Le catholique, guidé par l’enseignement de l'Église, et une abondante documentation, sait que les Évangiles sont des documents authentiques écrits au premier siècle par Matthieu, Marc, Luc et Jean et qu’ils sont intégralement arrivés jusqu’à nous. Pour être certains de cette vérité historique, nous devons répondre à une dernière question : Les Évangiles sont-ils aussi de véritables documents ? Leur contenu est-il digne de foi ? Avant de les proposer à la lecture et à la méditation de ceux qui se déclarent « non croyants » pour qu’ils connaissent les paroles et les gestes de Jésus de Nazareth, - paroles et faits, surtout les miracles qui, même en les jugeant réels d’un point de vue historique uniquement, ne peuvent pas ne pas provoquer des fissures impressionnantes dans l’édifice des convictions athées – le catholique doit posséder une dernière argumentation : celle qui prouve que les Évangiles ne sont pas de pures inventions. C’est ce que nous allons faire dans ce chapitre.
I. Datation des Évangiles
II. Les auteurs des Évangiles
III. Crédibilité des Évangiles
IV. Conclusion
Pistes de réflexion - Savez-vous que les Évangiles sont des témoignages écrits par deux témoins oculaires des faits relatés et deux disciples rapportant les faits que d’autres témoins dignes de foi leur ont racontés ?
- Savez-vous qu’entre les faits que relatent les Évangiles et leur rédaction il n’y a que peu d’années ; trop peu pour avoir inventé quelque chose que les témoins auraient pu démentir ?
- Savez-vous que si les Évangiles avaient été de pures inventions pour tromper les lecteurs ils auraient dû être très différents de ce qu’ils sont ?
Mots clés
Qumran Fragment 7Q5 Crédibilité des Évangiles
I. Datation des Évangiles 1. Comme on le sait, celui qui nie la valeur de l’historicité des Évangiles soutient qu’ils furent écrits de nombreuses décennies après la mort de Jésus. En ce temps-là, l’Église primitive naissante, en voie d’organisation propre, aurait élaboré une doctrine personnelle, attribuant à Jésus des mots qu’il n’aurait jamais prononcés et des miracles qu’il n’aurait jamais réalisés, dans le but de gagner de nouveaux adeptes.
2. Selon cette théorie, au moment de la rédaction des Évangiles, la majeure partie des témoins oculaires de la véritable vie de Jésus seraient morts. Une confrontation entre Matthieu, Marc, Luc et Jean et ceux qui auraient pu confirmer ou nier tout ce qu’ils racontaient n’aurait donc pas été possible.
3. Au contraire, si l’écriture des Évangiles est proche des événements qu’ils rapportent, beaucoup de témoins oculaires auraient pu donner leur opinion sur les paroles et les faits qu’ils attribuent à Jésus et, dans ce cas, la possibilité d’une falsification artificielle serait pratiquement réduite à zéro.
4. Pour découvrir si les Évangiles sont une œuvre de faussaires et d’imposteurs, nous allons commencer à examiner le problème de leur datation.
5. Le fait acquis dans les chapitres précédents est qu’ils remontent à l’époque apostolique, donc au Ier siècle ap. JC. Mais nous pouvons être plus précis, sans oublier que, en l’état actuel des recherches, personne n’a encore été capable de les dater parfaitement, c’est-à-dire de calculer exactement à quel moment ils furent écrits.
6. Tous sont d’accord pour considérer que l’Évangile de Jean fut écrit le dernier. Jusqu’à ces dernières années, les chercheurs le dataient de la fin du Ier siècle, c'est-à-dire aux environ des années 100, soit 70 ans après la mort de Jésus de Nazareth.
7. Mais aujourd’hui, cette datation commence à être remise en question. Il semble qu’il faille avancer la date de sa rédaction, tout au moins celle de quelques chapitres.
8. Julián Carrón, professeur de Sainte Écriture au Centre d’Études Théologiques de San Damaso de Madrid, Directeur de l’édition espagnole de la revue internationale « Communio », au cours d’un travail de recherche publié dans la prestigieuse revue trimestrielle « El nuevo aeropago », fin 1994, soutenait que l’Évangile de Jean contenait beaucoup d’éléments « qui ne pouvaient s’expliquer qu’avant la destruction de Jérusalem » qui eut lieu, comme on le sait, en 70 ap. JC. (Julián Carrón, Un caso di ragione applicada, la storicita dei Vangeli, in « Il Nuovo Aeropago », anno 13, n3 (51), autunno 1994, p 6).
9. Pour prouver sa thèse, Julián Carrón cite, entre autres, un exemple clair qui mérite d’être mentionné : « Dans le récit de la guérison de l’infirme qui attendait l’agitation de l’eau de la piscine pour être guéri, - que l’on trouve dans l’Évangile de saint Jean -, on dit : ‘Il y a, à Jérusalem, près de la Probatique, une piscine qui s’appelle en hébreux Betesda qui a cinq portiques (Jn 5, 2). Le présent de l’indicatif par lequel l’existence de la piscine est annoncée alors que tout le reste du récit est à l’aoriste, c’est-à-dire au passé, comme s’il s’agissait d’un fait qui avait eu lieu dans le passé, démontre que lorsque ces récits furent écrits, la piscine existait encore. Et on ne pouvait affirmer ceci qu’avant la destruction de Jérusalem, en 70 » (Ibidem)
10. Il semble donc qu’il y ait de bonnes raisons pour avancer la date, au moins pour une partie de l’Évangile de Jean, d’une trentaine d’années. Mais certains chercheurs vont plus loin. Le théologien protestant très connu, Oscar Culman, au cours d’un entretien publié dans « Il Sabato », du 20 février 1993, soutient que l’Évangile de Jean doit remonter aux environs des années 50 et promet de publier ses calculs.
11. D’autres chercheurs de premier ordre sont d’accord sur le fait de dater l’Évangile de Jean avant les années 70, parmi eux il y a Carsten Peter Thiede (« Gesù, stora o leggenda ? », Bologne 1992), Hugo Staudinger (« Credibilità storica dei Vangeli », Bologne 1991) et Craig Blomberg («Indagine su Gesù », Casale 1991).
12. A propos de la datation des Évangiles, le fait le plus important qui a suscité le plus grand nombre de discussions, nous est donné à propos du fameux fragment 7Q5, un minuscule fragment de papyrus découvert dans la grotte 7 de Qumran, qui présente vingt lettres disposées sur cinq lignes. Il s’agit du fragment le plus ancien et qui a le plus de valeur : nous devons en relater l’histoire.
13. Qumran est le nom d’une localité située sur la rive occidentale de la Mer Morte. Une florissante communauté de moines esséniens y vivait du temps de Jésus. On peut encore aujourd’hui voir les ruines du monastère.
14. En 68 ap. JC, les romains arrivèrent à Qumran. Les moines abandonnèrent rapidement leur résidence cachant dans quelques grottes voisines, les précieux rouleaux qu’ils conservaient dans leur bibliothèque. Parmi eux se trouvaient des livres complets de la Sainte Écriture qui leur servait d’aliment spirituel. Pendant près de 1 900 ans, personne ne s’est inquiété de récupérer cette précieuse documentation.
15. Mais, en 1947, quelques bergers palestiniens découvrent par hasard, dans une des grottes, quelques amphores pleines de rouleaux, ceux précisément qui avaient été cachés par la communauté des esséniens. Les recherches commencèrent et, dans dix autres grottes, on a retrouvé des amphores et des rouleaux qui venaient de leur bibliothèque où se trouvait aussi l’Ancien Testament.
16. On a identifié le matériel découvert. Mais il y a un fragment qui ne s’intègre nulle part dans l’Ancien Testament : celui qui est répertorié 7Q5 (le 7 indique le n° de la grotte, Q signifie Qumran et 5 correspond au nombre de lignes qui le composent). Il aurait été mis avec le groupe des non identifiés si un chercheur de premier ordre, le jésuite José O’Callaghan, papyrologue de renommée internationale et professeur à l’Institut Biblique Pontifical de Rome, n’avait eu cette intuition : le fragment 7Q5 pourrait contenir un texte du Nouveau Testament.
17. Il commença à faire différentes recherches et annonça, en 1972, un résultat qui fit du bruit : Le fragment 7Q5 contient une infime partie de l’Évangile de Marc, précisément les derniers versets du chapitre six, les versets 52 et 53.
18. Le monde des chercheurs bondit. José O’Callaghan fut l’objet de violentes critiques de la part des théologiens et des exégètes, alors tous convaincus du fait qu’on n’avait écrit aucun Évangile avant les années 70. Le résultat de ces critiques fut que pendant quatorze ans, personne ne parla plus du fragment 7Q5 de José O’Callaghan.
19. Mais quatorze ans plus tard, le chercheur luthérien Carsten Peter Thiede, papyrologue de renommée internationale lui aussi, refit les études de O’Callaghan sur le fragment 7Q5 et aboutit au même résultat.
20. Comme quatorze ans plus tôt, une violente polémique éclata, une autre campagne d’accusations, mais cette fois-ci les temps avaient changé.
21. Le nombre d’experts qui attribuent le fragment 7Q5 à l’Évangile de Marc augmente énormément : Vanhoye, Ghiberti, de La Potterie, Barsotti, Galbiati, Betz, Sordi et Monevecchi, tous illustres chercheurs, de différentes disciplines, connus dans le monde des spécialistes. Cette fois, le honteux abandon qu’avait subi José O’Callaghan ne se répéta pas.
22. Les recherches s’intensifièrent, les paléographes Schubart et C.H. Roberts datent le fragment 7Q5, étudiant le type d’écriture et le papyrus, sans tenir compte du contenu. Le résultat de leur recherche est surprenant : ce papyrus fut écrit en l’an 50, deux décennies seulement après la mort de Jésus-Christ. Donc, dans un temps extrêmement proche des événements racontés, circulait un texte écrit à propos des faits se reportant à Jésus de Nazareth. Mais les choses ne se terminent pas là.
23. Le plus grand expert en hébreu et araméen de notre siècle, Jean Carmignac, récemment décédé, nous rappelle que le fragment 7Q5, qui contient vingt lettres en langue grecque, ne fut pas matériellement écrit par l’Évangéliste Marc. C’est une copie de l’original, qui fut lui, écrit en Araméen. Ainsi, le fragment 7Q5 est une traduction en langue grecque qui est arrivée à Qumran. On en déduit que Marc a écrit son Évangile quelques années plus tôt. Nous savons qu’il l’a écrit à Rome, sous la dictée de Pierre, probablement en l’an 42 quand Pierre est entré dans la capitale de l’Empire romain et qu’il a commencé à prêcher dans la ville. Donc, Marc écrivit son Évangile une douzaine d’années environ après la mort de Jésus.
24. Ces faits sont confirmés par la spécialiste très connue d’histoire grecque et romaine, Marta Sordi, qui « partant des découvertes du 7Q5, avec de solides arguments tirés de la Tradition, soutient la thèse que l’Évangile de Marc a été écrit à Rome aux alentours de l’année 42 lequel se basait sur la prédication de Pierre ». (30 Giorni, Maggio 1994, pp. 40-44).
25. C’est maintenant le moment de faire une considération. L’Évangile de Marc a été écrit alors qu’une très grande quantité de témoins oculaires vivaient encore et pouvaient, facilement réfuter les événements racontés si - de façon évidente – ils avaient été inventés. Mais il n’y a aucun signe de ces réfutations, bien que les ennemis de Jésus n'aient pas manqué. Une seule réfutation aurait été suffisante pour détruire la structure sur laquelle s’édifiait la nouvelle religion chrétienne. Mais personne, parmi les nombreux ennemis de l’Église, ne pensa à le faire.
26. Jésus mourut crucifié en 30. Marc écrivit en 42. Jean, nous l’avons vu, écrivit avant l’année 70. Entre ces deux dates se situent les Évangiles de Matthieu et de Luc. Trois très anciens fragments de papyrus en langue grecque, montrés dans une thèque à l’Université d’Oxford. Ils contiennent quelques passages de l’Évangile de Matthieu et ont été datés par Carsten Peter Thiede, entre les années 60 et 70.
27. Ce que nous avons dit pour Matthieu vaut aussi pour Marc. Matthieu écrivit en araméen, alors que les fragments qui sont conservés à Oxford sont écrits en grec. Ils sont donc, une traduction, une copie. Ainsi, l’original devrait remonter, obligatoirement, à quelques années auparavant, avec la certitude d’un temps très court depuis les événements historiques que Jésus de Nazareth a vécus.
28. Il est véritablement très improbable que les évangélistes aient inventé toutes les histoires de leurs Évangiles. Ils ont écrit à des époques beaucoup trop proches des faits et trop de témoins oculaires pouvaient facilement démentir leurs récits, y compris ceux qui font référence aux miracles qui, aujourd’hui aussi, malheureusement, sont parfois démentis par des théologiens et des exégètes catholiques.
29. La conclusion s’impose : la proximité chronologique entre les faits racontés par les évangélistes et la personne historique de Jésus qui était l’auteur et le protagoniste de ces faits, marque un point décisif en faveur de la véracité des Évangiles, de leur crédibilité en tant que documents historiques.
II. Les auteurs des Évangiles 30. On peut et on doit faire d’autres considérations au sujet de la véracité des Évangiles. Les premières se rapportent à leurs auteurs. Pour qu’un témoignage soit crédible, l’auteur aussi doit être crédible, digne de foi, et bien plus encore pour un témoin oculaire. Qui sont donc les quatre évangélistes ? Pour chacun nous possédons des notes, sobres mais précises.
31. Matthieu était un apôtre de Jésus. Ex-collecteur d’impôts, fils d’un nommé Alphé. Marc et Luc nous parlent de lui en racontant quelques épisodes de sa vie. Pendant trois ans il a personnellement suivi Jésus de Nazareth. Il a été témoin oculaire des faits qu’il relate.
32. Marc vivait à Jérusalem, disent les Actes des Apôtres ainsi que d’autres textes du Nouveau Testament. C’était le cousin de Barnabé et il fut compagnon de Paul au cours de différents voyages. Il fut avec Paul à Rome et travailla avec Pierre dont il finit par être secrétaire. Il écrivit son Évangile en écoutant la prédication du Chef des Apôtres et, il recueillit ainsi ses informations à la source la plus autorisée qu’on puisse imaginer entre les témoins oculaires de la vie de Jésus.
33. Luc fut compagnon et disciple de Paul. Il écrivit qu’il s’est informé exactement de tout depuis les origines (Lc 1, 3). Il s’agit d’une affirmation formelle par laquelle il commence son Évangile, complètement incompréhensible et à l’encontre de tout s’il avait voulu créer un mythe au sujet de la figure du Maître.
34. Jean fut l’apôtre de Jésus, témoin oculaire des faits qu’il relate.
35. Donc, deux des auteurs des Évangiles sont des témoins oculaires et les autres sont des disciples qui relatent avec attention, évidemment après d’attentives investigations, tout ce qu’ils entendaient dire par d’autres témoins.
36. Il y a un matériel abondant permettant de considérer ces « chroniqueurs » de l’événement chrétien, comme autorisés. D’autres sources, déjà rencontrées dans le chapitre dédié à l’authenticité des Évangiles, nous en parlent.
III. Crédibilité des Évangiles
37. Arrivés à ce point, il ne nous reste plus qu’un seul élément à placer dans la mosaïque de notre recherche. Les faits que relatent les auteurs des Évangiles sont-ils crédibles ?
38. Avant de répondre, nous devons rappeler que les Évangiles furent écrits fondamentalement pour deux raisons :
- Pour informer tous les hommes de ce qui était arrivé en Palestine quant aux événements se rapportant à Jésus de Nazareth ;
- Pour convaincre les lecteurs de la nécessité de faire confiance à Jésus et d’avoir foi en ses promesses et ses enseignements.
39. Les Évangiles avaient et ont encore, une finalité précise : gagner des âmes pour Jésus-Christ, convaincre la plus grande quantité d’hommes de la nécessité de croire au Dieu de Jésus-Christ pour se sauver, obtenir la vie éternelle et gagner le paradis, le royaume des cieux.
40. C’est précisément la question. Si les auteurs des Évangiles avaient été disposés à mentir pour faire des disciples, ils n’avaient qu’à inventer un fait très différent de celui qu’ils nous ont transmis. Souvenons-nous que les juifs attendaient un Messie aux caractéristiques héroïques, libérateur des peuples opprimés, roi et souverain visible et vainqueur du monde. Par contre, de façon incompréhensible, il n’y a aucune trace de tout cela dans les Évangiles.
41. Dans Hypothèses sur Jésus, de Vittorio Messori, on trouve des chapitres entiers consacrés à clarifier ces aspects surprenants : si les Évangiles, comme nous l’avons dit, ont clairement une fonction apologétique, ce qu’ils veulent faire, c’est convaincre leurs lecteurs, principalement les juifs, mais sans exclure les païens ; alors ce qu’ils relatent est pratiquement impensable. Ceci démontre qu’ils ne peuvent pas avoir été inventés.
42. Comment pouvons-nous expliquer ce préjudice évident que les évangélistes se causent à eux-mêmes ? Avant de répondre, regardons quelques-uns des faits qui seraient incompréhensibles si les évangélistes avaient totalement inventé les faits qu’ils relatent et qui sont réellement arrivés.
43. Pour convaincre les juifs de la bonté de la personne de Jésus et de sa doctrine, la dernière chose à laquelle aurait pensé un faussaire aurait été de diviniser Jésus. Pour les juifs, Dieu est totalement « différent » de l’homme. Son nom même, ils ne l’écrivent jamais complètement mais avec le tétragramme sacré : « JHWH ». Or, écrire que Jésus de Nazareth, quoi qu’il fut très grand, n’était rien moins que Dieu fait homme, était littéralement écrire un blasphème.
44. Écrire que Jésus est Dieu c’est marquer un but dans son propre camp. Pour susciter l’intérêt des juifs et les gagner à la cause de la nouvelle religion, il aurait mieux valu ne pas diviniser Jésus. Cependant, contre toute logique de falsification ou d’invention, tous les évangélistes sont d’accord pour croire, sans l’ombre d’un doute, à la divinité de Jésus. Et ils l’écrivent.
45. Pourquoi ? Il n’y a qu’une réponse possible. Parce qu'ayant connu et vu sa divinité, ils ne pouvaient pas la cacher et étaient même prêts à renoncer au succès de leur message apologétique avant de mentir et de le falsifier ou d’inventer.
46. D’autres faits seraient parfaitement incompréhensibles si les Évangiles étaient une invention.
47. Jésus disait « Buvez mon sang » transgressant ainsi un des « tabous » les plus rigides du judaïsme. S’abstenir de sang est un précepte juif. Si les évangélistes reproduisent ces paroles de Jésus tellement contraires à sa propre cause, c’est parce qu’ils doivent accepter un message dont quelques aspects sont révolutionnaires et blasphématoires. Obligés parce que, tout simplement, le Christ doit avoir prononcé ces mots.
48. Encore mieux : tout peut être inventé pour avoir du succès et gagner des disciples, sauf l’histoire de la mort sur la croix. Précisément, le chef, le fondateur d’une nouvelle religion, qui meurt d’une telle façon, ne peut susciter aucun intérêt ; c’est une fin qui ne peut réveiller aucun sentiment d’estime pour le condamné. Pourquoi inventer cette sorte de mort, si les juifs attendaient – et ils l’attendent encore – un Messie vainqueur et libérateur et si pour les romains la mort sur la croix était la mort la plus ignoble ?
49. Et encore mieux : Parmi les chrétiens on avait la ferme conviction que le message de Jésus était destiné aux juifs et aussi aux païens. Or, si les Évangiles n’étaient qu’une suite de faits inventés pour la propagande, comment peut-on expliquer l’incroyable faux pas de vouloir faire croire qu’un homme après avoir été assassiné était ressuscité ? Qui pourrait croire une telle chose ?
50. En effet, lorsque Paul va à l’Aréopage d’Athènes, les Grecs l’écoutent parler de Dieu, mais refusent son message quand il annonce que les corps ressusciteront. Pour convaincre les païens, la résurrection n’était sûrement pas l’argument auquel faire appel et, ce n’est donc pas un événement que l’on pouvait inventer.
51. Messori rappelle : Si les évangélistes voulaient à tout prix convaincre les lecteurs de la réalité de la résurrection, pourquoi disent-ils que la première apparition du ressuscité fut réservée aux femmes ? Les évangélistes, tous Juifs, ne savaient-ils pas, par hasard, que personne en Israël, depuis les juges de tribunaux jusqu’au dernier des paysans, n’accordait aucune valeur au témoignage féminin ? » (Vittorio Messori, Hypothèses sur Jésus, XV. Ed. Sei, Torino, 1977)
52. Voilà, ici encore un autre fait qui serait incompréhensible si les Évangiles étaient une invention. Les évangélistes demandent aux lecteurs d’avoir confiance en ce qu’ils disent. Ils nous racontent que le Christ a fondé l’Église sur Pierre et que celui-ci, avec le collège des apôtres, a reçu la mission d’évangéliser le monde entier.
53. Arrivés là, que pouvons-nous logiquement attendre ? Que les évangélistes décrivent les apôtres comme des hommes vaillants, vertueux, impétueux, forts, leaders capables de guider le peuple et de diffuser l’espérance et la certitude.
54. Cependant, nous ne voyons rien de tout cela. Des faits inquiétants sortent des Évangiles : Pierre, la tête des Apôtres, la colonne de l’Église, renie Jésus trois fois. Les autres, sauf Jean, s’enfuient au moment de l’épreuve. L’un, Judas l’Iscariote, que Jésus avait personnellement choisi, le trahit pour de l’argent. Il surprend deux d’entre eux, Jacques et Jean, discutant entre eux de questions banales. Souvent, enfin, Jésus reprend ses apôtres parce que ce sont des gens de peu de foi.
55. Comment tout ce qui est écrit dans les Évangiles pourrait-il augmenter la confiance en l’Église de la part de leurs lecteurs si les Apôtres étaient des hommes de ce genre ? Et pourtant, si les Évangiles nous en parlent, tout en prenant le risque d’échouer, il ne peut y avoir qu’une seule raison : que les choses sont vraiment arrivées ainsi et qu’il était impossible de les modifier sous peine – entre autres – de prendre le risque d’être démentis par des témoins oculaires.
56. Écoutons une fois de plus, Vittorio Messori : Dans l’Évangile de Luc, dans le prologue qui a justement pour but de situer le temps et les lieux du début de la prédication de Jésus, le texte énumère sept différents chefs religieux et politiques, tous avec leur nom et leur titre qui se sont tous avérés rigoureusement exacts : ‘ L’an quinze du Principat de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de Judée, Hérode, Tétrarque de Galilée, Philippe son frère, tétrarque du pays d’Iturée et de Trachonitide, Lysanias, Tétrarque d’Abilène, sous le Pontificat d’Anne et Caïphe, la Parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert…’ » (Vittorio Messori, Hypothèses sur Jésus, idem)
57. Luc aurait eu beaucoup de courage s’il avait raconté une fable pour femmes pieuses, parce qu’il raconte en donnant des critères historiques et ne masque pas les épisodes qu’il s’attribue. A moins que, ne mentant pas, il n’ait pas craint pas de donner des faits historiques que n’importe qui, s’il le voulait, pouvait vérifier.
IV. Conclusion 58. Nous sommes arrivés au terme d’un chemin qui nous a permis de parcourir ces trois derniers chapitres. Nous avons constaté que les Évangiles sont des documents authentiques, écrits par des témoins dignes de foi au Ier siècle, qui sont intégralement arrivés jusqu’à nous et, surtout, qu’ils sont crédibles parce qu’ils sont vrais, parce qu’ils relatent des faits qui se sont réellement produits peu d’années avant leur rédaction.
59. Le chercheur Carsten Peter Thiede peut dire avec raison : « Un Évangile en tant que document historique, digne de foi : ce concept ne peut pas plaire à ceux qui préfèrent croire aux mythes, aux légendes et aux inventions des groupes qui se sont formés plus tard », Intervención en el Mitin por la amistad entre los pueblos, Rimini, 24 Agosto 1995). De cette façon, le chercheur Vittorio Messori peut dire : « Si l’original des Évangiles est véritablement sémite, c’est parce qu’ils ont été écrits immédiatement, entre l’an 30 (date probable de la mort de Jésus) et l’an 50, ou un peu plus tard» (Inchiesta sul cristianesimo, Mondadori, Milano 1993).
60. Tout catholique doit s’imprégner de ces arguments. Devant celui qui ne croit pas, mais qui désire connaître la vérité au sujet de ce qui est arrivé à la personne de Jésus de Nazareth, devant celui qui se dit athée et ne voit pas à l’horizon un explicite acte de foi qui serait le début de sa conversion, le catholique ne doit pas omettre d’annoncer, avec des documents historiques, la crédibilité du récit évangélique.
61. Nous savons tous que pour croire le résultat positif d’une recherche sur l’historicité des Évangiles ne suffit pas. Mais ceci n’empêche pas que le résultat puisse servir de stimulant à des recherches ultérieures, pour de nouvelles questions, pour remettre en cause les positions acquises. Le catholique doit utiliser tout ce qu’il peut pour la conversion des athées et des agnostiques dans le combat pour la gloire de Dieu, le salut des âmes et la christianisation de la société.