquoi permet-il que se déchaînent les guerres et toutes sortes de violences qui provoquent des dégâts effroyables et causent d'atroces souffrances même aux innocents ?

4. La seconde des raisons qui poussent certains à nier l'existence de Dieu, c'est l'incompatibilité supposée entre la liberté de l'homme et la prescience de Dieu.

5. Si Dieu a prévu le devenir de toutes choses, si Dieu sait, avant que j'agisse, comment je vais me comporter, on déduit alors que je ne suis pas réellement un homme libre. En effet, Dieu ne peut se tromper, donc ce qu'il sait doit arriver nécessairement. Mais si cela doit arriver, cela veut dire que c'est déjà décidé, que ce n'est pas moi qui décide, donc je ne suis pas libre.

6. Voici un exemple : si Dieu sait, avant que le fait ne se passe, que je vais commettre une faute, et s'il est impossible qu'il se trompe, cette faute doit nécessairement être commise et je ne suis pas réellement libre de la commettre ou non. Il faut nécessairement que je la commette.

7. Ces deux arguments sont ceux qu'utilisent le plus souvent ceux qui, niant l'existence de Dieu, essaient d'apporter une justification rationnelle à leur athéisme. Pour cela, il est nécessaire pour le catholique de savoir comment on doit répondre à ceux qui brandissent ces objections.

 



II. Dieu et le mal

8. Pour celui qui ne croit pas en Dieu, le mal, tout au moins une certaine sorte de mal, est un mystère insondable, qui peut même parfois, mener au désespoir.

9. Pourquoi y a-t-il des enfants qui naissent avec de graves handicaps ou qui souffrent de graves maladies ou de grandes souffrances tandis que d'autres en sont épargnés ? Pourquoi certains hommes, que tout le monde considère comme bons, qui mènent souvent une vie pleine de générosité envers leurs proches et même envers leurs ennemis, pourquoi ces hommes souffrent-ils et peinent-ils ? Pourquoi la mort a-t-elle le pouvoir de faucher cruellement de jeunes vies, tandis que d'autres dureront beaucoup plus longtemps ? Pourquoi la pauvreté, la misère, la faim affectent-elles des millions d'hommes, tandis que d'autres vivent dans l'abondance et le luxe ?

10. Où est Dieu ? S'il existe réellement et s'il est infiniment bon, pourquoi n'intervient-il pas ? Pour l'athée, l'existence du mal n'a pas d'explication. Par contre, pour celui qui croit dans le Dieu des chrétiens, une possibilité de compréhension est offerte, et bien que le mal dans sa complexité soit toujours un mystère pour la raison, cela n'exclut pas que la raison éclairée par la foi discerne partiellement son sens, sa signification.

11. La foi chrétienne donne quelques réponses au scandale du mal. Dieu est infiniment bon et ne peut ni faire, ni vouloir le mal, en aucune façon le mal moral, le péché, qui est une offense que l'on fait à Dieu en désobéissant à sa loi.

12. Alors qui est à l'origine du mal ? Nous devons préciser : le mal moral, le péché, ce sont toujours les créatures libres, les hommes et les anges déchus, capables de le concevoir et de le réaliser, qui en sont à l'origine. Ces créatures libres sont également responsables en bonne partie du mal physique (guerres, violences, etc...).

13. Dieu crée l'homme libre. Il l'a doté du libre arbitre. C'est précisément dans cette liberté que réside une des caractéristiques qui font que l'homme est "à l'image et à la ressemblance de Dieu" (cf. Gn 1, 26).

14. Or, l'homme, en abusant de sa liberté, est capable de commettre le mal. Il est vrai que Dieu pourrait l'en empêcher, mais au risque de lui retirer sa liberté, de se contredire, de supprimer une caractéristique de l'humanité que Lui-même a voulue, en éliminant une donnée qui fait que l'homme est à l'image et à la ressemblance de Dieu. En d'autres termes, il faudrait que Dieu corrige son œuvre créatrice et donc admette implicitement qu'Il s'est trompé. En agissant ainsi, Il cesserait d'être Dieu.

15. Dieu ne peut pas se contredire Lui-même en privant les anges et les hommes de leur liberté. Il tolère que ceux-ci puissent commettre le mal, mais dans son infinie bonté, Il a décidé d'aller jusqu'à tirer le bien du mal. Il arrive parfois qu'une souffrance, une maladie ou une expérience traumatisante transforme l'homme et fasse que celui-ci se rapproche de Dieu. Cette épreuve lui permet ainsi de connaître et d'aimer Dieu et d'obtenir la vie éternelle.

16. Le mal moral, le péché, est donc toujours la faute de l'homme, qui est coupable également d'une grande partie du mal physique qui se produit dans le monde. Il est trop commode d'imputer à Dieu les guerres, la faim dans le monde, l'injustice. Si l'homme réglait son comportement en fonction des commandements de Dieu, et apprenait à aimer son prochain (et il peut le faire chaque fois qu'il le veut), les guerres seraient moins nombreuses et les famines moins effroyables.

17. Dieu permet que l'homme provoque des guerres et répartisse de façon inéquitable les ressources de la terre, pour ne citer que deux maux physiques, parce qu'Il veut respecter la liberté de l'homme (y compris celle de faire le mal) et Il veut aussi tirer le bien du mal.

18. Regardons le Catéchisme de l'Église Catholique. Voici ce qu'il dit : "Du plus grand mal moral qui n'ait jamais été commis, le rejet et le meurtre du Fils de Dieu, causés par les péchés de tous les hommes, Dieu, par la surabondance de sa grâce, a tiré le plus grand des biens : la glorification du Christ et notre Rédemption" (n° 312).

19. Mais, malgré cela, le Catéchisme enseigne que "le mal n'en devient pas pour autant un bien" (n° 312).

20. En ce qui concerne le mal, aussi bien physique (y compris celui qui ne dépend pas de l'homme, par exemple certaines maladies qui affectent les innocents) que moral, la foi nous enseigne qu'il ne disparaîtra complètement qu'au paradis. Le mal est entré dans l'histoire des hommes et du monde avec le péché originel et ne disparaîtra que dans la vie éternelle.

21. Or, celui qui ne croit pas en Dieu ne peut pas accepter cette explication, qui est une vérité révélée par Dieu. Cependant, en ce qui concerne celui qui se déclare athée ou agnostique, il convient de procéder d'abord en démontrant, avec la seule raison, que Dieu existe et que les Évangiles disent des choses vraies ; après, à partir de là, il lui sera sûrement plus facile d'avoir confiance (donc, de croire) dans les promesses de Jésus-Christ relatives au bonheur éternel auquel nous sommes destinés au Paradis, où le mal n'existe pas.

22. Dans une perspective de foi, le mal physique prend un sens, une signification profonde, il devient même un instrument pour acquérir des mérites aux yeux de Dieu. Mais on ne pourra comprendre cela, ne serait-ce que partiellement, qu'en ouvrant son intelligence et sa volonté à la parole de Dieu.

23. Pour conclure, nous dirons que le mal physique et le mal moral restent toujours un mystère. Celui qui ne croit pas est arrêté par la constatation de son existence destructrice des âmes et du corps. Par contre, dans une perspective de foi, on sait que le mal n'accompagne que les conditions de la vie sur la terre. En ce qui concerne le mal moral, le péché, Dieu ne le veut certes pas, mais on ne doit l'imputer qu'aux hommes et aux anges déchus. Cependant, en ce qui concerne le mal physique, "Dieu ne permettrait pas le mal s'il ne faisait pas sortir le bien du mal lui-même, par des voies que nous ne connaîtrons pleinement que dans la vie éternelle" (Catéchisme de l'Église Catholique n° 324).

 



III. Dieu et la liberté

24. Vu que Dieu existe et qu'Il est infaillible, vu qu'Il est omniscient et donc qu'Il connaît tout, la conséquence logique en est qu'Il sait tout sans jamais se tromper.

25. Si Dieu sait tout, Il sait que telle personne sera sauvée et ira au Paradis, que telle autre sera damnée et ira en enfer. Il sait non seulement cela, mais également si cette personne va commettre une faute ou si elle ne va pas la commettre. Et comme Il ne peut pas se tromper, il sera nécessaire, obligatoire, que cette personne aille au Ciel si Dieu l'a prévu ainsi ou en enfer s'Il a prévu le contraire. Il sera également nécessaire, obligatoire, qu'elle commette ou ne commette pas un délit s’il a prévu que cela devait arriver ou non.

26. Il en sera ainsi pour chaque acte, chaque pensée, chaque désir de tout homme si minime, soit-il : si Dieu a prévu quelque chose et ne peut pas se tromper, cela doit nécessairement arriver.

27. Mais le résultat de tout cela, à supposer que Dieu existe vraiment et sait tout, c'est que l'homme n'est pas libre de ses choix. Cependant, comme on constate dans les faits que l'homme est libre (il peut faire une chose ou ne pas la faire, prendre une décision ou une autre, etc...) on déduit que Dieu ne peut pas tout savoir avec une certitude infaillible ; donc, il n'existe aucun Dieu omniscient.

28. Comment un catholique peut-il répondre à cette objection ?

29. Dieu, certes, étant omniscient, sait tout. Mais Il ne sait pas avant que cela arrive. Nous soulignons cet "avant" que cela arrive. Dieu ne voit pas maintenant ce qui arrivera après, et ici nous soulignons "après".

30. "Avant" et "après" sont des adverbes de temps et ne concernent que l'homme et la création qui sont dans le temps, avec un passé, un présent et un avenir.

31. Dieu est hors du temps. Lui ne sait pas avant, Il sait, et cela suffit. Il ne voit pas avant, Il voit et cela suffit. La liberté de l'homme est sauve, chacun d'entre nous peut décider de faire une chose ou de ne pas la faire, il peut choisir une chose plutôt qu'une autre, et il peut faire l'expérience de cette liberté qui est la sienne.

32. Mais pour ce qui est de Dieu, le problème est autre. « Lui n'anticipe pas l'avenir, comme nous le faisons, nous, parce que pour Lui n'existent ni passé, ni présent, ni avenir, mais toute cette continuité même si celle-ci est infinie dans le temps, dans un acte d'intuition inhérent à sa (simple) nature ». Luca Orbetello, Introduzionea Severino Boezio, la consolazione della filosofia. Gli opusuli teologici, Rusconi Milano 1979, p. 65).

33. Certes la prescience de Dieu et la connaissance infaillible de tout, de tous les événements, de toutes les pensées, de tous les désirs, de tous les mouvements de l'âme, mais ce n'est que pour nous que ces pensées, ces désirs... sont à venir, pour nous qui vivons dans le temps, non pour Dieu qui vit éternellement, hors du temps.

34. Dans ce cas, l'objection : Dieu sait avant ce qui arrivera, après, donc l'homme n'est pas libre de ses choix, est mal posée et dépourvue de sens ; parce qu'en Dieu, il n'y a ni "avant", ni "après", cet "avant" et cet "après" n'existent que pour nous les hommes et pour la création tout entière.

35. L'existence de Dieu et sa prescience ne nuisent en aucune façon à la liberté de l'homme.

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