La raison humaine a de nombreux chemins pour arriver à la certitude de l'existence de Dieu. Celui que nous proposons est aussi vieux que le monde, il fait partie du patrimoine inaliénable du bon sens de chaque être humain, et le grand saint Thomas d'Aquin le décrit dans sa "Quinta via". Quand nous observons quelque chose, notre réflexe immédiat est de nous demander qui l'a créé. Quand nous observons comment fonctionnent les choses qui nous entourent, quand, avec étonnement et stupeur, nous constatons l'extraordinaire complexité de la création, notre pensée s'empresse immédiatement de chercher la cause intelligente de toutes les choses visibles qui ont une finalité et ont une organisation interne. Et une seule réponse satisfait notre soif de vérité : il existe un Être intelligent qui a ordonné et a pourvu toute chose d'une finalité, et cet Être est Dieu.
I. Le monde a une finalité
II. Ce que disent les scientifiques
III. Dieu existe
Pistes de réflexion
- Savez-vous que Dieu a laissé une trace de son existence dans les choses qui nous entourent ? Regardez le comportement des choses non intelligentes de la nature et découvrez l’Être suprêmement intelligent.
- Savez-vous aussi que les scientifiques qui se déclarent athées constatent que la nature poursuit un but, qu’elle a une finalité ? Considérez qu’avoir une finalité est une opération intelligente et que la nature ne l’est pas. Qui a donné une finalité à la nature ?
- Savez-vous que l’intelligence, qui est un don de Dieu, peut découvrir l’existence de Dieu en étudiant les œuvres du Créateur ? Réfléchissez au fait que beaucoup croient que l’homme ne peut rien dire de certain sur l’existence de Dieu.
Mots clés - Finalité de la nature - "Téléonomie"
I. Le monde a une finalité 1. Le Concile Vatican II, confirmant l'enseignement deux fois millénaire de l'Église catholique, affirme que "l'homme peut connaître Dieu avec certitude par la raison naturelle, au moyen des choses créées" (Dei Verbum 6). Tout catholique doit le croire. Mais l'incroyant également, s'il raisonne bien, peut arriver à croire lui aussi à cet enseignement du Concile. Voyons comment :
2. Le point de départ du chemin qui conduit à la reconnaissance de l'existence de Dieu est une simple constatation, tellement évidente que n'importe qui, même l'incroyant, peut la faire de lui-même. La voici : autour de nous, il y a des choses (des "entités", en terme philosophique) qui ne sont pas douées de raison.
3. Ces choses dépourvues d’intelligence, sont les éléments de la nature : fleurs, cellules, animaux, organes de l'homme inintelligents comme le foie, l'estomac, l'intestin, etc.
4. Après cette première constatation, le catholique, tout comme l'incroyant, peut en faire une seconde, indéniable : ces choses non douées d’intelligence fonctionnent de façon raisonnable. Ce sont des choses dépourvues de raison, dépourvues de connaissances intellectuelles, et qui pourtant, fonctionnent comme si elles étaient intelligentes.
5. Pourquoi disons-nous qu'elles fonctionnent de façon intelligente ? Parce que, comme l'enseigne saint Thomas d'Aquin, elles agissent constamment pour atteindre un but, un objectif. Et ce but s'identifie avec tout ce qui, pour ces choses sans intelligence, est leur bien. Nous verrons bientôt, que pour tendre constamment vers cette fin, il est nécessaire d'effectuer une opération raisonnable.
6. Nous répétons que ce point de départ de la recherche sur l'existence de Dieu est un fait brut, une simple constatation. Il ne dépend pas de la foi religieuse, mais de l'observation de la réalité humaine ou de la nature qui nous entoure. Donnons un exemple, en choisissant un organe du corps humain : l'œil.
7. C'est un organe extrêmement complexe. Le spécialiste de physiologie américain Georges Wald, prix Nobel de médecine en 1967, écrit ceci : "Le fait que dans le fond de chaque œil, nous ayons plus de cent millions de petites antennes réceptrices, ne cesse pas de nous surprendre et de nous bouleverser tous. C'est un miracle de la nature qui dépasse l'imagination la plus féconde" (extrait de « La creazione non e une favola » de Domenico E. Ravalico, Paoline VI, Ed. Milano 1987). La science moderne n'est pas encore capable de le reproduire, de le reconstituer, elle n'est pas capable de résoudre définitivement le problème de la cécité en construisant de nouveaux yeux "opérationnels" pour remplacer ceux qui ne fonctionnent plus.
8. Il est facile d'observer que l'œil est constitué de telle façon qu'il réalise toujours ou presque toujours sa finalité. Tout le monde sait qu'il n'est pas doué de raison, mais il réalise une tâche, celle de voir, précisément, extrêmement raisonnable. Ce n'est pas tout : nous sommes encore plus stupéfaits quand nous constatons (nouvelle constatation, nouveau fait) qu'il y a aussi hors de l'œil des choses non douées de raison qui existent dans le but de collaborer avec l'œil, pour lui permettre de voir (la lumière) ou d'être vues (les objets colorés). Ces choses non intelligentes, la lumière et les objets colorés, permettent à l'œil d'exercer sa fonction, d'atteindre son objectif.
9. Comment est-il possible que des choses non intelligentes (l'œil, la lumière, les objets colorés) collaborent entre elles de façon si intelligente pour atteindre un but, une fin, dans ce cas précis, le fait de voir ? C'est une question que peut se poser l'incroyant tout comme le croyant. Pour l'instant, laissons la réponse en attente.
10. Prenons un autre exemple. Pensons à un autre élément de la nature non doué de raison. Une cellule, une "simple" cellule (si l'on peut dire) la science nous dit que c’est un élément fondamental de la vie. Tout le monde sait qu'une cellule n'est pas douée de raison, pas plus dans son ensemble que dans les éléments qui la composent : la membrane plasmique ou cellulaire, le cytoplasme, le noyau avec son nucléole, la membrane nucléaire, etc.
11. Or, que pouvons-nous constater avec une immense stupéfaction ? Que tous ces éléments non intelligents, disposés les uns à côté des autres, au lieu de fonctionner de façon incohérente, comme cela devrait être logiquement le cas, ont une interaction admirable dans leur articulation et la répartition de leurs fonctions : en un certain sens, nous pouvons dire qu'ils se mettent d'accord, donc qu'ils effectuent une opération extrêmement intelligente, pour atteindre un but, une fin : celle de donner vie à une structure complexe : la cellule capable de se maintenir en vie, de se multiplier, de se reproduire et de guérir en cas d'agression extérieure.
12. Ce n'est pas tout : les cellules, qui, prises isolément, sont toutes des réalités inintelligentes, au lieu de fonctionner de façon incohérente, s'accordent entre elles de façon admirable dans le corps d'un être vivant pour atteindre un but : faire vivre des organismes complexes, si complexes qu'ils réalisent des fonctions que les ordinateurs les plus sophistiqués inventés par l'homme ne sont pas même capables de reproduire.
13. Pourquoi des milliards de cellules s'organisent-elles pour atteindre ce but : faire vivre des organismes complexes ? Ici aussi nous laissons la réponse en suspens.
14. Prenons un troisième exemple. En tout homme, il existe des organes inintelligents qui, cependant, fonctionnent de façon extraordinairement intelligente. L'œil bouge pour voir, l'estomac pour digérer, le cœur se contracte pour faire circuler le sang que les veines et les artères canalisent et transportent, etc.
15. Que nous indique une simple observation des organes qui composent notre corps ? Elle nous fait voir que tous ces organes, dans leur ensemble, dans le corps humain, au lieu de fonctionner de façon incohérente, coordonnent leur action, (réalisent donc quelque chose d'intelligent) pour atteindre une finalité d'ensemble. Finalité d'ensemble qui, chez nous, les hommes, et dans tous les êtres vivants, est la conservation de la vie.
16. Le catholique, pour démontrer l'existence de Dieu, s'appuie donc sur une base ferme : dans la nature, il y a des choses (ou des entités) sans intelligence qui agissent de façon intelligente pour atteindre un but. Tout cela s'appelle "finalisme de la nature non intelligente".
II. Le mot de la science 17. Avant de nous demander ce qui est à l'origine de cette finalité, il convient d'interroger aussi la science qui étudie les phénomènes de la nature. Celle-ci confirme que la nature non douée de raison a une finalité.
18. Jacques Monod (1910-1976), biologiste français, pionnier de la génétique moléculaire, prix Nobel de physiologie et de médecine, ouvertement athée, écrit dans son livre célèbre "Le hasard et la nécessité" : "Une des propriétés fondamentales de tous les êtres vivants, sans aucune exception, est d'être des objets dotés d'un projet, programmé dans leurs structures et, en même temps, réalisé au moyen de leurs activités [¼] Il est indispensable de reconnaître cette notion comme essentielle à la définition des êtres vivants [¼] A cette notion, nous donnerons le nom de "téléonomie" (Jacques Monod, op. cit.). "Téléonomie" du grec "telos" fin, but. La "téléonomie" est la loi de la finalité.
19. Voyons aussi ce qui dit Monod dans ce même livre : "L'objectivité nous oblige à reconnaître le caractère téléonomique des êtres vivants, à admettre que dans leurs structures et leurs opérations, ils réalisent et poursuivent un projet".
20. Les catholiques aussi devraient utiliser les observations de ce scientifique qui se prétendait athée et que l'on brandit comme modèle de tous ceux qui nient l'existence de Dieu et renvoient au hasard et à la nécessité comme explication de tout ce qui existe. En effet, Monod considère que tous les êtres vivants, et pas seulement les choses non douées de raison, dont nous nous occupons dans ce chapitre, sont dotés d'un projet, sont programmés et agissent pour atteindre un but.
21. Écoutons l'avis d'un autre homme de science, l'italien Vittorio Marcozzi, biologiste et anthropologue : "Il y a des objets, des êtres et des actions qui seraient incompréhensibles : ou plutôt, absurdes, si en plus de l'action de la cause efficiente, on n'admettait pas aussi "la cause finale" (Vittorio Marcozzi, Caso e finalite, Ed. Massimo, Milano 1976).
22. Ainsi donc, selon l’opinion de ce scientifique, il faut admettre que la nature est ordonnée à une fin et que, par cette raison même, elle a une finalité, si on ne veut pas tomber dans l’absurdité totale.
23. Marcozzi nous explique comment découvrir que la nature a une fin : "Quand, en examinant l'objet, l'être ou l'action, on voit qu'il est constitué de nombreux éléments indépendants, qui n'expriment pas le besoin d'être ensemble, et encore moins, celui d'être ensemble de façon harmonieuse, ordonnée, complémentaire et constante, de façon à concourir au même but, alors, il faut conclure qu'il existe une cause finale ; c'est-à-dire, que l'effet est sous-entendu et que, par conséquent, il y a un but à atteindre".
24. L'important pour l'instant, c'est que les données de notre expérience soient confirmées par la science. La nature non douée d’intelligence fonctionne pour atteindre un but, une fin : elle a une finalité.
III. Dieu existe
25. De cette donnée de l'expérience, accessible à tous les hommes, croyants ou non, part notre réflexion. C'est précisément sur cette donnée de l'expérience (qu'aucun homme, croyant ou non, ne peut nier sans se rendre ridicule ou tomber dans l'absurde) que nous construisons notre raisonnement.
26. Saint Thomas d'Aquin va nous aider. Celui-ci affirme que les choses sans intelligence, les éléments de la nature non doués de raison qui cependant fonctionnent de façon intelligente pour atteindre un but, ne peuvent s'être donnés par eux-mêmes cette faculté.
27. Saint Thomas avait raison. Pourquoi n'est-il pas possible qu'elles se soient données une fin par elles-mêmes ? Pour une raison très simple que peut trouver facilement l'incroyant tout comme le croyant : pour atteindre un but, il faut deux opérations que seules peuvent effectuer les être doués de raison :
- la première, c'est de connaître le but que l'on veut atteindre, mais qui n'existe pas encore. Il est donc nécessaire, en un certain sens, "d'anticiper" la fin, de la prévoir ;
- la seconde, c'est d'organiser à l'avance les moyens pour atteindre cette fin.
28. Si l'on a compris la pièce maîtresse de notre raisonnement, qu'un catholique exposera avec clarté à l'incroyant, on verra que : seul, un être doué de raison peut prévoir (pré-voir, voir d’avance) sa fin, seul un être intelligent peut avoir connaissance d'un but à réaliser avant que ce but n'arrive, donc une finalité qui existe seulement dans l'esprit. Et seul l'être intelligent est doué d'une intelligence et grâce à elle il peut prévoir les moyens (les ordonner, les disposer avant de les utiliser) nécessaires à atteindre un objectif.
29. Un œil, une cellule, mais aussi une fleur et tous les végétaux, les animaux, les organes d'un corps vivant, précisément parce qu'ils ne sont pas doués de raison, ne connaissent pas leur finalité, ne savent rien de leurs "obligations", ne sont pas capables de décider par eux-mêmes ni de se prédisposer à collaborer avec d'autres entités non intelligentes avec lesquelles ils opèrent pour atteindre un but. Mais, malgré cela, c'est un phénomène constant dans la nature. Comment est-ce possible ?
30. Si les choses de la nature non intelligentes fonctionnent intelligemment, et cela, comme nous l'avons vu, parce qu'elles atteignent un but, et s'il n'est pas possible qu'elles se soient données ce but par elles-mêmes, précisément parce qu'elles ne sont pas douées de raison, posons-nous la question : "D'où vient cette finalité ? D'où vient ce projet de la nature non doué de raison ? En d'autres termes : qui a donné un but à la nature non raisonnable ? Qui l'a dotée d'un projet ?"
31. C'est la question à laquelle celui qui ne croit pas en l'existence de Dieu ne sait pas et ne peut pas répondre.
32. En effet, nous avons vu qu'il est totalement impossible que la nature ait une fin par elle-même, puisqu’elle n’est pas intelligente.
33. De la même façon, il est impossible que la nature ait une finalité en vertu du simple hasard. Le hasard, par définition, est aveugle, inconstant, ne peut pas se reproduire. Par contre, les opérations raisonnables qu'effectue la nature non douée de raison pour réaliser sa finalité se reproduisent constamment, et comme elles sont répétitives, elles ne peuvent avoir leur source dans le hasard.
34. Cependant, pour ceux qui nient l'existence de Dieu, le monde s'explique le plus souvent par le hasard. Cette vision des choses, bien que sans fondement, étant encore assez répandue dans l'inconscient collectif, nous lui consacrerons un chapitre à part.
35. Il est impossible que l'homme ait donné une fin à la nature non douée de raison. Il est vrai que l'homme est un être raisonnable, capable de concevoir un but et d'ordonner à l'avance les moyens pour l'atteindre. Mais qui d'entre nous peut se vanter d'avoir programmé ne serait-ce qu'un seul des organes qui le composent pour atteindre un certain but ?
36. Certains répondent en affirmant que ce sont les lois de la nature qui font que les corps non doués de raison fonctionnent nécessairement ainsi (de façon raisonnable) pour réaliser leur finalité. Mais ce n'est pas une réponse à la question que nous nous sommes posée. En effet, le problème reste entier : qui a donné à la nature non intelligente ces lois supérieurement intelligentes ?
37. L'unique réponse raisonnable, logique, qui satisfasse la raison humaine, même celle de l'incroyant, nous conduit à admettre l'existence d'un autre être raisonnable qui ne soit pas l'homme, un être par lequel toutes les choses de la nature sont ordonnées en fonction d'une fin (saint Thomas d'Aquin).
38. Or, cet être raisonnable est celui qui a donné une finalité à l'univers et, pour la réaliser, a ordonné à l'avance les moyens dans toute la nature. Une intelligence semblable ne peut être que celle de Dieu.
39. Donc, Dieu existe et a laissé une empreinte évidente de son œuvre intelligente : la finalité de la nature. La raison humaine, même celle de l'athée déclaré, si elle observe attentivement la finalité de la nature et si elle se demande d'où vient ce fait, cette empreinte ne peut qu'en arriver à reconnaître l'existence d'un être qui a donné une finalité à tout l'univers : Dieu.