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Par l’Esprit…un nouvel aspect

Nous vous proposons cette réflexion sur la vie sacerdotale de Salvatore Martinez.

esprit saint

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«Un prêtre doit être en même temps petit et grand, noble d’esprit et de sang réel, simple et naturel comme souche de paysan, un pécheur que Dieu a pardonné, un serviteur pour les timides et les faibles, qui ne s’abaisse pas devant les puissants, mais qui s’incline devant les pauvres, disciple de son Seigneur, chef de son troupeau, un mendiant aux mains largement ouvertes, une mère pour réconforter les malades, avec la sagesse de l’âge et la confiance d’un enfant, tendu vers l’autre, les pieds sur terre, fait pour la joie, expert de la souffrance, loin de toute envie, clairvoyant, parlant avec franchise, ami de la paix, ennemi de l’inertie, fidèle pour toujours… si différent de moi !» (écrit anonyme médiéval).

Quelle merveilleuse existence sacerdotale, «si différente» de l’existence ordinaire des hommes, dépeint cet écrit ! Un prêtre est un homme profondément incarné, laborieux, reconnaissable parmi les gens, quelquefois signe de contradiction par ses attitudes prophétiques. «Mystique», c’est-à-dire un homme immergé dans le mystère de Dieu qui se «dévoile» dans sa vie et son ministère de prêtre. «Une histoire d’amour au delà de toute limite» : ainsi le Pape Benoît XVI définissait la vie chrétienne (Foire de Vérone, IVème Congrès Ecclésial National) ; combien plus est appelée à l’être la vie sacerdotale, proposition renouvelée- dans l’espace et dans le temps- du Cénacle de Jérusalem- de cette très originale «affaire de cœur» qu’est le Christianisme. Toute histoire sacerdotale participe de l’Amour Infini, parce que les visages de l’amour de Dieu sont infinis (Gal 5, 22).


Séduits par le Seigneur

Le prêtre est un «séduit» par l’amour du Seigneur. Le grand théologien Hans Urs von Balthasar - qui voulait «la théologie mariée à la spiritualité pour qu’elle puisse être profonde et efficace», une théologie capable de mener «à une profonde lecture existentielle» et ayant comme thème central «la nécessité de la conversion» (message du Pape Benoît XVI, en 2005, pour le centenaire de la naissance du théologien) – donne raison à cette vérité : «l’amour de Dieu est un feu dévorant. Fais attention : il commence par un petit amour, avec une petite flamme, et avant que tu ne t’en rendes compte, il te tient déjà complètement, et tu es prisonnier. Si tu te laisses prendre, alors tu es perdu, parce qu’il n’y a pas d’autres limites vers le Haut. Il est Dieu, Il est habitué à l’infini. Il t’entraîne comme un cyclone, te fait tourner comme une trombe d’eau. Penses-y bien : l’homme est fait selon mesure et limite, mais Dieu ne connaît pas de mesure. Il est séducteur de cœurs (dans le cœur du monde)». C’est le Saint Esprit qui invite constamment le prêtre à accueillir son être sacerdotal, «sacré» jusqu’au fond sans rabais ; homme au cœur intègre (Sal 100, 2b), conscient de la parole du Seigneur quand il affirme que «le Saint Esprit qui nous éduque, fuit la ruse» (Sa I, 5a)

Benoît XVI s’adresse ainsi aux prêtres à l’occasion de sa première messe chrismale en tant que pontife : «Il a pris possession de moi en me disant : «tu m’appartiens». Mais avec cela il a aussi dit : «tu es sous la protection de mon cœur et vraiment ainsi tu te trouves dans l’étendue de mon amour» (Homélie, 13/04/2006)



Saints prêtres, personnes vraies.

«Dieu se méfie des saints» (dans «Journal d’un curé de campagne») écrivait avec une ironie amère l’écrivain catholique français Georges Bernanos, qui, décrivant la dégradation de la pureté du clergé, fit de «la recherche de la sainteté» le thème fondamental de ses œuvres. «Dieu se méfie des saints» : ils sont si gênants et impossibles à atteindre ! Mais quel besoin de saints prêtres a notre temps! Des personnes vraies dans une époque fausse, faite de fictions qui aliènent au dépends de la réalité et rendent le mal semblable au bien, confondant et leurrant les plus faibles. Des personnes vraies, les prêtres, adonnés au Saint Esprit, qui ne se font pas remarquer, mais dont la vie est une belle démonstration du Christ et de son Evangile. Le peuple de Dieu, fatigué de paroles sans vie, en face de la sainteté vécue, croit encore, s’agenouille, se convertit. Attention : il est faut de dire que les gens vivent désormais dans l’ignorance des réalités surnaturelles, indifférents à l’Evangile du Christ. En apparence c’est ainsi. En réalité si un saint -vivant ou mort- passe, tout le monde accourt encore sur son passage.

Jean-Paul II, le Pape qui a fait de la devise «totus tuus» la preuve de son amitié envers tous les hommes, splendide imitation du don de réciprocité totale incarné par Marie, nous a laissé une merveilleuse description du prêtre, à l’occasion de ses cinquante ans de sacerdoce : «qu’est-ce que le prêtre ? Mystère de la foi : la mesure du don qu’il constitue mais aussi la mesure de la réponse que ce don demande. Le don est toujours plus grand. Et c’est beau qu’il en soit ainsi. C’est beau qu’un homme ne puisse pas dire qu’il a pleinement la réponse au don. C’est un don et c’est aussi une tâche : toujours! Avoir conscience de cela est fondamental pour vivre pleinement son propre sacerdoce (dans « Don et Mystère», 1996)



Une spiritualité « orientée vers le ciel »

Nous ne pouvons pas parler légitimement de «spiritualité chrétienne» en dehors de l’onction du Christ que nous avons tous reçue (Luc 4,18-19). L’onction révèle la présence de l’esprit prophétique sur nous : elle nous permet de ressembler au Christ, d’accomplir les mêmes œuvres, avec le même pouvoir. L’apôtre Jean affirme : «l’onction reçue de lui vous instruit de toutes choses, elle est véridique et non mensongère» (I Jean, 2, 27).

C’est cette onction qui nous rend capables de sagesse divine, d’une irrésistible ardeur évangélique, d’une force bouleversante qui donne à nos fonctions ecclésiales ces reflets divins, éblouissants, qui contaminent les plus faibles, qui convertissent ceux qui doutent, qui interpellent dans le fond de leur cœur et de leur esprit ceux qui sont loin. A cause de cela nous voulons affirmer : d’abord l’onction, puis la fonction! Toutes nos «fonctions» ecclésiales doivent être inondées par l’onction de l’Esprit : c’est seulement ainsi qu’elles deviendront efficaces plutôt qu’efficientes ! C’est cela, dans le fonds, la réalité de la puissance d’en haut (actes I, 8b), don qui depuis le jour de la Pentecôte se renouvelle continuellement dans l’église : partir de l’Esprit et non de l’homme, de ses dons et non de notre habileté! C’est ainsi que l’Esprit rend notre spiritualité «eschatologique», vraiment orientée vers les choses ultimes, celles du ciel. En effet, c’est l’Esprit qui communique au croyant la véritable, l’ultime intelligence de son existence, marquée en même temps par l’expérience de la grâce et du péché. Saint Joseph de Copertino – qui aimait se définir comme «le frère le plus ignorant de l’Ordre franciscain» malgré qu’il possédât le don de la science infuse – s’exprimait ainsi : «il ne peut y avoir deux paradis, un en ce monde et un dans le futur».

Le Pape Paul VI lui fait écho : « beaucoup au lieu de convertir le monde au Christ se sont convertis au monde». Le monde a peut-être oublié –dans son agitation entre droite et gauche- qu’il existe un «En-Haut» vers lequel nous devons tendre, parce que tout vient d’en Haut. Seul celui qui «cherche les réalités d’en haut» (Col 3, 1-2) sait s’incarner dans l’histoire, parce qu’il marche le long d’une route droite, la voie sacrée (Is 35, 2).


Une parole « guérie » pour un langage plus profond

Demandons-nous alors : le langage de l’Esprit est-il orienté vers les réalités célestes, parfum d’éternité ?

Et encore : le langage de notre foi est-il parlé pour la vie éternelle ? Comme c’est triste d’observer le pauvre langage de tant de prêtres qui semblent se vouer à un langage spirituel qui sent l’indigence, plus que de merveille divine ! Nous sommes en train de cesser de parler –puisque la plupart se taisent- de tout ce qui nous intéresse le plus en tant que croyants et en tant qu’hommes : la vérité de Dieu sur l’homme, l’intériorité, l’espérance, la souffrance, le sens ultime de la vie, la mort, le jugement éternel, le ciel, l’enfer. C’est un monde qui nous provoque, qui attend la manifestation de la puissance de Dieu. Il faut retourner à l’Esprit, rééduquer les chrétiens à «investir dans l’éternité», c’est-à-dire à regarder loin, à fuir les horizons myopes du monde.

Aujourd’hui les hommes ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge d’une fausse liberté en dehors de Dieu. Le Prix Nobel Anatole France, écrivain parisien, incarnation de l’esprit rationaliste, défenseur attentif de la dignité humaine, s’exprima un jour ainsi : «l’humanité a besoin de la vérité, mais a un besoin encore plus grand du mensonge. Le mensonge flatte, donne des consolations, momentanées, trompe par des rêves sans limites». Il n’est pas possible de se taire devant la nonchalance courante et la tentative de banalisation qui porte certains à se moquer des grands thèmes de la spiritualité chrétienne. Il faut trouver un niveau de parole, de communication plus profond. Nous devons donner la parole à l’intériorité : initier les croyants au langage de l’intériorité, libérant et guérissant la parole qui est malade d’extériorité, incapable de laisser la place aux appels de l’Esprit. Notre vie chrétienne est toujours placée devant une demande, terrible devant le caractère obligatoire du choix qu’elle impose : accepter dans la foi ou refuser dans l’incrédulité. Une décision qui ne regarde jamais notre lendemain mais l’aujourd’hui, le présent qui est donc, comme la dernière heure : voilà notre décision devant le Dieu éternel. Ainsi, finalement, dit le Pape Jean-Paul II : « le plus grand devoir pour chaque prêtre, et dans tous les temps, est de retrouver de jour en jour son aujourd’hui sacerdotal dans l’aujourd’hui du Christ. Si nous sommes immergés dans l’aujourd’hui du Christ, le danger n’existe plus que l’on devienne "hier", arriéré» (dans «Don et Mystère»).




Salvatore Martinez
Coordinateur national du Renouveau dans l’Esprit Saint en Italie, Président du pôle d’excellence de la solidarité et de la promotion humaine « Mario et Louis Sturzo », Président de la fondation « Développement Oasi Ville Ouverte ».

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