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Le prêtre à travers la merveille de l’Incarnation

Par David Barnes

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Qu’attendent les jeunes du prêtre ?

Les prêtres en général aiment beaucoup passer du temps avec les jeunes car ceux-ci ont au fond d’eux-mêmes une joie et un enthousiasme contagieux. Ils posent des questions importantes. Ils cherchent un sens à leur vie et au monde qui les entoure. Rien d’étonnant à ce que le Pape Jean-Paul II leur ait consacré tant d’énergie.

Dans son encyclique Fides et ratio, Jean-Paul II parle de la profonde influence de la pensée nihiliste sur notre société contemporaine. Le Saint Père concluait en disant que le nihilisme en définitive était « la négation de l’humanité de l’homme et de son identité même ». Les tendances nihilistes ayant nié la possibilité de connaître la vérité, le Pape précise que de nos jours, « une des plus graves menaces de cette fin de siècle est la tentation du désespoir ».

Si l’on répète sans cesse aux jeunes qu’il est impossible d’avoir des certitudes dans la vie, leur vie n’a plus de but, de signification ultime. Les moments de la vie sont considérés de manière isolée comme s’ils n’y avaient aucune cohérence entre eux. C’est à ces jeunes vivants en plein cœur d’une culture marquée par les tendances nihilistes que le prêtre est envoyé.

Comment peut-il les aider ?

Pour répondre à cette question, j’ai demandé à des lycéens et des étudiants de réfléchir à la personne du prêtre. Leurs réponses montrent, selon moi, pourquoi Jean-Paul II a mis temps d’espoir en eux. L’idée qui revient le plus souvent dans leurs réponses est qu’ils veulent un prêtre qui soit « un homme comme eux ».

L’un d’entre eux m’a rappelé qu’un jour il m’avait vu appeler ma mère d’un téléphone portable. Il avait trouvé « super » d’entendre un prêtre parler avec sa mère !

Aussi étrange que cela puisse paraître, il est important pour les jeunes de se rendre compte que le prêtre n’est pas tombé du ciel mais que c’est un vrai homme avec une vraie famille, une vraie vie, un homme qui comprend le monde.

Cela m’étonne toujours de constater que beaucoup pensent que le prêtre ne se confesse pas.

Les jeunes veulent un prêtre qui soit « un homme comme eux », mais ils veulent en même temps qu’il soit humble.

Ils comprennent instinctivement que le prêtre est appelé à être le serviteur de tous et que son premier souci doit être l’Evangile du Christ.

Les jeunes que j’ai interrogés ont dit clairement qu’ils voulaient que le prêtre soit saint, fidèle à l’Eglise et à l’Evangile. Ils veulent que le prêtre soit très humain mais qu’il soit en même temps un saint homme. Ils veulent en un certain sens qu’il soit du monde, mais pas comme tout le monde. Ils veulent en somme le meilleur des deux hommes.

Au premier abord, le désir de ces jeunes d’avoir des prêtres qui soient « des vrais hommes » et en même temps des hommes qui aident à découvrir le transcendant, pourrait passer pour de l’idéalisme irréaliste. Mais en réalité, ce désir est le signe d’une ouverture pleine d’espérance en la vérité de l’Incarnation ; une ouverture à « la nouvelle évangélisation ».

Pour comprendre la nouvelle évangélisation de Jean-Paul II, il faut la situer dans son cadre historique et théologique du Grand Jubilé, le jubilé de l’Incarnation. La nouvelle évangélisation, c’est l’Incarnation, « hier, aujourd’hui et à jamais ». Les prêtres d’aujourd’hui, sont, avec les évêques, les « premiers agents » de cette nouvelle évangélisation.

Le désir que ces jeunes ont exprimé si clairement n’est autre que le désir de la vérité de l’Incarnation. C’est un désir du Christ. « En réalité, le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe Incarné, le Christ Seigneur manifeste pleinement l’homme à lui-même et lui découvre la sublimité de sa vocation », Gaudiem et Spes, 22.

Dans Pastores Dabo Vobis n°15, Jean-Paul II précise que « les prêtres sont appelés à prolonger la présence du Christ, unique et souverain Pasteur, en retrouvant son style de vie et en se rendant en quelque sorte transparents à lui au milieu du troupeau qui leur est confié ».

Le prêtre témoigne que l’abîme séparant la race humaine de Dieu a réellement été comblé par le Christ et que nous sommes maintenant capables de vivre une vie nouvelle.

La mission du prêtre est la mission du Christ lui-même venu unir la race humaine à Dieu. C’est la mission de la nouvelle évangélisation. Le prêtre, par son être-même, est un agent de la nouvelle évangélisation et sa sainteté de vie renvoie à l’Incarnation.

L’Eglise rappelle sans cesse que chacun de ses enfants est appelé à être saint mais elle parle souvent de « l’appel spécial des prêtres à la sainteté ».

Ils ont « un appel spécial à la sainteté » à cause de l’appel unique du prêtre à servir la sainteté de tous les membres de l’Eglise.

C’est par son être même que le prêtre prolonge la présence du Christ et c’est par sa sainteté de vie personnelle que le prêtre incarne le style de vie du Christ. La sainteté personnelle du prêtre est un témoignage. Par la fidélité à ses promesses, le prêtre indique le chemin du Royaume, il révèle ce qui ne passe pas à une culture fortement tentée par le désespoir.

Ceci est particulièrement vrai pour la promesse de célibat.


Lorsqu’ils sont ordonnés diacres, les futurs prêtres répondent par l’affirmative à la question suivante de l’évêque : « Etes-vous résolus à vivre toute votre vie le célibat pour le Royaume ? Cette promesse et la fidélité du prêtre à cette promesse portent beaucoup de fruits dans la nouvelle évangélisation.

Nous allons voir comment l’engagement du prêtre au célibat peut être au service de la nouvelle évangélisation. Premièrement, le célibat est un acte. La promesse se fait sur la base d’une compréhension eschatologique da la personne humaine et du monde. Dans une culture qui nie la possibilité de savoir une chose avec certitude, le prêtre souligne la vérité concernant le monde et Dieu qui l’a créé et qui le guide de façon providentielle vers son but.

En vivant son célibat, il annonce aussi la vérité de l’Incarnation.


Le prêtre annonce que tout ce que le Christ a assumé dans l’Incarnation, le corps et l’âme est maintenant placé au service du Royaume.

En vivant son célibat, le prête témoigne du fait que la nature humaine a été racheté par le Christ. Dans un monde qui pousse les jeunes à vivre dans le scepticisme et le doute, le prêtre est un témoin de la foi.

« Deuxièmement, le célibat est un acte d’espérance. Lorsque le prêtre accepte l’invitation à rester célibataire, il le fait « pour le Royaume ». Il donne son corps avec confiance au service de l’Eglise pour qu’il porte du fruit, non pas de façon ordinaire mais parce que le Seigneur utilisera sa chasteté pour construire le Royaume. Il croit que Dieu qui a commencé cette bonne œuvre en lui, l’achèvera. Le célibat professe aussi l’espérance en l’Eglise de la résurrection des corps. En acceptant le don du célibat, le prêtre nous rappelle que le destin éternel de l’homme est le royaume de Dieu et non le monde. L’homme ne doit pas trop s’attacher aux biens qui appartiennent à un monde périssable. Le prêtre est un témoignage d’espérance à une époque où les jeunes sont tentés par le désespoir.

Troisièmement, le célibat est un acte d’amour. Le Rite de l’Ordination Diaconale est particulièrement beau et mérite qu’on s’y arrête un instant. « Vous exercerez ce ministère dans le célibat, car le célibat et à la fois un signe et un motif de charité pastorale, ainsi qu’une source spéciale de fécondation spirituelle dans le monde. En vous donnant totalement dans cet état de vie, animés d’un amour sincère pour le Christ Seigneur, vous êtes consacrés à lui d’une façon nouvelle et spéciale. Par cette consécration, vous adhérez plus facilement au Christ avec un cœur non-partagé ; vous serez plus libres dans le service à Dieu et à l’humanité et, vous serez plus libre pour vous donner au ministère de la conversion chrétienne et de la renaissance. Par votre vie et votre personnalité, vous témoignerez auprès de vos frères et sœurs dans la foi que Dieu doit être aimé par dessus tout et que c’est lui que vous servez à travers les autres ».

Le célibat sacerdotal est avant tout une consécration au Christ. Le prêtre agit in persona Christi, en vertu de cette union ontologique avec le Christ. Le Christ communique sa vie à l’Eglise à travers le prêtre qui est son instrument. Le célibat consacre également le prêtre au Christ d’une manière unique et puissante. Il le consacre au Cœur Sacré du Christ, un cœur qui aime Dieu par dessus tout et qui est donné en mariage à son épouse l’Eglise.

Le prêtre est une manifestation visible de l’amour sponsal du Christ pour l’Eglise. Il rend témoignage à la vérité que « Dieu a tant aimé la monde qu’il lui a envoyé son fils unique ».

Au milieu du troupeau, il est un rappel constant de la vérité de l’Incarnation. Par sa sainteté le prêtre doit non seulement transmettre l’amour du Christ pour ses brebis mais il doit aussi susciter chez les brebis un amour ardant et généreux pour Dieu.

Le prêtre qui prolonge la présence du Christ et incarne son style de vie est un témoin d’amour à une époque où les jeunes cherchent le sens et le but ultime de leur vie.

La première préface de Noël dit : « Ta parole éternelle a révélé aux yeux de la foi la vision nouvelle et rayonnante de ta Gloire, à travers la merveille de l’Incarnation ». En Jésus Christ, nous voyons notre Dieu rendu visible et ainsi, nous sommes remplis d’amour pour le Dieu que nous ne voyons pas.

La demande des jeunes d’avoir des prêtres qui les aident à découvrir la transcendance n’est autre que le signe d’une soif du Christ, la soif d’une nouvelle humanité.

En tant que prêtre, nous saurons si notre travail auprès des jeunes a porté du fruit, si, le jour de notre jugement, ces jeunes peuvent dire de nous : « ils ont révélé aux yeux de la foi une vision nouvelle et rayonnante de ta gloire. En prolongeant la présence de ton Fils et en incarnant son style de vie, ils ont rendu le Christ visible et nous ont aidés à tomber amoureux de Dieu que nous ne voyons pas. Ainsi, avec tous les saints et les anges, nous chantons sans fin tes louanges ».

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