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Chapitre 4

Catholiques et communisme athée


Le communisme est à l'origine de la persécution religieuse la plus féroce que l'Église n'ait jamais connue. Cependant, oubliant l'enseignement de l'histoire, nombreux sont ceux (y compris des catholiques) qui pensent qu'un compromis est possible entre la doctrine catholique et la pensée marxiste, éventuellement expurgée de ses éléments les plus négatifs en vue de l'édification d'une civilisation hypothétiquement meilleure. En fait, le catholique devrait bien savoir qu'entre catholicisme et marxisme, il n'y a pas de points communs, étant donné que le marxisme est né avant tout pour éliminer le christianisme, considéré par lui comme une religion ennemie de l'homme.



I. La doctrine marxiste
II. La réponse de l'Église
III. La réalité de l'histoire



Pistes de réflexion

- Connaissez-vous les points fondamentaux de l'athéisme historique ? Réfléchissez sur le fait que beaucoup de catholiques, ignorant la pensée marxiste, croient qu’un compromis est possible entre marxisme et religion.

- Connaissez-vous l'enseignement de l'Église au sujet de l'athéisme marxiste ? Considérez que le catholique engagé dans la conquête des âmes doit connaître la doctrine de l'Église et ses raisons.

- Savez-vous combien l'expérience communiste a provoqué de victimes dans le monde ? Réfléchissez sur le fait que l'histoire a démontré qu’en excluant Dieu de la vie de l'homme, le premier qui paie, même au prix de sa propre vie, c’est l'homme lui-même.



mots clés


- Christianisme - Marxisme - Matérialisme

 

 



 

I. La doctrine marxiste


1. Le marxisme est la philosophie qui a motivé et justifié l'expérience historique des pays communistes. C'est une vision complète de l'homme et du monde, une philosophie de la nature humaine élaborée avec la prétention de répondre définitivement à toutes les questions les plus profondes que se pose l'homme : qui sommes-nous, d'où venons-nous, où allons-nous, pourquoi sommes-nous dans le monde, etc...

2. Comme le marxisme est une doctrine qui s'estime capable d'expliquer définitivement le sens de la vie, beaucoup l'ont considérée comme une "religion".

3. Le marxisme tire son nom de Karl Marx (1818-1883). Celui-ci, en formulant sa pensée, montre qu'il a intégré de façon déterminante les doctrines respectives de deux philosophes qui l'ont précédé : Hegel et Feuerbach.

4. Pour Georges Frédéric Guillaume Hegel (1720-1831), l'unique réalité qui existe c'est l'esprit, l'idée. Cette idée est éternelle, ce n'est pas, à proprement parler ce que nous entendons par Dieu, mais, dans un certain sens, cela s'en approche beaucoup. D'après Hegel, les choses que nous voyons, toutes les choses matérielles que nous voyons, tout ce qui existe est la manifestation de cette idée.

5. Comme, pour Hegel, tout est "idée", sa philosophie a été appelée "idéalisme".

6. Mais l'idée n'est pas statique. Grâce à sa force interne, elle est en mouvement perpétuel. Ce mouvement s'appelle "mouvement dialectique" : une idée, (thèse), en évoluant, donne naissance à son contraire (antithèse), avec laquelle elle entre en conflit. De ce confit naît une nouvelle phase (synthèse), qui à son tour, en évoluant, donne vie à son contraire (antithèse) avec laquelle elle entre en conflit, générant une nouvelle synthèse. Et ainsi de suite, éternellement. Ce mouvement dialectique explique, d'après Hegel, l'origine de toutes les choses qui existent.

7. L'autre philosophe qui a influé sur Karl Marx est Ludwig Feuerbach (1804-1872). Celui-ci professe l'inverse de la doctrine hégélienne. Tout n'est pas "idée", comme le pensait Hegel, mais au contraire "tout est matière", enseigne Feuerbach. Pour cela, il est considéré comme le père du matérialisme contemporain.

8. En élaborant sa doctrine, Marx refuse l'idéalisme hégélien, mais de Hegel, il considère comme acceptable l'idée du mouvement dialectique. De Feuerbach, il fait sien le matérialisme, et ainsi il crée le "matérialisme dialectique".
9. Avec ces éléments, le catholique doit être capable de comprendre les caractéristiques essentielles de la pensée marxiste au sujet de la religion.

10. Pour Marx, tout est matière. Tout ce qui existe est matière. Seule existe la matière. Cette matière est éternelle, c'est-à-dire qu'elle existe depuis toujours et qu'elle existera éternellement. Il n'y a pas de début pour la matière, et elle n'aura jamais de fin.

11. On peut comprendre qu'une certitude de cette sorte conduise immanquablement à évacuer l'existence de Dieu, celle de l'âme et des valeurs spirituelles qui transcendent l'homme. Dieu et l'âme n'étant que des réalités matérielles, tout simplement n'existent pas. De cette façon, nous commençons à entrevoir pourquoi le marxisme est en pleine contradiction avec le christianisme.

12. Quant à l'affirmation selon laquelle la matière est éternelle, le catholique pourra la réfuter en ayant précisément recours à la science moderne. D'après le résultat des recherches les plus récentes, il y eut une époque (si l'on peut s'exprimer ainsi) où tout l'univers, donc toute la matière n'existait pas. Il y a eu un commencement, il y a environ dix ou vingt milliards d'années. Donc le marxisme est basé sur une certitude sans aucun fondement et faussé, même d'un point de vue scientifique.

13. Frédéric Engels (1820-1895) proche collaborateur de Marx, avec lequel il écrivit en 1848 le "manifeste du parti communiste", affirmait "admettre l'existence d'un Être suprême (c'est-à-dire admettre Dieu) est une contradiction en termes de logique" (Sul materialismo storico, Ed de l'Unita, Roma, 1945).

14. Engels a affirmé également : "nous avons déclaré la guerre à la religion et peu importe si l'on nous traite d'athées" (Catechismo dei comunisti Guitili, Milano 1945).

15. Pour le marxisme, toute l'histoire, toute l'aventure humaine s'interprète en écartant a priori l'existence de Dieu. Tout ce qui existe s'explique par le mouvement dialectique : d'abord existait la matière pure, matière inorganique et minérale ; celle-ci en se développant a donné naissance à la matière végétale ; de la matière végétale, par évolution, serait née la matière animale et de celle-ci la matière humaine. La vie a jailli de la matière par un processus d'évolution nécessaire de cette matière même. Dieu n'a aucun rôle. Le marxisme est un athéisme radical.

16. Ce n'est pas tout. Tandis que Feuerbach, bien que se déclarant athée et matérialiste, admettait que la religion ait un certain rôle positif (par exemple, d'après lui, c'est l'homme qui invente Dieu, en projetant sur cet être ses plus grandes qualités : mais de cette façon, l'homme prend conscience de ses propres qualités et cela est déjà en soi un fait positif). Pour Marx, au contraire, la religion cause un mal incommensurable à l'homme et il faut donc la combattre avec la plus grande violence.

17. Pour Marx, la religion empêche l'homme de prendre conscience de sa dignité. En espérant un paradis céleste, l'homme renonce au paradis terrestre, il renonce à lutter pour arriver déjà sur cette terre à la justice et à l'égalité. Donc, reconnaître l'existence de Dieu est, porter atteinte à la soif de justice de l'homme. Dieu devient l'ennemi de l'homme parce qu'il le distrait de l'unique finalité : mener à bien la lutte des classes pour instaurer la société communiste. Pour cette raison, la religion est "l'opium du peuple" (Karl Marx : œuvres philosophiques, Coste Paris 1946). Et décidément, il faut l'extirper.

18. Vladimir Lénine aussi (1870-1924), instigateur de la révolution bolchevique de 1917, déclarait que "la base philosophique du marxisme est le matérialisme dialectique [¼], matérialisme irréfutablement athée et résolument hostile à toute religion" (Sulle religione Ed. Rinascita, Roma 1949, page 48) et exhortait les communistes à "lutter contre la religion : voici l'A.B.C de tout matérialisme et donc aussi du marxisme" (Ibidem).


II La réponse de l'Église

19. La réponse de l'Église se déploie en une suite plus ou moins constante de mises en garde et de condamnations de la doctrine et de la praxis marxiste/communiste.

20. En 1846, deux ans avant la publication du "Manifeste du parti communiste", le Pape Pie IX publiait l'encyclique "Qui pluribus" où est condamnée "cette doctrine funeste et contraire en tout au droit naturel, que l'on appelle "communisme" et à l'instigation de laquelle, si elle était adoptée, disparaîtraient totalement les droits, les patrimoines, les propriétés, jusqu'à la société des hommes elle-même".

21. Aujourd'hui, on peut constater à quel point ces paroles ont été prophétiques, surtout depuis la chute du mur de Berlin (1989).

22. Le même Pontife définit le socialisme et le communisme comme étant des doctrines pestilentielles, dans le "Syllabus" de 1864.

23. Le Pape Léon XIII condamne les attaques contre la famille, le droit de propriété et l'Église, lancées par le socialisme et le communisme, dans l'encyclique "Quod Apostolici muneris" (1878) et dans l'encyclique "Rerum novarum" il condamne la collectivisation de la propriété privée que promeut le socialisme.

24. Le Pape Pie XI émet un jugement circonstancié et condamne sévèrement le communisme dans l'encyclique Quadragesimo anno (1931). Le Pontife dénonce le fait que le communisme "enseigne et poursuive deux buts [¼] en ayant recours à tous les moyens, y compris les plus violents : la lutte acharnée entre les classes et l'abolition totale de la propriété privée. Pour y arriver, il n'y a rien qu'il ne tente, rien qui ne l'arrête ; et quand il détient le pouvoir, la férocité et l'inhumanité qu'il manifeste sont incroyables, voire monstrueuses. C'est ce que crient à la face du monde, les tueries et les destructions effroyables par lesquelles on a ruiné d'immenses régions de l'Europe orientale et de l'Asie ; et à quel point, il est l'ennemi déclaré n° 1 de Dieu et de la Sainte Église, les faits, hélas, le prouvent trop bien et cela est connu de tous".

25. Plus loin, dans ce même chapitre, nous verrons à quel point Pie XI avait raison d'imputer au communisme athée "des massacres et des destructions horribles" que, malheureusement, ont oublié beaucoup de catholiques qui veulent signer d'imprudents accords avec lui et avec ses héritiers.

26. Dans l'encyclique Divini Redemptoris (1937), le Pape Pie XI condamnait une nouvelle fois "le communisme bolchevique et athée, qui prétend renverser radicalement l'ordre social et ébranler les fondements mêmes de la civilisation chrétienne".

27. Dans la même encyclique, le Pontife dénonçait le communisme en le définissant comme étant "un système rempli d'erreurs et de sophismes, contraire à la raison et à la révélation divine ; un système subversif de l'ordre social, parce qu'il en détruit les fondements ; un système ignorant de la véritable origine, de la vraie nature, et de la véritable fin de l'État ; un système, finalement, qui nie les droits, la dignité et la liberté de la personne humaine".

28. Le Pape Pie XII également, n'a pas manqué de faire entendre sa voix dans la condamnation du communisme athée en intervenant courageusement, pour défendre les Églises orientales, dénonçant la persécution à laquelle les soumettait le communisme et défendant jusqu'au bout l'héroïque Cardinal hongrois Mindszenty.

29. Le Pape Paul VI, dans l'encyclique Ecclesiam suam, du 6 août 1964, estimait que c'était pour lui, un devoir de "condamner les systèmes idéologiques qui nient Dieu et persécutent l'Église, systèmes qui s'identifient souvent avec des régimes économiques, sociaux et politiques, parmi eux spécialement, le communisme athée".

30. Enfin, ne pouvait manquer dans ce concert de voix convergentes, celle du Pape Jean-Paul II, fin connaisseur de la doctrine et de la "praxis" communistes, étant donné qu'il vécut durant des décennies en Pologne, son pays natal. Pendant son voyage à travers ce qui était à l'époque l'unique République de Tchécoslovaquie, en avril 1990, le Pontife définit le communisme comme étant "l'une des plus graves entreprises pour priver l'homme de la liberté à laquelle par nature, il est destiné et appelé" (Sergio Trasatti, la croce e la Stella, Mondadori, Milano 1993).
31. A la lumière de ces claires mises en garde de la perversité intrinsèque de l'idéologie marxiste, au nom de laquelle on a édifié les systèmes communistes et justifié les régimes totalitaires qui en sont issus, on ne comprend pas comment un catholique pourrait estimer que la vision chrétienne de Dieu, de l'homme, de l'histoire et de la société est compatible avec la pensée marxiste et la "praxis" communiste.


III. La réalité de l'histoire


32. Tout bon manuel d'histoire contemporain peut fournir des renseignements utiles au sujet de la naissance et de l'expansion du communisme dans de nombreux pays, à partir de 1917, année de la Révolution bolchevique en Russie. Le catholique maîtrisera ces données historiques qu'il pourra utiliser pour sa mission évangélisatrice. En ce qui nous concerne, il nous importe de faire remarquer ici ne serait-ce que quelques dimensions de la tragédie qu'a subi la fraction de l'humanité qui a connu la triste réalité du communisme.

33. Nous avons rappelé plus haut que Pie IX, dans son encyclique Qui pluribus définissait le communisme comme étant une "doctrine funeste". C'était en 1846, deux ans après la parution du "Manifeste du parti communiste" de Marx et Engels.

34. Le communisme est donc une doctrine funeste. Funeste parce qu'elle est porteuse de mort. L'histoire a confirmé ce jugement prophétique de Pie IX. Les faits que nous allons exposer ci-dessous devraient être utilisés par tout catholique dans le monde du travail, dans celui de l'enseignement, dans les réunions amicales, d'une part pour éclairer tous ceux - et ils sont encore nombreux- qui estiment que le communisme peut être concilié avec le catholicisme, d'autre part pour démasquer les erreurs de cette "mystique".

35. D'après les calculs effectués par le professeur de statistique Ivan Kourganov, qui a émigré aux États-Unis, rien qu'en Union Soviétique, pendant la période comprise entre les années 1917 et 1959, les pertes, en vies humaines dues aux déportations en camps d'extermination, aux condamnations aux travaux forcés, aux fusillades massives, aux emprisonnements et aux tortures, aux famines, qui suivirent les déportations de millions de paysans et au travail forcé de la terre, les pertes en vies humaines s'élèvent à près de 66 millions de personnes (A. Soljenitsine, l'Archipel du Goulag, vol II, Mondadori, Milano 1975, P. 12).

36. D'après tout ce qu'affirme Alexandre Soljenitsine, le plus grand écrivain russe de ce siècle, le nombre des victimes provoquées par le communisme en Russie atteint environ 60 millions de personnes.

37. Malheureusement, ce n'est pas le communisme soviétique qui remporte la triste palme du nombre des victimes. L'ex-ambassadeur italien à Moscou, Luca Pietromarchi, spécialiste du communisme, calcule que de 1949 à 1958, pour des raisons non naturelles, donc à cause de la répression, sont morts dans la Chine communiste au moins 50 millions de personnes (Eugenio Corti, Il communismo realizzato Ed. Nuova Colibri).

38. Pendant la même période ont été déportés en camps de concentration au moins 30 millions de personnes. Ce fut le début d'une terrible famine, qui, d'après les données fournies par Laslo Ladany, le meilleur spécialiste des questions chinoises de notre époque, provoqua la mort de plus de 50 millions de personnes.

39. Un calcul global du nombre des victimes causées par le communisme en Chine, bien qu'imprécis par insuffisance des sources, fut publié en 1974 par la revue spécialisée "Population". Une étude statistique de Paul Paillat et Alfred Sauvy y montrait que la population chinoise était inférieure d'au moins 150 millions d'habitants au nombre qu'elle aurait dû atteindre statistiquement parlant, si l'on admettait comme base de calcul, le taux de croissance normal. Ce chiffre est donc le nombre des victimes, le nombre de ceux qui ont perdu la vie pour des raisons non naturelles (Eugenio Corti op. cit).

40. En 1975, dans une toute petite agglomération du sud-est asiatique, au Cambodge, les tristement célèbres Kmers rouges insurgés communistes soutenus par les Chinois, prenaient le pouvoir et le gardaient pendant trois ans.

41. Pendant ce bref laps de temps, les communistes exterminèrent pour des raisons idéologiques 30% de la population, c'est-à-dire, presque deux millions d'habitants. Une tragédie sans précédent, si l'on prend en compte le pourcentage du nombre des victimes par rapport à la population totale.

42. L'immense majorité des gens ignore ces faits terribles, qui montrent jusqu'où peuvent aller ceux qui prétendent édifier une société sans Dieu. Le catholique militant doit garder dans sa mémoire comme un trésor ces renseignements fournis par la réalité de l'histoire et les utiliser dans le combat culturel et l'œuvre d'évangélisation.

43. Nous pouvons synthétiser tout ce que nous avons exposé ci-dessus de la façon suivante :

- le marxisme est une doctrine inhumaine, en ce sens qu'il ne considère pas l'homme pour ce qu'il est, mais qu'il essaie de transformer sa nature ;

- l'Église avait jugé juste, en condamnant sans ambiguïté la doctrine marxiste et les systèmes communistes qui en sont issus, en mettant en garde au sujet des dangers qu'il faudrait affronter si cette doctrine arrivait à s'affirmer ;

- l'histoire a confirmé tragiquement ces craintes et les mises en garde qu'a publiées l'Église.

- A la lumière de ces faits, le catholique ne peut manquer de faire de la lutte contre l'athéisme, et en particulier, contre le communisme, un élément fondamental de sa lutte pour la gloire de Dieu, le salut des âmes et le bien de la société humaine.

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